Secret : La révolte cachée des tirailleurs algériens

Secret  :   La révolte cachée des tirailleurs algériens
La roche Tarpéienne est près du Capitole dit l'adage latin. Le Capitole était la colline sacrée de la Rome antique, lieu principal du pouvoir et du culte, du haut de la toute proche roche Tarpéienne, on précipitait les condamnés à mort. La déchéance n'est jamais éloignée du pouvoir. Archives la Torche - Droits réservés -

Secret : La révolte cachée des tirailleurs algériens



Le samedi 25 janvier 1941 plus de 800 tirailleurs algériens du Régiment de Marche du Levant caserné à Maison –Carrée, s'étaient mutinés au moment de l'appel de 21h30.

Les cadenas des chaînes qui, dans toute l'Afrique du Nord, attachent les fusils dans les râteliers avaient été brisés. C'était une mesure de sécurité pour éviter les vols de nationalistes présents ou infiltrés.


Les tirailleurs avaient pris les fusils, massacré à coups de baïonnettes les Français, gradés ou non et s'étaient répandus dans le quartier.



Les tirailleurs avaient pris les fusils, massacré à coups de baïonnettes les Français, gradés ou non et s'étaient répandus dans le quartier.


Ils avaient surpris et tué les sentinelles du dépôt des munitions et deux magasins où étaient entreposées les cartouches destinées à l'instruction du tir.


Le capitaine de service et plusieurs gradés qui avaient tenté de ramener le calme avaient été abattus.

Au nombre de huit cents, il s'étaient répandus dans Maison -Carrée, complètement déchaînés et appelant au Djihad tout croyant.


Il y eut en une heure vingt trois morts les et plus de cent trente blessés dans la population française.


La révolte aurait pu s'étendre aux garnisons voisines sans la réaction de sous-officiers français du 5e.Régiment de Chasseurs d'Afrique qui s'étaient attardés dans leur mess voisin du quartier des tirailleurs.


L'alerte fut donnée tant à Maison-Carrée qu'à Hussein-Dey et Alger. Ils firent sortir des voitures blindées qui se lancèrent dans les rues mitraillant les émeutiers qui furent rapidement refoulés hors de la ville.


Les unités de la Garde Républicaine mobile purent aussi intervenir, avec leurs blindés ,et cerner ceux qu'on appela déjà rebelles.


Hélas, les mutins étaient sans chefs. Désemparés par la rapide intervention des voitures blindées, ils se dispersèrent dans la campagne n'ayant prévu ni objectif, ni but précis.


Si certains se retranchèrent derrière le mur d'un cimetière, d'autres retournèrent à leur quartier mais le plus grand nombre s'enfuit dans les bois de Fort-de l'Eau.


Si le cimetière fut pris rapidement, par contre la résistance dans les bois fut très vive et dura jusqu'au dimanche soir. Mais il fallut plusieurs jours pour retrouver ceux qui avaient rejoint les zones plus éloignées rurales, habitées par des mechtas ou isolées et propices à se cacher.

Des civils français à l'hallali !

La version officielle –donc vos archives, messieurs les historiens qui les exploitent plutôt que rechercher les témoins de l'Histoire – osèrent préciser que n'étaient abattus que ceux qui ne se rendaient pas à la première sommation. En vérité comme d'habitude les Arabes furent tirés à vue comme des lapins. Et comme d'habitude certains civils français prirent part à la curée, tuant quelques fellahs jugés, évidemment, complices.


Les recherches durèrent pour retrouver les armes manquantes, des primes proposées mais sans succès, nos braves fellahs eurent encore à souffrir de l'arbitraire, aux coups, aux interrogatoires, aux habituelles tortures.(1)


Le Général Weygand supervisait l'ensemble des opérations.





La propagande française n'hésita pas à accuser des éléments évadés d'Allemagne qui avaient pu être endoctrinés par les services allemands qui facilitèrent « leurs évasions ».


Ces soldats venus de différents régiments avaient besoin de chefs conscients pour cimenter cette unité. Bien au contraire, à commencer par le Colonel de ce régiment, homme sans nuance , avait utilisé la manière dite forte c'est à dire pleine d'injustices envers les algériens. Ils les fit mener comme des galériens alternant marches épuisantes et repos minimum.


Dès le mardi matin, le Tribunal Militaire d'Alger siégeant en Cours Martiale, c'est à dire sans appel, commença à juger les mutins, dans l'urgence et la précipitation au fur et à mesure que l'instruction bâclée était déclarée achevée.


Les dix premiers comparurent – neuf militaires et un civil . Ce dernier accusé d'avoir caché 3 fusils – fut condamné aux travaux forcés à perpétuité. Les neuf tirailleurs condamnés à mort.


Le vendredi suivant , le maréchal Pétain ayant refusé leur grâce – lui qui avait osé faire fusiller des poilus lors de la première guerre mondiale – voir « Les chemins de la gloire » de Stanley Kubrick – les neuf condamnés à mort furent extraits de leurs cellules de la prison militaire d'Alger et conduits au polygone de tir d'Hussein-Dey.


Là devant toutes les garnisons d'Alger, d'Hussein-Dey et de Maison-Carrée avec au premier rang les éléments restants du régiment de Marche du Levant, les neuf hommes furent passés par les armes.

La boucherie des exécutions

Ce fut horrible. Parmi les hommes désignés pour former le peloton d'exécution il y avait des marins, des aviateurs, tous très jeunes recrues et qui n'avaient pour beaucoup jamais tenu un fusil encore. Beaucoup tirèrent en fermant les yeux et les salves ne furent pas mortelles pour certains condamnés. Deuxième erreur pour les maintenant suppliciés :le pistolet réglementaire de 7,65 m/m se révéla insuffisamment puissant pour donner le coup de grâce derrière l'oreille. Il en résultat qu'il fallut doubler ou tripler les coups en fonction des indications des médecins militaires présents. Et tout cela pendant que l'on faisait défiler le Régiment rebelle devant les suppliciés !


Pendant trois mois, à raison de deux à trois séances par semaine, 163 jugés rebelles et coupables comparurent devant le Tribunal par brochettes de huit à douze.


Si une quinzaine furent acquittés au bénéfice du doute, quarante huit furent condamnés à mort ; le reste à des peines diverses de travaux forcés.


Le régiment fut dissout ; le Colonel simplement mis à la retraite. Les autres soldats du régiment qui n'avaient pas été condamnés furent envoyés en résidence surveillée dans leurs tribus confiés à la vive attention de leurs caïds ou des chefs traditionnels nommés par le Caïd ou l'administrateur. Ils allaient , leur vie durant devenir des serfs corvéables à merci et versés dans l'esclavage pour certains collaborateurs zélés de la colonisation..


Le Général Weygand, chacun se renvoyant la responsabilité de l'insurrection, déclara que le ferment avait été apporté de l'extérieur et que l'implication du PPA ne fait pas de doute. La mutinerie lui paraît constituer « une manifestation extérieure et violente d'un malaise politique qui s'accroît rapidement.


La preuve : conduits vers la zone de tirs les suppliciés levèrent l'index et récitèrent la « Chahada »ce qui constituait une preuve.....d'appartenance au PPA !


Cette insurrection pèsera lourdement sur le déroulement du procès de Messali Hadj et de ses vingt-huit lieutenants qui s'ouvrit en Mars 1941. Ignorant les appels à la clémence des autorités locales, les juges militaires, tous bons collabos vichystes, convaincus de la culpabilité du PPA dans la mutinerie, rendirent un verdict sévère. Messali sera condamné à seize ans de travaux forcés et vingt ans d'interdiction de séjour.


Ce dossier sera couvert par le secret et ne sera pas connu du grand public et de nombreux historiens.


(1) La torture fut pratiquée par les armées coloniales y compris la Gendarmerie française depuis 1830. Colette et Francis Jeanson rappellent plusieurs affaires de tortures dans leur ouvrage « l'Algérie Hors la-loi » Editions du Seuil – 1955-

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# Posté le vendredi 19 janvier 2007 13:13

Ahmed Ben Bella

Exclusif. Un entretien avec le premier président de la République algérienne.
Ahmed Ben Bella : " Il n'y a ni cause, ni guerre sacrées "
Genève (Suisse),

envoyé spécial.

Le premier président de la République algérienne, Ahmed Ben Bella, nous reçoit à Genève. L'entretien se déroule dans les locaux de Nord-Sud XXI, l'ONG de défense des droits de l'homme qu'il préside, en présence d'un de ses collaborateurs, le docteur Jean-Yves Follezou. Ahmed Ben Bella est une figure du nationalisme arabe. Il se distingua durant la Seconde Guerre mondiale en combattant, dans l'armée française, les forces hitlériennes. Puis il mena la lutte pour la libération de l'Algérie, dirigea le pays jusqu'au coup d'état du 19 juin 1965. Il fut, comme Nelson Mandela, un des plus célèbres prisonniers politiques, totalisant 23 années de prison avant de connaître l'exil. Il s'est impliqué dans l'action pour une réforme de l'ordre économique mondial et les relations Nord Sud.

L'homme est élégant, chaleureux, d'une surprenante jeunesse. Il parle lentement, gravement. L'ancien joueur de football à l'Olympique de Marseille, aujourd'hui supporter de Guingamp, peut aussi s'emporter sur " la dérive du foot qui privilégie actuellement la défense au détriment de l'attaque ". · quatre-vingt-quatre ans, Ahmed Ben Bella reste le même : un homme d'action.

Monsieur le président, toute votre vie a été marquée par le combat. Combat contre le fascisme hitlérien dans l'armée française, notamment au Monte Cassino...

Ahmed Ben Bella. Excusez-moi de vous interrompre. J'ai reçu la médaille militaire des mains du général de Gaulle. Deux de mes frères sont morts en combattant les Allemands, le premier en 1914, le second en 1940. Plusieurs de mes cousins sont tombés pour la France. Vous évoquez avec raison Cassino. J'y étais. J'ai d'abord combattu en France, à Marseille, dans la défense antiaérienne. C'était en 1940. Sur le port nous avons abattu plusieurs stukas. En 1942, j'ai participé à la campagne d'Italie en compagnie d'officiers français de grande qualité, qui avaient tenté de rejoindre de Gaulle à Londres. Sous la direction du maréchal Juin, un bon stratège, les compagnies d'élite composées essentiellement de Nord-Africains ont repoussé les forces hitlériennes hors d'Italie. J'étais un parmi des milliers.

Vous avez mené d'autres combats. Pour l'indépendance, à la tête de l'Algérie, pour résister à l'isolement carcéral. Quel sens donnez-vous à la poursuite de votre combat ?

Ahmed Ben Bella. Un prolongement logique. Très vite, j'ai pris conscience que nous étions confrontés à un problème plus large que la libération du pays : le système mondial. Lorsque j'étais président de la République algérienne, je me suis immédiatement rendu compte que nous avions récupéré un hymne, un drapeau. Rien d'autre. Tout ce qui concernait le développement du pays était bloqué. Le système capitaliste fixait les prix. · Chicago le prix du blé, à Londres le prix du café, etc. Le système déterminait et détermine toujours les prix. Je n'étais pas le seul à tenter d'agir contre ce système qui nous corsetait, nous étranglait. Notre cause était la même que celle de l'Indien Nehru, de l'Égyptien Nasser, du Brésilien Goulart, de l'Indonésien Sukarno. Nous avions libéré nos pays du colonialisme, mais nous restions pieds et poings liés par le système. Notre idée commune visait à construire un autre projet : après la libération de nos territoires et face au système mondial, nous étions tous d'accord pour inventer quelque chose de neuf au sein du mouvement des non-alignés.

Ce système mondial ne date pas d'hier. On pourrait le dater de 1492. Pour nous, Arabes, cette date est essentielle. C'est l'année où Grenade a été prise par Isabelle la Catholique. On peut penser ce qu'on veut de la présence des Arabes en Espagne durant huit siècles. Certes, ils n'étaient pas chez eux, mais pendant cette période les hommes se sont acceptés, les religions ont cohabité. Puis vint l'Inquisition et la mise en place, déjà, d'un nouvel ordre. Ne croyez pas que je m'égare. Il faut toujours revenir à l'histoire.

Après les indépendances, nous avons décidé, avec Nasser et d'autres compagnons, d'organiser un congrès à Alger en 1965, le Congrès afro-asiatique. Que recherchions-nous ? Créer un autre système mondial, face aux systèmes capitaliste et soviétique. Nous étions soixante chefs d'État et dirigeants politiques qui voulions négocier avec l'Occident. Nous préconisions le dialogue, celui que l'on appelle aujourd'hui " Nord-Sud ". Ce dialogue, en ce début de XXIe siècle, n'existe toujours pas. C'est plutôt un monologue, celui du capital, qui sévit.

Les années ont passé. Vous poursuivez votre action pour de nouvelles relations Nord-Sud. Toujours dans le même état d'esprit, et avec les mêmes objectifs ?

Ahmed Ben Bella. Les temps ont changé, les moyens d'agir aussi. Nous avons vécu le temps de la libération. Je constate que le système capitalisme qui nous a fait tant de mal perdure et laisse une planète dans un état désastreux. Je veux vous citer quelques exemples et quelques chiffres. Il y a cinquante ans, le désert occupait 11 millions de kilomètres carrés. Aujourd'hui, c'est 26 millions de kilomètres carrés, sans compter les zones arides. Nous sommes en train de piller le plat qui nous nourrit. Si les 85 % de la population de la planète consommaient autant qu'en Occident, il nous faudrait dix planètes. Celle-ci n'en peut plus de ce système que M. Bush tente de nous imposer.

Actuellement, la planète produit six fois plus de richesses qu'en 1950. Le niveau de vie et l'espérance de vie, dans 100 des 174 pays du monde, régressent depuis dix ans. Les pays les plus pollués ne sont pas les plus industrialisés mais les plus pauvres. Quelques chiffres : les trois multinationales les plus riches du monde disposent d'une fortune supérieure au produit intérieur brut (PIB) total des 48 pays en développement les plus pauvres. Le patrimoine des 15 personnes les plus fortunées du monde dépasse le PIB de l'Afrique sud-saharienne. La fortune des 32 personnes les plus riches du monde dépasse le PIB de l'Asie du Sud. Les avoirs des 84 personnes les plus riches dépassent le PIB de la Chine. Une injustice terrible, dévastatrice qu'il faut combattre. Alors, oui, je m'engage dans ce combat.

Un combat datant de trente ans ?

Ahmed Ben Bella. Oui et il est plus que jamais d'actualité. Chaque année des millions d'être humains meurent de la faim, de la pénurie d'eau potable, de la privation de soins, de la multiplication des catastrophes dites naturelles ou des conséquences de la violence politique et militaire. Selon les organismes spécialisés de l'ONU, il suffirait pourtant d'une dépense annuelle de 80 milliards de dollars sur dix ans pour garantir à toutes et à tous un accès à l'eau potable et à une alimentation adéquate, à des soins et à des infrastructures de santé indispensables, ainsi qu'à une éducation élémentaire. Que représentent 80 milliards de dollars ? Un petit quart du budget militaire des États-Unis, la moitié de la fortune estimée des quatre personnes les plus riches du monde. Des chiffres qui donnent le vertige. Ils attestent du dérèglement insensé de la planète. La maximalisation du profit est un principe de toute action, toute loi, toute morale. L'inégalité ronge le corps social. Les multinationales, les grands États du Nord et les institutions internationales qui en dépendent comme le G7, l'OMC, le FMI ou la Banque mondiale jouent les chefs d'orchestre de cette cacophonie meurtrière. C'est ça, le capitalisme. Le combat est toujours d'actualité.

Comment comptez-vous le mener ?

Ahmed Ben Bella. Il faut en finir avec ce système en conscientisant les gens. Souvenez-vous des rassemblements de Porto Alegre, de Gênes, de Barcelone. Le signal est clair. L'action de masse entre en scène pour de nouvelles relations entre le Sud et le Nord avec, en toile de fond, une donnée incontournable : le capitalisme n'est pas la solution. Gênes, pour moi, est un symbole. Un Italien de vingt ans, Giuliani, est mort lors d'une manifestation réunissant des dizaines de milliers de jeunes. Ils demandaient des papiers pour leurs camarades venus du Sud, dénonçaient le désordre mondial. La plupart étaient chômeurs. Ces jeunes souhaitent un nouveau système mondial. Je ne suis pas marxiste mais j'écoute, je vois, j'entends. Des voix jeunes, nouvelles, diverses, montent contre le système dominant, le système capitaliste. Je suis avec eux.

Vous avez récemment déclaré : " J'aime la France et les Français. " Vous aimez ce pays dont les autorités ont commis le premier acte de piratage aérien en détournant en octobre 1956 l'avion dans lequel vous voyagiez avec cinq autres leaders algériens, un pays qui ne vous a guère épargné ?

Ahmed Ben Bella. · ce moment précis, nous étions en négociation depuis huit mois et nous avions la solution, celle qui a prévalu en 1962. Nous avons dû subir encore une guerre de six ans pour rien. Des centaines de milliers de morts pour rien. Dans l'avion détourné, j'avais en poche le texte de l'accord. Il aura fallu six ans de malheurs en plus. Vous évoquez la France. J'aime la France parce que j'aime le génie de la France. Je l'aime aussi parce des hommes et des femmes, des avocats notamment et beaucoup de militants, sont devenus des frères et des sours. Je pense aux 120 intellectuels français qui ont signé un fameux appel qui m'a guéri définitivement du racisme. La France, c'est aussi une immense culture. Voyez la différence avec les États-Unis. Les Nord Américains ont à peine un peu plus de deux siècles d'histoire. Ils sont passés de l'état primaire à la NASA. Ils ne peuvent revendiquer Racine, Corneille, Victor Hugo. Si on demande aux Algériens avec qui souhaitez-vous avoir des relations, huit sur dix vous diront avec la France.

Et l'Islam ?

Ahmed Ben Bella. Je suis très attaché à ma culture. J'en suis fier. Et je suis très sensible à la dimension arabo-islamique. Je suis contre tous les intégrismes. Vous me voyez proche de tous : Noirs, Jaunes, Blancs, bref des hommes et des femmes de cette planète qui, au-delà de leurs religions, de leurs cultures, doivent pouvoir vivre ensemble.

Vous étiez un brillant footballeur, à l'Olympique de Marseille notamment, avant d'aller servir la France, en 1940...

Ahmed Ben Bella. Demi centre, à l'époque...

Comment avez-vous réagi aux débordements qui ont suivi le match de football France-Algérie au stade de France à Saint-Denis ?

Ahmed Ben Bella. Je ne pense pas qu'il y ait eu préméditation. J'ai vu cette jeune fille avec le drapeau algérien surgir sur la pelouse. Cela ne se fait pas, mais je crois percevoir dans ce comportement à la fois de la naïveté et l'expression d'une fierté. Il faut savoir comprendre ces jeunes...

MM. Bush et Blair multiplient les appels à la guerre contre l'Irak. Face à cette menace, comment réagissez-vous ?

Ahmed Ben Bella. La menace est forte. Que cherche M. Bush ? S'attaquer à l'Irak et puis ensuite à la Corée du Nord, à la Libye, à l'Iran ? Réfléchissons un instant. Les visées économiques ne sont-elles pas les véritables raisons de ce bruit de bottes ? Connaissant la nature du système, ne seraient-ce pas les considérations économiques, particulièrement le pétrole et son deuxième réservoir du monde, l'Irak, qui intéressent M. Bush ? Et pour objectif la Chine, in fine. M. Bush veut contrôler toutes les sources d'énergie. La mer Caspienne, l'Afghanistan et l'Irak sont des sources d'intérêt pour les USA, de longue date. La question n'est pas d'être pour ou contre un régime, en Irak ou ailleurs. Je refuse la guerre, celle qui pourrait utiliser de nouvelles armes et attiser le feu dans le Moyen-Orient, dans le monde. Il n'y a pas de cause ni de guerre sacrées.

Lorsque vous faites un retour sur votre vie, quelle place accordez-vous au coup d'État du 19 juin 1965 qui vous a écarté de la présidence de la République, et à vos longues années d'emprisonnement et d'isolement ?

Ahmed Ben Bella. Si le coup d'État en Algérie n'avait pas eu lieu le 19 juin, il y aurait eu autre chose. J'allais trop vite face au système mondial. J'ai eu droit à Boumédienne. L'Indonésien Sukarno et le Brésilien Goulard ont eu droit à d'autres. Durant les deux ans qui ont suivi le coup d'État en Algérie, vingt putschs ont eu lieu dans le monde. Les aiguilles de l'histoire ont été ramenées à zéro. C'est en Algérie que Mandela, Nieto, Cabral, Guevara, Bravo et bien d'autres ont été accueillis et entraînés. C'est à la villa Susini (centre de tortures de l'armée française - NDLR) que nous avions installé le centre opérationnel pour l'Amérique du Sud. Nous avons aidé nos amis d'Amérique latine. Nous avons créé une entreprise d'import-export. Au milieu des olives, il y avait des armes. Retenez bien cette date : c'est trois jours avant l'ouverture à Alger de la Conférence afro-asiatique, qui avait pour objectif de réfléchir à un nouvel ordre international, que le coup d'État a eu lieu. Pour moi, la page est tournée.

Lors de votre présidence, vous avez rencontré de nombreuses personnalités. Quelles sont celles qui vous ont le plus marqué ?

Ahmed Ben Bella. Ernesto Che Guevara, pour sa simplicité et son engagement révolutionnaire. Chou En Lai, pour son élégance, sa finesse, son immense culture, son intelligence. Nasser, pour sa sincérité, sa sérénité.

L'Algérie vit encore des moments douloureux. Òtes-vous prêt à contribuer au rétablissement de la paix et au redressement de votre pays ?

Ahmed Ben Bella. J'y travaille avec le président Bouteflika. La seule voie est celle de la réconciliation nationale. Sinon nous risquons de connaître la situation de l'Espagne au temps de la guerre civile, avec un peuple cassé en deux. Je souhaite que l'on tourne la page et que nous décidions de vivre ensemble. C'est possible. Au lendemain de l'indépendance, après une guerre qui nous a coûté tant de victimes - 1 500 000 morts - lors de ma présidence, j'ai tout fait pour combattre la culture de la haine et des vengeances. Je suis pour la réconciliation nationale. L'Algérie a changé. Ce n'est plus 7 millions mais aujourd'hui 32 millions d'habitants. Un pays riche avec le pétrole, le gaz, le phosphate. L'Algérie a besoin de paix.

Entretien réalisé par José Fort

Repères

Quelques dates

Ahmed Ben Bella est né le 5 juillet 1918, à Maghnia, près de la frontière algéro-marocaine.

Adhère au Parti du peuple algérien (PPA) en 1937.

Campagnes militaires en France et en Italie lors de la Seconde Guerre mondiale.

Responsable de l'organisation spéciale du PPA en 1949.

Arrestation en 1950. Évasion de la prison de Blida en 1952.

Un des dirigeants de la révolution algérienne de 1954 à 1962.

Arrestation lors d'un détournement d'avion le 22 octobre 1956.

Libéré le 19 mars 1962.

Président du Conseil des ministres en 1962.

Président de la République en 1963. Arrestation lors du coup d'état militaire de juin 1965.

Mis en résidence surveillée à M'sila en 1979. Libéré en 1981.

Président de la Commission islamique internationale des droits de l'homme en 1981.

Rentre d'exil en Algérie en septembre 1990.

Préside actuellement l'ONG Nord-Sud XXI, dont le siège se trouve à Genève.



L'Humanité
Article paru dans l'édition du 1er octobre 2002.
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# Posté le vendredi 19 janvier 2007 12:41

1956 : Ben Bella kidnappé : Les dessous jamais révélés d'un déroutement.

1956 : Ben Bella kidnappé : Les dessous jamais révélés d'un déroutement.
1956 : Ben Bella kidnappé !


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Les dessous jamais révélés d'un déroutement :

Ben Bella kidnappé en plein ciel!




Après de longues années de recherches et d'enquêtes, il nous est possible aujourd'hui de dévoiler les dessous de cet événement considérable tant beaucoup - dont nous tous en Algérie –crurent, les chefs arrêtés, la guerre d'Algérie finie. La grosse caisse de la désinformation fonctionnait, il est vrai, à merveille.

L'affaire de l'Athos arraisonné


Ce bateau est le fil d'Ariane de cette incroyable aventure, pour l'époque. Son histoire : les services de renseignements français, britanniques et israéliens préparent l'expédition de Suez. Les renseignements affluent. Il faut savoir que pour la France, en dehors des intérêts stratégiques pétroliers que Nasser vient de couper par la nationalisation et la fermeture du Canal de Suez, il faut punir l'Egypte pour son aide au FLN !

Des achats d'armes sont suivis par les réseaux et agents du SDECE, très actifs de par le monde, et à leurs réseaux d'informateurs. Ils se feront baptiser " la main rouge " d'un nom d'un groupe d'activistes ayant sévi en Tunisie et procéderont aux assassinats de plusieurs marchands d'armes dont des allemands de l'ouest et aux sabotages de petits navires. Même Ben Bella échappa à deux attentats, l'un à l'hôtel Excelsior de Tripoli et l'autre à l'hôtel Sémiramis du Caire où il reçut un colis piégé.

Le SDECE est à la recherche d'un navire, en méditerranée, de moyenne capacité pouvant transporter des armes achetées par les Algériens. Ils anticipent la recherche des besoins du FLN . Le 12 septembre 1956, les Israéliens retrouvent la trace d'un intermédiaire à Beyrouth qu'accompagne Abdelhamid Mehri, représentant du FLN à Damas. Ils ont réceptionné un yacht anglais : le " Saint Briavels ". Le 19, les " honorables correspondants " annoncent que le bateau a quitté Beyrouth. D'autres agents signalent son arrivée à Alexandrie.

Ben Bella est venu lui-même admirer le bateau. L'ancien sous-officier de l'armée française le baptise "Athos " en souvenir d'un transport de troupes françaises.

L'équipage a été choisi. Exigence : aucun matelot arabe pour limiter les fuites.. Le commandant est grec et se nomme Vassilief. Le radio est aussi grec. Il s'appelle Nicolas Cocavessis. Il est un informateur des services français de renseignements.

A Beyrouth, des artificiers ont piégé la coque et relié le système à un bouton situé sur la passerelle. Il ne faut pas que les armes tombent entre les mains des Français ! L'ensemble ne sera jamais activé ; la cargaison jamais détruite..

Le 2 octobre, Cocavesssis alerte : " l'Athos enfin chargé d'armes, appareille cette nuit à 23 heures ".

L'itinéraire du navire est d'éviter les eaux françaises et de se rendre à Melilla, près de Nador, territoire espagnol où le FLN a installé ses bases et ses dépôts, l'armée française étant trop nombreuse encore au Maroc " ex-français "et l'Espagne bienveillante.

Le 16, le bateau longtemps suivi et surveillé, est arraisonné en haute mer et ramené en Algérie. Le butin est considérable : 400 caisses pesant 80 tonnes d'armes et de munitions.

La nuit suivante, un commando de fusiliers marins français intercepte à l'est de Nemours un convoi de mulets, chargé du transport des armes et lesté de 600 millions destinés à payer la facture.

Pour Ben Bella l'affaire est un fiasco total. Il était venu à Nador pour réceptionner la cargaison. En compagnie de Khider, ancien Député MTLD, Hocine Aït Ahmed (1) envoyé du FLN auprès des Nations- Unies à New York et Mohammed Boudiaf, responsable de la logistique du FLN, il rencontre le Prince héritier Hassan pour négocier avec lui une nouvelle livraison d'armes tant les besoins de l'ALN se font pressants.



Ils se rendent avec Hassan auprès du roi Mohamed V afin qu'il veuille bien revendiquer comme sienne la cargaison de l'Athos. Sans succès.

Le Roi propose aux dirigeants FLN de les ramener dans son avion personnel - un Super-Constellation " à Tunis où doit se tenir une réunion au sommet du Maghreb.. Quelle consécration pour Ben Bella qui ne peut s'empêcher de confirmer la nouvelle diffusée par l'Agence Centrale de Presse. Bien sur tous les états-majors français et le SDECE sont simultanément au courant !Et le Colonel Germain, responsable du DDECE à Alger est à l'affût, en vrai chasseur. Il jubile.

La France proteste et menace de mettre fin aux négociations en cours dans des relations déjà très fraîches. Le Maroc vient d'obtenir son indépendance tant des Français que des Espagnols mais la France est omniprésente, même et surtout sur les aéroports..... Aussi le Roi préfère attribuer un autre avion pour les membres du FLN prétextant la présence de femmes de sa suite dans le sien. Il en informe la veille le colonel de gendarmerie Touya, Français béarnais subtil, son geôlier de Madagascar, devenu son ami " Tranquillisez-vous, vous pourrez m'accompagner car Ben Bella et ses compagnons voyageront à part. "


Depuis longtemps chroniqueurs et historiens donnent de l'événement des versions plus souvent guidées par le sens qu'ils veulent avoir de l'Histoire que par le souci de vérité. Or voici le résultat d'années d'investigations :


En vérité, le premier appareil logiquement prêt à partir est un appareil d'Air-Maroc, compagnie de vols par affrètement –à ne pas confondre avec la compagnie de niveau national " Royal Air Maroc " qui a été utilisé par le Prince Hassan et le sera par le Roi.

Réflexe de Pavlov : on le déclare avoir une panne de dernière minute. Ceux qui le déclarent sont des mécaniciens français. Un autre appareil d'Air Maroc est là, contrôlé déjà et donc apte et disponible pour assurer tout vol. C'est là que le piège se referme sur les 4 membres du FLN auxquels se sont joints d'autres personnes dont un professeur, membre actif de la Fédération de France du FLN, là par hasard : Lacheraf, deux françaises, quelques marocains et enfin le journaliste américain Thomas Brady, ami du futur Consul Général et Ambassadeur américain à Alger : William J. Porter. Il nous fera part, quelques années plus tard, en 1961, en aparté, de ses doutes. Première pierre de notre édifice.

Le commandant de bord de ce second appareil, un DC3 immatriculé en France :

F-OABV à l'époque s'appelait GRELIER, il est officier de réserve de l'armée française et a eu l'occasion de remplir des missions pour le SDECE.

Dès que le transport des membres du FLN sur un appareil d'Air-Maroc fut connu, il a eu la visite de ses amis de l'armée de l'air française et du SDECE. On le persuada de prendre la route d'Alger après un simulacre d'escale à Palma de Majorque pour évacuer tranquillement et surtout discrètement les familles de l'équipage. Bien sur, un emploi était réservé à chacun au sein de la compagnie nationale Air-France y compris pour l'hôtesse de l'air Mademoiselle Lambert, et des dédommagements de la perte de leurs biens au Maroc. Leurs familles furent aussitôt évacuées sur Nice. Et ce n'est qu'à l'escale de Palma que les navigants entendront leurs familles leur dire qu'elles ont bien été évacuées, sont en terre française, qu'ils se décideront à mettre le cap sur Alger. Ils feront des cercles au- dessus de l'algérois car en avance sur l'horaire. L'hôtesse avait tiré les rideaux des hublots afin que personne ne puisse remarquer Alger ,tantôt à droite,tantôt à gauche de l'avion !

Ce n'est donc pas pour éviter le survol de l'Algérie comme le prévoyait le plan de vol initial Casa-Salé-Oujda-Tunis mais bien pour permettre l'évacuation des familles des navigants français. Le pilote fera une bonne carrière à Air-France en qualité de Commandant de bord sous le nom de Monsieur H....et volera sur Boeing 707-Intercontinental jusqu'à sa retraite.

Quant aux, maintenant prisonniers, il faut quand même relever qu'à aucun moment Ben Bella porteur d'une serviette contenant des documents de la plus haute importance ne tentera de les brûler en réalisant que les militaires sur les pistes étaient français ! Il y eut bien dans la pagaille, quelques tentatives de déchirer certaines pièces. ; puzzles qui réjouiront les policiers qui se chargeront de ces 12 kilos....Armé d'un pistolet-mitrailleur l'ancien adjudant de l'armée française se mit à hurler et engagea le chargeur dans l'arme, tel l'homme d'action de l'OS qu'il fut en participant au hold-up de la Poste d'Oran en 1952. Robert Merle rapportera ses propos et confirma que plusieurs mains de ses compagnons se tendirent vers ses bras en lui déclarant " tu ne vas pas leur faire ce plaisir ".

Ben Bella disposait de 3 passeports : un égyptien, deux chérifiens et de nombreux documents dont des rapports de réunions, des contacts, six feuillets : véritable catalogue d'armes avec leurs prix, enfin 18 lettres diverses et 9 pages de code !

En outre, il détenait une somme de plus d'un million en devises diverses : dollars, pesetas, lires et piastres égyptiennes.

C'est à cette occasion que les militaires français apprirent, confirmation pour certains dont le SDECE, à la lecture de certains documents, les contacts qu'avaient établi, Guy Mollet et la SFIO avec le FLN. 12, 20,21 et 30 avril au Caire ; 25 juillet en Yougoslavie ; 20 août et 1er septembre à Rome ;et enfin le 22 septembre à Belgrade de la même année 1956.

Le détournement avait-il pour finalité la rupture des rencontres SFIO/FLN ? Certains militaires déclaraient clairement " les socialos nous tirent dans le dos ! "Quant on connaît la suite des " évènements d'Algérie "et la part prise par certains militaires, on n'est pas étonné de ce coup là !

Apprenant ce détournement, le Ministre socialiste des affaires marocaines et tunisiennes, Savary, se rendit immédiatement auprès de Président du Conseil Guy Mollet qui dînait au Cercle Interallié. La réaction du Président du Conseil fut d'abord la stupeur puis une vive colère qu'il extériorisa par des termes crus ! Revenu à la table, Bleustein-Blanchet et Christian Pineau, présents, remarqueront le visage défait de Guy Mollet et comprirent que quelque chose de très grave venait de se produire.

Le Président du Conseil informa le Président de la République René Coty. Celui-ci, à cette réunion,suggéra ainsi que Christian Pineau et Savary, de relâcher les prisonniers.

C'est finalement Guy Mollet qui reconnut le côté irréversible de la situation ; menacé d'être renversé dès le lendemain et chef de gouvernement d'un pays en guerre, il aurait à subir la colère et l'opposition immédiate de trop nombreux français. Il déclarera néanmoins, prophétique, pas dupe du " coup tordu "des militaires : " Celui qui a fait cette connerie nous fera perdre la guerre d'Algérie "

Savary, lui, aussitôt, démissionna avec éclat. Cette opération resserrera la cohésion du Roi du Maroc avec le FLN. Bourguiba s'engagea un peu plus aux côtés des Algériens.

Le peuple marocain révolté par cette opération, spontanément, manifesta violemment dans les villes dont Meknès où on déplora 53 morts, presque tous français !

Les hommes politiques français ne réaliseront pas tout de suite la portée du détournement. Au mois d'août, avait eu lieu le Congrès de la Soummam établissant une charte et fixant la création du CCE et du CNRA. La primauté de l'intérieur sur l'extérieur est clairement affichée. Abane Ramdane sera garrotté pour cela par ses propres frères d'armes ! La capture des quatre de l'extérieur allait pour un court moment valider les décisions du congrés.

En conclusion, on peut avec le recul, s'étonner de tant de naïveté, de manque de precautions le plus élementaires, même après que les quatre chefs, sur le tarmac de Casa, faillirent monter sur un vol régulier à destination d'Oran. Tant les gens de la Cour du Roi Mohamed V que les membres du FLN, pourtant formés à la clandestinité, ni les mentors égyptiens des services secrets "Moukhabarat"ne prirent la peine de s'assurer de simples mesures de sureté.

Il est vrai que la réunion de Tunis, où ils rejoignaient le Président Bourguiba, avait pour but de trouver, en commun, les conditions pour une paix en Algérie via les contacts maintenant réguliers avec le parti de Guy Mollet. Tout le monde croyait encore, alors , à un grand Maghreb !

J.R.Tournoux affirme dans "Secrets d'Etat" que les membres d'équipage dont l'avion toucha Alger à 21h10, "furent aussitôt conduits à la Villa des Oliviers retrouver leurs femmes et leurs enfants. Ce qui prouverait, si besoin est, que l'affaire avait bien été préparée, exécutée et réussie.


(1)Hocine Aït Ahmed qui sera remplacé à New York par M'Hamed Yazid et AbdelKader Chanderli. Ce dernier, Premier Ambassadeur de la RADP auprès des Nations Unies à l''Indépendance et dont M. Ben Bella mit brutalement fin aux fonctions, en 1964, par un simple télégramme.La communauté des Nations Unies était stupéfaite . L'Ambassadeur de Tunisie auprès de l'ONU, compatissant et fraternel, organisa une réception d'Adieu à cet homme qui avait tant donné à l'Algérie. Juriste, il avait quitté le nid douillet de Paris et son cabinet pour rejoindre le FLN !








PS :

La différence essentielle entre un détournement et un déroutement d'aéronef n'apparaît pas aux yeux du grand public. Il faut savoir qu'un détournement tels ceux exécutés par les Palestiniens du FPLP à Zarka, Jordanie en 1970, échappe à la maîtrise de l'équipage par la contrainte de pirates de l'air armés.

Le déroutement peut-être le choix de la décision d'un équipage . Choix dicté par une mauvaise météo, une impossibilité d'une liaison directe en raison de cette même météo, pour " faire du pétrole " c'est à dire le complément de pleins des réservoirs en kérosène, ,soit également pour une raison médicale nécessitant une hospitalisation urgente.

Le déroutement – changement de route -peut être la conséquence d'un détournement.


Houria.


Droits de reproduction – même partielle - autorisés avec mention du site :





www.latorche.info.

Mme Aïcha A. : Alger : " Une des deux françaises à bord ede l'avion déroutée semblerait être la "petite amie" de Ben Bella, Non ?

Rédaction : et bien non ! Notre article été très clair à ce sujet. Les deux Françaises, dont une fut molestée, étaient des journalistes.L'amie de Ben Bella Madame Emmy Hermann, résidait en Suisse et elle put lui rendre visite lors de sa détention en France.
Détournement pirate de l'avion de Ben Bella :

" Qui étaient les deux françaises à bord de l'avion ? Amies particulières de deux des cinq ? Nassima B –Amiens (80)


Rédaction : Que nenni ! Les deux françaises étaient Eve Deschamps du Nouvel Observateur et Christiane Darbor. Les deux, indignées par la piraterie, prirent à partie les gendarmes avec tant de véhémence qu'elles furent arrêtées, elles aussi, passablement malmenées et fourrées dans le fourgon cellulaire avec les cinq.
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# Posté le vendredi 19 janvier 2007 12:28

La Fête de l'indépendance par Jules Roy

L'Express du 05/07/1962

La Fête de l'indépendance
par Jules Roy
Musulmans euphoriques et Européens amnésiques célèbrent main dans la main la naissance du nouvel Etat. Une fraternité soudaine que sept ans de conflits ne laissait pas présager

La surprise colossale du jour, ce fut celle-là: on croyait que les Européens s'abstiendraient. La veille encore, croyant les connaître, j'étais convaincu qu'ils resteraient sagement chez eux et que, s'ils étaient obligés de sortir, ils raseraient les murs pour échapper aux provocations toujours possibles et s'épargner en tout cas l'épreuve de voir l'Algérie basculer, d'un bloc et dans la légalité, du côté opposé à celui pour lequel ils avaient lutté avec l'armée pendant plus de sept ans. Quelle erreur! En quelques jours, les 700 000 Européens qui restent encore ici sont tous devenus de ces libéraux qui n'étaient, il y a peu de temps encore, qu'une poignée d'hommes menacés et pourchassés quand ils avaient réussi à ne pas être abattus.

- Oui, monsieur, nous venons voter, ma femme et moi, parce que c'est une affaire qui nous intéresse directement. Nous vivons en bonne intelligence avec les musulmans. Nous habitons dans leur quartier. Nous partageons leurs préoccupations. S'ils sont heureux, nous le serons, et nous souffrons quand ils sont malheureux. Alors nous venons faire acte civique et je ne vous cache pas que nous voterons oui. - Parce que Susini vous l'a demandé?

Dans la rue, les marchands de beignets appellent les clients, tout un peuple pauvre, paisible et sage s'installe à la terrasse des cafés où l'on ne sert que de la limonade et du thé. L'homme hésite un peu.

- Parce que nous voulons rester ici.

Près d'un millier de musulmans groupés sur la droite, ils sont une centaine qui attendent, à gauche de l'entrée, devant une école de Belcourt, dans ce quartier populaire que Camus habita toute son enfance et une partie de sa jeunesse, et où sa mère est morte, il y a deux ans. Ils se protègent la tête des rayons du soleil avec des journaux. Un à un, canalisés par les soldats de la force locale et le service d'ordre du FLN, ils entrent et se dirigent vers les bureaux de vote, exhibent leur carte d'électeur, piquent un bulletin blanc sur la table. Quelques-uns d'entre eux esquissent le geste de s'emparer aussi d'un bulletin orange dont la pile est ridiculement minuscule afin de préserver le secret de leur vote, puis se ravisent et se dirigent vers l'isoloir. Pas très démocratique, ça, et je le fais remarquer à l'un des assesseurs qui s'en excuse en répondant qu'on n'a reçu que très peu de non. Après tout, l'acte civique des Européens, c'était de montrer qu'ils choisissaient l'Algérie. A 10 heures du matin, ce dimanche-là, je savais que les oui l'emporteraient à 99% sur les non, qu'un nouveau miracle s'était produit et que les Européens se prononçaient, en désespoir de cause peut-être, mais dans un réflexe de salut, pour la République algérienne associée à la France.

Alors, quoi, ce jour de colère et d'apocalypse où les hordes arabes allaient descendre de la Casbah pour égorger les hommes, violer les femmes et éventrer les enfants, briser les devantures, piller les magasins et mettre la ville à feu et à sang, alors, mes bons compatriotes qui foutez le camp à pleins bateaux et à pleins avions, vers les rivages de la métropole, où est-il, ce "dies irae" jailli des orgues de l'enfer vers la terreur de l'an mille? Eh bien! mes bons, mes excellents compatriotes ont changé d'avis. Ils sont à présent pour la coopération et l'amitié, et, qu'ils me pardonnent, si je les entends bien, ils ont toujours été ainsi. Certains d'entre eux m'ont même gentiment reproché de n'avoir pas parlé plus tôt à la télévision d'Alger. "Si vous aviez dit cela seulement il y a six mois..." Je n'ai pas répondu.

Mes excellents compatriotes ne lisaient pas mes articles. Il y a plus d'un siècle, parlons au passé, qu'ils refusaient toute intelligence comme toute sagesse politique aux musulmans. "Ces gens-là, monsieur, ne comprennent que la force. Un point c'est tout..." II n'y avait pas à discuter ou alors on vous descendait au nom de la défense de l'Occident et des valeurs humaines, vous, petit intellectuel perverti doublé d'un officier félon. A présent, quelle reconversion subite ou quelle découverte! Les musulmans réfléchissent, les musulmans sont doués d'une rare maturité politique, les musulmans ont la mystique de l'unité du peuple. C'est tout juste si les musulmans ne sont pas supérieurs à eux dont les qualités, il va sans dire, sont reconnues par le monde entier. Mettons les choses au point: les musulmans sont enfin dignes de devenir les amis des Européens, au moment, remarquons-le en passant, où les musulmans deviennent souverains chez eux. Il était à peine midi quand j'arrivai chez mon frère et le déjeuner s'achevait. La table était dressée sur la terrasse, près de la vigne. On s'embrassa. Il faisait 29 degrés à l'ombre et les tourterelles roucoulaient dans leur cage. René et Louise n'avaient pas encore été voter car il y avait trop de monde et surtout trop de soleil. Ce serait pour l'après-midi.





- Et vous allez voter quoi? - Mon pauvre, dit Louise, qu'est-ce tu voudrais qu'on fasse puisqu'on reste? Et puis ça va. Ils sont gentils. Et toi, tu viens toujours sans prévenir.

Elle sort le beurre, le saucisson, les olives, les tomates et les œufs durs et parle tout en servant, coupant ses propos d'exclamations et d'éclats de rire.

- Ils ont donné une fête avant-hier, où ils sont venus au moins 20 000. Sans désordre, sans un cri, sans rien. Les voitures de propagande étaient passées mais nous n'avions pas bien compris. Ils s'exprimaient seulement en arabe. Ils ont invité les Européens pour la fraternisation, paraît-il, et certains y sont allés, mais nous, on n'a pas su. L'après-midi, par curiosité, René a sorti la 2 CV et on a fait le tour de la manifestation, puis on s'est arrêté pour voir. Une épingle, on n'aurait pas pu la ramasser tellement ils étaient nombreux. Oui, une épingle. Ce qu'il y avait de plus beau, c'était la façon dont ils étaient habillés; les femmes surtout, avec des jupes vertes et des corsages blancs, et les enfants coiffés de bonnets de police aux couleurs algériennes.

- Oui, dit René. Avec le croissant rouge et l'étoile. Et tout ça en ordre, propre, sans rien contre nous, au contraire. - Mais ce que j'ai trouvé de plus beau, continue Louise, c'étaient les drapeaux. La colline ondulait, tu vois, comme les orges au printemps. Et quels beaux drapeaux! De soie riche, bien faits, brodés, sans que je puisse te dire combien il y en avait, des centaines ou des milliers. - C'est tout l'effet, que ça vous a fait? ` - Comment te dire? Oui, c'était beau, on avait plaisir à voir ça.

Je n'insiste pas. Je bois mon anisette, j'avale le saucisson et les œufs durs, et René verse le vin rosé dans mon verre plein de glaçons pendant que Louise prépare le café. Je pense que nos excellents compatriotes qui s'empilent dans les centres d'accueil de Marseille ou d'Orly en voudraient bien autant et qu'ils ne respirent plus le vent tiède chargé de l'odeur des vignes et des eucalyptus. Je raconte comment, ces jours-ci, à Oran, ils s'écrasaient contre les grilles du port et dans le hall de l'aérogare pour être loin d'ici le 1er juillet, comment ils s'entassaient les uns sur les autres dans les cars, comment ils s'en allaient dans les rues, pliés en deux sous le poids de leurs valises, après avoir abandonné leurs appartements, bourré du pain et de la soubressade dans un couffin afin de pouvoir manger, comment ils couchaient dehors pour attendre leur tour, assis sur des cageots, serrés comme des moutons effrayés, plus rasés, plus lavés, déjà perdus avant d'arriver cassés dans un pays où, pour la plupart, ils ne savaient où échouer.

-Tout ça par bêtise, dit René. Ils n'ont jamais rien compris. Ils pouvaient s'entendre avec les musulmans sans s'entretuer. Quand ils se sont mis à fuir sans pouvoir rien vendre de ce qu'ils laissaient, je leur ai dit: "Vous êtes tous des fous. Vous le regretterez." Moi, je ne m'en irai que si on me met de force sur un bateau. Ici, les pharmaciens ont foutu le camp et les coiffeurs aussi. Alors je suis allé chez un coiffeur musulman et il m'a rasé sans me couper la gorge, il m'a coupé les cheveux aussi bien que les autres; mais les autres, à présent, ils peuvent revenir: je ne mettrai plus les pieds chez eux. Je retournerai chez l'Arabe.

Louis ajoute, en versant le café dans les tasses: - L'autre jour, des gosses s'entraînaient à marcher au pas et à chanter. Ils faisaient pas mal de boucan et notre voisin s'en est plaint. Eh bien, un Arabe a demandé aux gosses de mettre une sourdine et ils ont obéi. - Oui, dit René. Il leur a crié: "Ma tesguiche." Ça été fini. Voilà, mon pauvre, comment ils sont. On n'aurait jamais cru.

L'employé de l'électricité et du gaz que j'accompagne, à Bab-el-Oued, ne tarit pas non plus d'éloges sur eux et sur la façon dont ils se conduisent. C'est un homme de 55 ans qui ressemble plus, sous sa casquette plate, à un pêcheur qu'à un petit fonctionnaire. Il salue tout le monde, serre la main aux soldats de la force locale, aux gardes rouges, aux amis. Ici, la fraternisation est une chose accomplie. En passant devant l'église Saint-Joseph qu'on avait plastiquée, on aperçoit la carcasse noire du marché incendié. Les slogans "L'Algérie restera française" et "L'OAS vaincra" sont barbouillés sur tous les murs, et cela ne gêne personne.
A chaque carrefour, devant chaque boutique d'épicier musulman, sur chaque place, on a tué ou achevé les blessés. Des cornettes de sœurs de saint Vincent de Paul battent comme des ailes de mouette sur l'eau noire d'un port. Dans l'école où l'on vote oui, des cloisons sont effondrées sur des bancs et il faut enjamber les plâtres pour avancer.

Il y a un an, pour voir l'abbé Scotto qui habitait à quelques pas de là, il fallait échapper au pistolet de ces braves gens convertis, en quelques jours, en super-libéraux. "C'est que, monsieur, me dit l'employé du gaz, nous ne sommes pas des imbéciles et des criminels comme les gens d'Oran. Que voulez-vous, nous ne sommes pas de la même race..." Et il est vrai qu'à Oran d'où je reviens les rues brillent d'un grésil sinistre: du verre pulvérisé tombé de toutes les fenêtres et des façades éventrées. Il est vrai que j'ai appris à temps que des amis allaient venir me voir et que j'ai dû me réfugier en pleine nuit dans un casernement militaire parmi les chars et les gravats, avec de bons compagnons munis de mitraillettes. Vous auriez agi comment, à ma place? Un hôtel à payer, même si on n'y a pas couché, coûte moins cher qu'un enterrement.

"Alors, pourquoi? " De toute façon, saluons nos chers libéraux de Bab-el-Oued et d'Oran et même ceux de ce dernier bastion de l'OAS que fut, à l'ouest d'Alger, la cité de Guyotville où la mer se jette sur les rochers. "Ce n'était vraiment pas la peine de casser tout ce qu'ils ont cassé et de verser le sang comme ils l'ont versé pour en arriver là, m'a dit le gendarme de service en me désignant les électeurs d'un geste du menton. Autrefois, monsieur, il n'y avait ici comme libéraux que le maire qui a dû fuir parce qu'il était condamné à mort et deux ou trois autres qu'on a essayé aussi d'assassiner. Maintenant, voyez: sur les 8 000 Européens de la ville, il en reste à peu près 1 500 et, parmi eux, plus de mille voteront oui. Alors, pourquoi? "

Ici, les commandos de l'OAS ont détruit tout ce qui leur résistait et tué, chaque jour, par dizaines, les musulmans qui ne s'étaient pas encore réfugiés dans les montagnes. Aidés parfois par la bande à Jésus de Bab-el-Oued et par les bérets noirs du 12e bataillon d'infanterie, célèbres dans la région par la férocité avec laquelle ils ont ratissé et réprimé, les groupes de jeunes tueurs montaient à l'assaut des villages, mitraillaient les femmes qui venaient, le vendredi, visiter leurs morts au cimetière. Pourquoi? Pour rien. Pour imposer le mythe de l'Algérie française ou parce qu'on avait "cru voir" passer dans un camion un musulman avec un ceinturon et des cartouchières. Dans les bidonvilles de réfugiés de Kabylie, il n'y avait plus de pain, plus de travail, plus d'argent. Il fallait abattre les chiens affamés qui erraient, la dent mauvaise, en quête de nourriture. Et si vous allez sur les plages de Sidi-Ferruch où l'armée du maréchal de Bourmont a débarqué, voilà cent trente deux ans, presque jour pour jour, en redingote et pantalon rouge, plongez dans l'eau verte qui devient violette près des rochers, grisez-vous de lumière, de soleil et de sel, mais ne laissez pas les enfants faire des trous dans le sable, car les cinglés de l'OAS et du 12e bataillon d'infanterie y ont enfoui, par centaines, les cadavres des "rebelles" qu'ils ont liquidés.

Sur la place étroite où l'école touche l'église qui a la couleur des collines ocre où poussent les champs de tomates entre des haies de roseaux, là même où le débarquement eut lieu sur la presqu'île, un sous-lieutenant parachutiste en tenue léopard, rose et blond comme un ange, veille sur le bureau de vote.

"Oui, pourquoi pas, monsieur? me dit la présidente. La partie est jouée. Nous avons vécu ensemble jusqu'à présent. Je ne vois pas pourquoi nous ne continuerions pas..."
Un peu plus loin, on joue aux boules.

Dès la nuit tombée, dans les quartiers musulmans d'Alger, les lampions s'allument et la fête commence. Une "fitcha" comme on n'en a pas connu ici de mémoire d'homme, qui dure et bat son plein au moment où j'écris, vingt-quatre heures plus tard. Une fête à tout casser, sans que rien soit cassé, où tout un peuple sevré de joie pendant des années laisse éclater celle qui l'envahit à lourdes lames exaltantes et consolatrices. Aucun autre alcool ne le grise que celui du bonheur de posséder enfin une patrie libre. La ville est illuminée et tous ses ors poudroient sur les collines au-dessous des étoiles. Elle crie, elle danse, les youyous qui s'élèvent ne sont plus ceux de la crainte mais ceux des fastes oubliés.

A vrai dire, le premier soir, j'ai eu peur. Les voitures pavoisées qui dévalaient de la Casbah sillonnaient les quartiers du centre avec des allures de meneurs de raids et les Européens voyaient en elles les éléments précurseurs du déferlement dévastateur qui allait suivre.

Mais le soir fut calme. Le lendemain, dans la matinée, la ronde reprit dans un vacarme assourdissant. Hommes, femmes jeunes et vieilles, enfants entassés dans des véhicules de tous âges et de toutes marques criaient à tue-tête le même slogan obsédant que les mains scandaient sur les carrosseries sur le même rythme des "Algérie française" d'autrefois. Vers midi, la fièvre monta et les Européens se demandèrent s'ils n'avaient pas commis une monstrueuse erreur de jugement en votant oui la veille. Puis, en fin d'après-midi, comme aucun incident ne s'était produit, comme ce fleuve torrentiel restait sagement entre ses rives, un étrange basculement eut lieu: la joie des musulmans perdit tout caractère de provocation pour n'être plus que de la joie, et la crainte abandonna les Européens. On vit alors des officiers et des soldats français en uniforme s'approcher, sourire, se mêler à la foule en liesse, participer à cette gigantesque explosion de bonheur qui n'offense personne. Sous mes yeux, dans le défilé tonitruant des voitures, un gendarme mobile est passé au volant d'une 203 décapotable. Pavoisée elle aussi de drapeaux algériens, derrière un camion chargé de soldats de l'ALN.

Demain, je crois que le nouveau miracle sera accompli et que musulmans et Européens battront des mains et crieront ensemble: "El Djezaïri yahia! " Ils se disaient frères. Voici qu'ils découvrent qu'ils le sont vraiment. Aucune fête ne durera assez longtemps pour célébrer l'un des plus grands événements de l'histoire de nos deux pays.
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# Posté le jeudi 18 janvier 2007 12:04

Edmond Charlot attire les amis

1970
12 janvier
Eugène Ionesco est élu à l'Académie française par 18 voix contre 9 à Jules Roy, au fauteuil de Jean Paulhan. Fils d'un Roumain et d'une Française, il s'installe en France en 1942 et écrit sa première œuvre dramatique, "La Cantatrice chauve", sous-titrée "anti-pièce", en 1950. Autre consécration, Ionesco sera le premier auteur à être publié de son vivant dans la prestigieuse bibliothèque de la Pléiade.

« Je suis né en même temps que l'aéroplane dans la plaine de la Mitidja, au sud d'Alger. J'ai passé mes premières années avec ma mère, ma grand-mère, mon oncle Jules et un vieil ouvrier agricole indigène qui s'appelait Meftah. On s'éclairait à la bougie, le pétrole et la lampe Pigeon étaient un luxe, nous allions à Boufarik dans un break à deux chevaux. Les premières autos commençaient à rouler en soulevant un nuage de poussière, il y avait des fusils partout, le soir je m'endormais dans le hululement des chacals et la voix qui appelait les Arabes à la prière. J'ai appris à lire et à écrire dans Le Chasseur français. Au lycée d'Alger, je fus un cancre, on m'expédia au séminaire : notre professeur de grec sondait l'éther avec un poste à galène et notre professeur de littérature entrait en transe en lisant Lamartine.
Ma vocation, je la trouvai dans l'armée. Je devins officier. Mes inspirateurs furent un merveilleux mandarin omniscient à demi loufoque, Montherlant et deux poètes alors à Tunis, Jean Amrouche et Armand Guibert. Quand la deuxième Guerre mondiale éclata, j'étais dans l'aviation, le désastre nous chassa jusqu'à Alger et le drame de Mers el-Kébir nous rangea du côté de Pétain. Antijuif et antiarabe, je fus un homme de droite jusqu'à l'arrivée des Alliés en 1942. La confusion qui régnait fut mon salut : j'allais où je devais. Mon premier livre, La Vallée heureuse, raconte comment les bombardiers lourds de la RAF écrasèrent l'Allemagne. A mon retour en France en 1945, Camus m'ouvrit les yeux sur le monde, puis je marchai seul. Après ce que je vis en Indochine, je quittai l'armée. Après ce que je vis en Algérie, je devins un subversif.
Je le suis toujours. »



La description du sujet
A livre ouvert ... / les contributeurs de "Livres de Guerre"
En réponse à -2 -1 A propos d'Edmond Charlot de René CLAUDE


Toujours a propos d'Edmond Charlot de Ralph de Butler le mercredi 14 avril 2004 à 01h03
Rene Gachet qui etait l'Attache Culturel de France a Alger en 1968 et que je connais bien pour avoir habite l'Algerie a cette epoque, ecrivait dans la revue Loess du 26 janvier 1984 sous le titre, Alger au Temps des "Vraies Richesses" en hommage a Edmond Charlot le texte suivant:
"Edmond Charlot:
Les mots s'usent , perdent de leur force, et de nobles s'encanaillent.
Je voudrais le temps de quelques lignes, redonner sa force pleine, son sens exact au mot "commerce", et je voudrais le faire pour evoquer Edmond Charlot.
Edmond Charlot est un homme de commerce, sans parvenir a etre un commercant. Il vous dira le contraire, se proclamera homme d'argent, sensible au prix des choses, mieux encore au juste prix. Mais que prise t'il? que meprise-t'il?
C'est vrai qu'il vous dira combien doit se vendre un livre, mais il sera alors , eloquent a deux moments. Il le sera, s'il aime ce livre, lorsqu'il vous le vantera, et son eloquence bousculera vos reticences, vous fournissant non des pedants commentaires sur le style , la structure ou la thematique, mais de mille anecdotes sur la vie du volume, de l'auteur, vous disant le charnel, le charnu de ce livre, ce qui en fera votre ami.
Et cette eloquence il la deploiera a nouveau, si vous etes de ses amis, pour vous expliquer que le juste prix ce n'est pas celui plus bas, qu'il tient a vous faire, et il se blesserait irremediablement d'une discussion a ce propos.
Et c'est ainsi qu'Edmond Charlot n'a pas fait fortune et ne fera jamais fortune. Mais c'est ainsi qu'il tient commerce.
Tout se passe entre amis: les livres, ces amis qui ne l'ont jamais trompe: les hommes dont la fidelite a d'etranges faiblesses. Mais aucune de ces faiblesses ne peut passer l'indulgence d'Edmond. Je l'ai un jour questionne avec insistance. Il me parlait souvent en effet d'un de ses amis comme un homme remarquable. Or l'on venait de m'apprendre que cet homme l'avait trahi de la facon la plus vile et je m'etonnais qu'Edmond put ne pas lui en tenir rigueur. Edmond fut embarrasse, reconnut les torts de cet homme, puis balayant tout: " C'est vrai qu'il a fait ca, que veux tu, c'etait un copain!"
Le mot royal pour lui. Jean de Maisonseul vous dit que les gens, les choses, le monde, c'est "merveilleux". Edmond Charlot s'emerveille aussi, mais il s'emerveille parceque le monde fourmille d'etres merveilleux, d'etres qui sont des amis, des "copains".
Et cet homme qui a de l'intelligence et de l'esprit, mais qui a et il le sait bien, le coeur sensible et a donc besoin de se proteger par sa pudeur, est incapable de dire du mal des gens.
Pour etre franc, il est le seul homme que je connaisse qui ne se laisse pas aller au plaisir, aigrelet mais incontestable, de faire de l'esprit sur ses amis. Tous trouvent grace d'une facon ou d'une autre.
Mais tous le savent et Edmond Charlot attire les amis comme d'autres attirent les tapeurs. On ne vient pas vers lui pour emprunter de l'argent mais pour profiter de la chaleur du cercle, ou plutot des cercles, qui s'organisent spontanement autour de lui. C'est un catalyseur d'amities. Et la catalyse fontionne d'autant mieux que Marie-Cecile, aupres d'Edmond, participe a la meme magie, avec ce sourire qu'henri-pierre Roche eut dit "archaique".
Pour conclure sur un exemple precis du role qu'a pu jouer Edmond Charlot dans des circonstances difficiles, je voudrais rappeler son dernier sejour en Algerie. C'etait en 1967, je crois, qu'on lui confia la responsabilite des echanges culturels a l'Ambassade de France a Alger. Il n'etait pas administratif mais ce n'etait pas l'administration que l'on attendait de lui et il fit merveille. En 1967 a Alger rien n'etait simple, et la culture Francaise n'etait pas sortie indemne de la guerre d'Algerie. Edmond Charlot su reconcilier, non par des discours theoriques, mais par son courage, sa generosite. Et autour de lui, de facon informelle, Algeriens et Francais pouvaient se reconnaitre, se retrouver ou se trouver, simplement parce qu'Edmont Charlot avait tout naturellement porte et coeur ouverts, tenait commerce."



Pierre MOINOT
Élu en 1982 au fauteuil 19

Grand-Croix de la Légion d'honneur
Croix de guerre
Officier des Palmes académiques
Officier du Mérite agricole
Commandeur des Arts et des Lettres
Bronze Star Medal
Titulaire de plusieurs décorations étrangères


Prédécesseur : René CLAIR


Œuvres
Discours et travaux académiques

Haut fonctionnaire et romancier
Biographie

Né le 29 mars 1920 en Poitou, dans une famille d'enseignants. Enfance campagnarde. Études secondaires à Niort, Ajaccio, Périgueux. Premier prix de français au Concours général. Entre en khâgne à Henri IV, puis à Caen en 1940. Mobilisé, prisonnier, libéré, repris, enfui, il achève en 1942 à l'Institut de phonétique de Grenoble un diplôme d'études supérieures sur les parlers poitevins et participe à la constitution d'un réseau de résistance, puis gagne le Maroc, prend part à la campagne d'Italie, débarque en Provence, est blessé sur les Vosges et termine la guerre à Sigmaringen. Légion d'honneur à titre militaire. Reçu en 1946 comme auditeur à la Cour des comptes qu'il a quittée comme procureur général, en 1986.
Albert Camus fait publier, en 1948, ses premières nouvelles. Il reçoit le prix international du roman de langue française Charles Veillon pour son premier roman (1952), puis le prix Sainte-Beuve (1953), le prix du roman de l'Académie française (1954), le prix des libraires de France (1964), le prix de télévision Albert Ollivier (1979), le prix Femina (1979), le prix du Rotary international (2000), le grand prix Jean Giono (2004). Il a également fait du journalisme et du grand reportage (notamment la descente du Niger, en 1956, avec Jules Roy), collaboré aux films du cinéaste animalier François Bel sur les animaux d'Afrique, et écrit plusieurs scénarios ou adaptations pour la télévision.
Conseiller au cabinet d'André Malraux en 1959, il accompagne ce dernier dans plusieurs missions en Amérique latine. Il met en place la réglementation d'aide au cinéma, puis organise la direction des théâtres et de l'action culturelle, prépare le premier plan d'équipement culturel, crée la première maison de la culture, et devant la faiblesse du budget culturel choisit de revenir à la Cour des comptes. Rappelé par André Malraux, en 1966, et nommé directeur général des Arts et des Lettres, il est chargé d'une réforme qui l'amènera à proposer la suppression de son poste et à démissionner de ce fait en 1969. Représentant de l'État au conseil d'administration de l'Union générale cinématographique (jusqu'en 1970). Membre puis président de la Commission d'avances sur recettes au cinéma (jusqu'en 1972). Membre de la délégation française à diverses conférences générales et internationales de l'UNESCO ; expert de l'UNESCO en Iran, au Brésil ; président du Comité des activités culturelles de la commission française (jusqu'en 1974). Membre de la Commission de réforme du statut de l'O.R.T.F. (1969), puis administrateur de l'O.R.T.F., charge dont il démissionne en 1972 avant l'éclatement de l'Office. Membre du comité exécutif de la section française d'Amnesty international (jusqu'en 1977). Président de la Commission d'orientation et de réflexion sur l'audiovisuel (1981). Membre du Conseil de l'ordre de la Légion d'honneur (1989). Président du Conseil de l'ordre des Arts et des Lettres (jusqu'en 1995).
Élu à l'Académie française, le 21 janvier 1982, au fauteuil de René Clair (19e fauteuil).


Œuvres écrites de télévision :
1960 Le Voleur, court métrage (adaptation)
1966 Repos à Bacoli, dramatique (adaptation)
1967 Quand la liberté venait du ciel, série de douze dramatiques (adaptation d'après un dossier d'Albert Ollivier)
1978 Mazarin, série de quatre dramatiques originales
1988 Jeanne d'Arc, série de quatre dramatiques originales (en collaboration avec Jean-François Griblin)
1998 La Laïque, dramatique originale
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# Posté le jeudi 18 janvier 2007 11:04