Comme le scorpion mon frère tu es comme le scorpion

Comme le scorpion mon frère tu es comme le scorpion
Poème de Nazim Hikmet

La plus drôle des créatures

Comme le scorpion, mon frère,
Tu es comme le scorpion
Dans une nuit d'épouvante.
Comme le moineau, mon frère,
Tu es comme le moineau
Dans ses menues inquiétudes.
Comme la moule, mon frère,
Tu es comme la moule
Enfermée et tranquille.
Tu es terrible, mon frère,
Comme la bouche d'un volcan éteint.
Et tu n'es pas un, hélas,
Tu n'es pas cinq,
Tu es des millions.
Tu es comme le mouton, mon frère,
Quand le bourreau habillé de ta peau
Quand le bourreau lève son bâton
Tu te hâtes de rentrer dans le troupeau
Et tu vas à l'abattoir en courant, presque fier.
Tu es la plus drôle des créatures, en somme,
Plus drôle que le poisson
Qui vit dans la mer sans savoir la mer.
Et s'il y a tant de misère sur terre
C'est grâce à toi, mon frère,
Si nous sommes affamés, épuisés,
Si nous somme écorchés jusqu'au sang,
Pressés comme la grappe pour donner notre vin,
Irai-je jusqu'à dire que c'est de ta faute, non
Mais tu y es pour beaucoup, mon frère.
Nazim HIKMET, 1948.
(1902, Salonique - 3 Juin 1963, Moscou)

Poète turc, il a écrit :
Paysages humains,
De l'espoir à vous faire pleurer de rage,
Lettres de prisons
...
# Posté le vendredi 06 avril 2007 06:50

Mohamed Benchicou ,une imposture algérienne.

Interview, Mohamed Benchicou : "Le Sahara lui échappe"


Parmi vos témoins, certains disent que Bouteflika ne connaît rien à l'Algérie, qu'il est Marocain. Est-il vraiment perçu comme tel par les Algériens ?
Attention, nos frères marocains ne doivent pas le prendre comme une prise à partie. Tous ceux qui disent que Bouteflika est Marocain veulent dire que c'est un étranger, un non Algérien. Nos frères marocains ont pris part à notre guerre de libération, alors il ne faut pas s'arrêter sur le qualificatif, c'est Bouteflika qui se comporte en étranger. Cet homme est une supercherie, une tromperie.

Avez-vous écrit ce livre pour vous venger de vos ennuis judiciaires ou pour faciliter la tâche à un autre candidat ?
Rien de tout cela. Je l'ai fait d'abord pour une raison égoïste : j'ai commencé ce livre le jour de mon anniversaire, le 1er mai 2003. Ce jour-là, je recevais Sid Ahmed Ghozali, un ami
d'enfance de Bouteflika. C'est seulement ensuite qu'on a commencé à me créer des problèmes. Je l'ai écrit parce que pour un journaliste, Bouteflika est un cas, un modèle. Rien n'a été écrit sur lui. Cet homme n'existe pas, il ne descend de personne, il n'est le successeur de personne, voilà l'imposture. Il nous a été vendu par les généraux et le régime. Maintenant, ils s'aperçoivent qu'il est incapable d'assurer la gestion. Mon livre n'a rien à voir non plus avec la présidentielle, cette question appartient aux politiciens, pas aux journalistes que je suis.

Vous écrivez que Bouteflika fait chanter l'armée en menaçant d'alerter l'opinion internationale pour demander des comptes sur certains massacres attribués à l'armée, mais pourquoi se laisse-t-elle faire ?
L'armée a amené Bouteflika au pouvoir pour ses talents d'orateur, mais il a tout de suite compris pourquoi l'armée l'avait fait venir. Alors il fait chanter les généraux à l'enquête sur les massacres suspects. Il leur a dit : "Si vous bronchez, vous allez avoir l'opinion internationale sur le dos". Les généraux se sont retrouvés un temps piégés par leur engagement de neutralité.

Vous dites que Bouteflika était plus accommodant que Boumédiène sur le Sahara ?
Bouteflika n'a jamais eu la moindre idée personnelle. Les trois dossiers les plus importants de ce temps-là lui échappaient complètement : le Sahara, l'accord Irak-Iran et le Front du refus. Pour le Sahara, l'option de Boumédiène et de l'armée était la fermeture à toute concession au Maroc. Bouteflika menait une diplomatie parallèle en Algérie et à l'étranger pour une position plus conciliatrice, une solution négociée.

Pensez-vous qu'il va remporter les élections ?
Bouteflika ne gagnera pas parce que c'est la pire chose qui puisse arriver à l'Algérie. Il l'a ruinée. Il s'est heurté de front à l'armée. Il a semé les germes de la crise la plus terrible qu'ait connu l'Algérie. Il nous a menés à la fitna (fronde). Regardez les émeutes incessantes, la Kabylie au bord de l'explosion. Bouteflika est devenu dangereux même pour l'armée. Aucune institution qui se respecte, comme l'ANP, ne peut lui donner un 2e mandat.

Vous rejoignez donc El watan et le général Lamari qui jugent que l'armée peut être amenée à "défendre la république" ?
Oui. Bien sûr, personne ne sait ce qui va se passer, mais l'armée ne le laissera pas gagner.
Propos recueillis par A.S http://www.telquel-online.com

Lettre à Mohamed Benchicou
ancien directeur du quotidien dissout Le Matin

Un peu de pudeur Benchicou



A la lecture d'une chronique de Mohamed Benchicou parue dans le quotidien Le Soir d'Algérie, je n'ai pas pu me retenir pour lui adresser cette lettre qui n'a toujours pas de réponse de la part de celui qui s'est toujours fait passer pour un redoutable polémiste.

Mohamed,
J'ai pas aimé qu'on te mette à l'abri pour une période de 2 ans, comme un vulgaire délinquant. Pour la simple raison que le pouvoir a condamné un lampiste et non pas ceux qui se cachaient derrière lui. D'ailleurs, je l'ai dit lors de la réunion de la FIJ à Bruxelles en présence de ton épouse et de ceux qui étaient venus te soutenir du bout des lèvres mais qui pensaient tout bas que tu méritais d'aller en prison. J'avais dit que j'étais contre ton emprisonnement parce que tu n'étais pas le seul à faire le change parallèle à la bourse du square Port Saïd. Vous êtes des milliers à le faire (en tous les cas, moi je ne l'ai jamais fait. Et quand il m'arrive d'envoyer de l'argent à ma mère, je passe par Western-Union et je garde toujours les preuves de l'envoi parce que je suis trop propre et je tiens à le rester) . Tu as vu comme Nezzar et ses pairs sont ingrats ; Non seulement ils n'ont rien fait pour t'éviter la prison, pis encore, ils ne t'ont même pas ramené une orange ou un paquet de cigarettes, les salauds ! (tu m'excuses de les traiter de salauds même s'ils sont tes amis).

Bien que le délit pour lequel tu as été condamné est ce qu'il y a de plus régulier puisque de l'avis de beaucoup de tes proches tu étais un spécialiste du change parallèle (un crime économique qui a appauvri l'Algérie). Mais, je reconnais que tu as été envoyé au cachot parce que tu as mélangé sales affaires et politique. Quand on est sale on ne doit pas ouvrir sa gueule. Il n'y a que les hommes propres comme moi (et je le dis fièrement) qui peuvent se permettre de dénuder les hommes du pouvoir. Ils ont remué ciel et terre pour me trouver le moindre point noir pour m'ester en justice ou me faire scandale dans la presse (tu les aurais servi volontiers), ils n'ont rien trouvé. C'est beau ça, n'est-ce pas ? Je paye cher le prix de mon intégrité et de ma probité et parfois on me prend pour un con, mais j'accepte de payer le prix .

Que penses-tu de quelqu'un qui est installé en France depuis 10 ans et qui refuse de demander la nationalité française, ni pour lui ni pour ses enfants ni pour son épouse, ne serait-ce que pour des facilités administratives ? Tu le qualifie pour un con, un fou ou un chouchou ? Moi ? je trouve que c'est trop fort ! Ce n'est pas donné à n'importe qui de le faire. Cela me coûte 860 ¤ par an et par enfant scolarisé en Belgique parce que je réside en France et j'ai choisi de scolariser mes enfants en Belgique. Et crois-moi, je ne roule pas sur l'or. Je ne fais pas de change parallèle non plus et je n'ai pas de rente. Je suis comme tu me l'as écrit une fois « un démuni », mais je suis HOMME et F'HAL comme on dit chez nous dans les Aurès Ichawiyen.

Contrairement à toi, je n'ai pas acheté une maison en France. Après 10 ans de présence dans ce pays, je suis toujours locataire. Quel comble ! Et même dans l'entreprise que j'ai créée pour publier le mensuel RACINES D'OUTRE-MED' je n'avais pour seul associé qu'un pauvre démuni comme moi. A deux, nous avons laissé nos économies dans ce magazine qui a dérangé du monde l'espace de 7 numéros avant qu'il ne rende l'âme. Et à ce jour, je continue de payer les dettes de ce sacré MAGAZINE. Je n'ai pas crée BIRD COMMUNICATION avec des gens friqués et je n'ai pas mis des parts au nom de ma belle mère. Tu comprends ce que je veux dire par là, mon cher Mohamed !

Tu t'en prenais à moi pour avoir publié La Mafia des Généraux à l'étranger et te voilà m'imiter quelques années plus tard.mais, toi tu agissais pour le compte de cette même mafia que tu as défendu "courageusement" au lendemain de la parution de mon livre en cherchant à entretenir, comme d'habitude, l'amalgame entre l'institution militaire et une bande de généraux voyous et mafieux. Pourtant, moi j'avais publié mon ouvrage en France parce que je ne pouvais pas faire autrement d'autant plus que je suis un réfugié politique.

Parce que je faisais mon boulot de journaliste en informant l'opinion publique sur les frasques de Khalifa, tu me traitais de "chouchou" et de "délateur". Pour toi, tant que tu mangeais dans la main de Khalifa (toi et tes filles comme tu me l'as avoué par écrit), il ne fallait pas dénoncer les pratiques scandaleuses du golden boy dont tu étais l'un des conseillers.

Je viens de lire ta chronique intitulée "Akli et Chakib" et je me suis vraiment marré en lisant ce passage "la chanteuse Amel Wahby nous traînait devant le juge pour l'avoir soupçonnée de recel du pactole Khalifa". Et toi, Mohamed, tu n'as pas commis le même délit que Amel wahby? En d'autres termes, tu n'as pas touché au pactole de Khalifa?

Je me suis marré encore plus et je n'ai pas pu me retenir pour te consacrer un peu de mon temps en t'écrivant ces lignes "Dieu merci, qu'il arrivait au Matin de révéler des choses avérées et cela suffit pour nous réconcilier avec l'idée que le journalisme sert parfois à quelque chose »; Non seulement Le Matin, sous ta conduite ne faisait aucune révélation sur le scandale Khalifa alors que tu connaissais beaucoup de choses, mais il faisait pire. Le Matin ne souffla pas mot sur l'arrestation de Djamel Guelmi à l'aéroport d'Alger en possession de ses sacs bourrés de billets de banque. C'est ça le journalisme à la Benchicou? Un journalisme auquel je consacre tout un chapitre dans mon prochain livre "Khalifa est-il un escroc ou un homme de paille?".

Si Khalifa a commis l'escroquerie du siècle sur le plan financier, toi Mohamed, tu as commis l'escroquerie du siècle sur le plan moral en transformant une condamnation pour une affaire de droit commun en une condamnation politique. Eh! oui... en te lisant, il me revient toujours à l'esprit cet adage arabe qui te va comme un gant "il n'y a pas plus loquace qu'une pute pour parler d'honneur!" et je ne comprends pas pourquoi tu te fâches.

SANS RANCUNE AUCUNE

Le démuni et honnête Hichem ABOUD
le 27 janvier 2007
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# Posté le lundi 19 février 2007 05:15

Tirs croisés entre le commandant Azzedine et Belaid Abdesslam.

El Watan Edition du 7 février 2007 > Actualite


Le commandant Azzedine dément les propos de Khalifa sur Bouteflika
La sortie médiatique de Abdelmoumen Khalifa le 2 février sur la chaîne Al Jazeera a étonné plus d'un.

Historiens et anciens maquisards se disent « surpris » par les propos de l'ex-golden boy algérien et trouvent ses déclarations, remettant en cause le passé du moudjahid Abdelaziz Bouteflika, « insensées » et illustrent de « sa méconnaissance totale de l'histoire de son pays ». C'est l'avis même du commandant Azzedine qui, malgré son appartenance au « camp de l'opposition », se dit ne pas accepter qu'on nie le parcours révolutionnaire du moudjahid président Bouteflika. « Honnêtement, ce qu'a dit Abdelmoumen est infondé et n'a rien de vrai. Son père, Khalifa Laroussi, a servi sous les ordres de Boussouf à Tunis. Ayant été déjà sous-préfet français et ayant fait preuve de compétence, Boussouf lui confiait les affaires techniques. Il n'était ni au FLN ni à l'ALN. Il n'avait aucune relation ni de près ni de loin avec Abdelaziz Bouteflika qui agissait sous la coupe de Boumediène à Oujda (Maroc) », témoigne-t-il, attestant que Bouteflika avait bien participé à la guerre de Libération nationale. Selon lui, ce dernier n'a jamais été arrêté au Maroc ni condamné à mort pour qu'il soit « sauvé par Khalifa Laroussi ». « Je pense que Abdelmoumen a fait la confusion avec Belaïd Abdesslam qui, effectivement, a été condamné en 1958 », explique-t-il, affirmant que Abdelaziz Bouteflika n'était nullement cité dans cette affaire. « Bouteflika a été envoyé au début de 1961 au Mali, accompagné de Messaâdia et Belhouchet », note-t-il. Le commandant Azzedine tient à préciser avoir apporté ces « précisions » uniquement par « souci de vérité historique et non pas pour faire la brosse » au président Bouteflika où lui « faire preuve d'allégeance ». Selon Le FLN, livre d'histoire cosigné par Mohamed Harbi et Gilbert Meynier, Khalifa Laroussi avait été chef de cabinet de Boussouf. Il était aussi considéré comme l'inspirateur de la police politique du FLN. « En 1961, Laroussi Khalifa trahit Boussouf pour rejoindre Boumediène. Il signa, début 1962, un chèque d'un milliard de francs sur le compte du GPRA pour être versé à l'état-major de Boumediène à un moment où se fourbissaient, dans ce segment militaire dominant, les moyens de prise du pouvoir... », est-il écrit dans la page 275 de ce livre. Mais rien n'indique que le père de Abdelmoumen Khalifa était un communiste comme l'a affirmé son fils. Abdelmoumen Khalifa avait déclaré sur la chaîne Al Jazeera que l'effondrement de son groupe éponyme est dû à un conflit personnel entre sa famille et le président Bouteflika. « Bouteflika était jeune, il était au Maroc. Mon père tenait les services. Bouteflika et Belaïd Abdesslam avaient tenté de s'enfuir en 1958. Les services marocains les ont rattrapés. Ils ont été condamnés à mort. Boumediène a pris attache avec mon père qui est intervenu auprès de Boussouf pour ne pas les exécuter. » a-t-il déclaré. Les observateurs ont estimé que Abdelmoumen Khalifa a tenté, au cours de ce passage sur le plateau d'Al Jazeera, de faire diversion au procès retentissant qui se tient actuellement au tribunal criminel de Blida en tantant de « politiser l'affaire » et démonter l'argument d'une escroquerie de grande ampleur. Force est de reconnaître que ce scénario de diversion n'a pas tenu la route auprès de l'opinion publique...

M. A. O.
El Watan Edition du 19 février 2007 > Actualite

Belaïd Abdesselam nous écrit
Dans son édition datée du 7 février 2007, le quotidien El Watan publie une déclaration du commandant Azzeddine, dans laquelle ce dernier affirme qu'en 1958, j'avais fait l'objet d'une condamnation à mort de la part du FLN, sans préciser ni par quelle autorité cette condamnation aurait été prononcée ni le ou les motifs qui en auraient constitué la justification. Une fois de plus, ressurgit, par la voix d'un ancien responsable du FLN, la fameuse allégation sur ma prétendue « désertion » suivie de ma condamnation à mort au sein de l'organisation FLN relevant du commandement général de la wilaya d'Oran, CGWO (Wilaya V) au Maroc. Je rappelle que j'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer à ce sujet à deux reprises : la première fois à travers le livre intitulé Le hasard et l'histoire que j'ai rédigé sous la forme d'entretiens avec le regretté Mahfoud Benoune et le sociologue bien connu Ali El Kenz (voir pages 139 à 146 du tome I de ce livre) la deuxième fois, dans le quotidien L'Authentique daté du 17 octobre 2001. En fait, de quoi s'agit-t-il ? Le 1er mai 1958, me révoltant contre le comportement, à mon égard, de Laroussi Khelifa, incrusté dans les structures de la Wilaya V au Maroc, après avoir été l'agent et le protégé du sénateur Cavallet et du ministre Bernard Lafay en France, j'avais décidé de quitter, bien entendu sans autorisation, la villa qui nous servait de camp à Oujda, dans l'espoir de rejoindre Rabat où je pensais retrouver des membres du CCE que je connaissais : Ramdane Abane et Abdelhamid Mehri. J'imaginais leur présence dans la capitale marocaine, après la tenue de la conférence maghrébine qui venait d'avoir lieu à Tanger. J'ignorais, évidemment, le sort réservé au frère Ramdane Abane près de six mois auparavant. Ayant rencontré, dans les rues de la ville d'Oujda, l'homme qui nous servait d'agent de liaison avec le commandement général de la wilaya d'Oran (CGWO) assumé alors par le colonel Boumediène et, en raison de mon refus de le suivre pour me rendre auprès de ce dernier, je fus arrêté par la police marocaine. Je passais, ainsi, le reste de la journée du 1er mai dans une prison marocaine. Au début de la nuit, je fus remis à l'organisation de la wilaya, vers minuit, le colonel Boumediène vint me trouver dans la nouvelle villa où je fus conduit, après ma « récupération » de la part des autorités marocaines. D'emblée, le colonel Boumediène tint à m'assurer, sur son honneur d'officier de l'ALN, qu'il ne m'arrivera rien et que, dès que j'aurais fourni les explications nécessaires sur mon acte d'indiscipline, je pourrais aller où bon me semble. De fait, moins d'un mois après ma sortie du camp d'Oujda, j'avais été désigné comme représentant du FLN à Tanger, avant d'être appelé en juillet 1958, soit trois mois à peine plus tard, auprès du CCE au Caire, par Abdelhamid Mehri, pour m'occuper des questions relatives aux étudiants. Par ailleurs, pendant mon séjour dans la villa où je fus placé, après ma récupération de la prison marocaine, j'avais reçu la visite de certains responsables de la Wilaya V venus tous s'enquérir de ma santé et de ma situation. Ce fut ainsi que je fis la connaissance du frère Ahmed Kaïd, plus connu sous le nom de commandant Slimane. En outre, l'élément de l'ALN, sous la garde duquel je pensais avoir été placé et que j'avais présenté dans l'un de mes écrits comme ayant été mon « geôlier », me précisa, des années plus tard, qu'à aucun moment, il n'avait été avisé qu'il assumait un tel rôle auprès de moi et que, durant toute la période que nous avions passée ensemble, les responsables du commandement de la wilaya ne cessaient de lui recommander de me réserver les égards les plus attentionnés. Tel a été le sort du « condamné à mort » que j'aurais été en 1958, selon les propos de monsieur Azzeddine. Certes, je n'ignorais aucunement que, par mon geste, je prenais un risque certain par rapport aux règles de discipline imposées par le CGWO (Commandement général de la wilaya d'Oran). Mais, en tout état de cause, si, pour m'être « rebellé » contre Laroussi Khelifa, j'avais, peut-être, encouru une condamnation à mort, je m'en réjouis très volontiers et je me crois même fondé à revendiquer cet acte avec fierté. Cet individu, qui avait réussi, comme tant d'autres de ses émules, à s'incruster dans les structures du FLN en guerre, était un parfait imposteur. L'incident qui m'a opposé à lui n'a été, en définitive, qu'une anticipation sur d'autres actes de sa part mettant en évidence sa véritable nature, celle d'un personnage sans scrupules, animé par le désir de parvenir à tromper ceux qui lui font confiance. Il n'hésita pas, notamment, à arguer de diplômes universitaires qu'il ne possédait pas, afin de se prévaloir auprès des responsables du FLN. L'arnaque, que son rejeton a perpétrée au détriment de l'Algérie et qui fait l'objet du procès se déroulant actuellement devant le tribunal de Blida, se situe bien dans la continuité des agissements malfaisants accomplis par celui qui se faisait passer pour le maître-espion du FLN et qui, faut-il vraiment le rappeler, n'est autre que le père du fondateur escroc de l'éphémère et calamiteuse « El Khalifa Bank ».

Alger le 17 février 2007
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# Posté le lundi 19 février 2007 04:32

L'étrange affaire Khalifa

Auditionnée hier par le tribunal, elle déclare avoir été envoyée par Khalida Toumi

Bensouda Samira, directrice de l'antenne KTV «en mission spéciale, mandatée par l'Etat»

La Tribune Dimanche 18 février 2007

Par Hasna Yacoub

Bensouda Samira, l'ex-chargée de la presse écrite au niveau du ministère de la Culture et de la Communication, au moment où Khalida Toumi était à la tête de ce ministère, a été auditionnée hier par le tribunal criminel près la cour de Blida dans l'affaire de la caisse principale d'El Khalifa Bank. Inculpée d'abus de pouvoir pour avoir gardé un véhicule de Khalifa TV, elle fera beaucoup de révélations tout en se refusant à donner tous les noms : «J'étais en mission spéciale à KTV à la demande de la ministre. Il faut revenir au contexte de l'époque, c'était à la veille des élections présidentielles», dit Mme Bensouda qui affirme ne pas pouvoir témoigner sans lier l'affaire à la politique : «Je suis commis de l'Etat depuis l'âge de 27 ans et je n'ai jamais été intéressée de travailler chez le privé. J'étais mandatée par le ministère, ce n'était pas une initiative personnelle mais celle de l'Etat.» Elle répétera tout au long de son audition qu'elle ne pouvait pas expliquer certaines choses parce qu'elle allait faire la une des journaux et tentera de plonger le tribunal dans un scénario à la James Bond : «J'étais en mission spéciale», mes responsables hiérarchiques avaient demandé» ou encore «une personne dont je tairais le nom a voulu récupérer le matériel de KTV qui coûtait des milliards et j'ai dû m'opposer». Mme Bensouda commencera par dire que Mme Djazerli, la tente de Abdelmoumene Khalifa qui était à la tête de KTV, s'était présentée avec deux autres personnes chez l'ex-ministre de la Culture et de la Communication, Mme Toumi, pour demander une accréditation à l'antenne de KTV d'Alger. «La ministre m'a demandé de les recevoir. Ce que j'ai fait. Nous avons discuté et Mme Djazerli m'a invitée à aller visiter le siège de KTV en France. Après cette rencontre, j'ai rendu compte à Mme Toumi qui m'a autorisée à y aller. La ministre avait alors signé l'accréditation de l'antenne de KTV à Alger.» Deux jours après son retour de France de Bensouda, comme elle le raconte, elle a établi un procès-verbal pour rendre compte à la ministre de ce qu'elle avait vu. Mme Djazerli a appelé Mme Bensouda pour lui dire qu'elle était à la recherche d'un responsable pour l'antenne de KTV à Alger : «J'ai alors proposé à Mme Djazerli la journaliste de l'ENTV Soraya Bouamama. J'en ai fait part à Mme Toumi qui m'a dit textuellement : ''pourquoi pas vous''.»
L'inculpée s'arrête un moment avant d'ajouter : «Je peux parler, madame la présidente. Il y a autre chose mais je ne sais pas s'il faut le dire.» «Vous pouvez tout dire. Nous n'interdisons à personne de parler et le tribunal s'assume. Citez tous les noms que vous voulez», dit Mme Brahimi, un peu froissée. Mme Bensouda termine son histoire en disant que la ministre lui avait demandé de rejoindre KTV par rapport aux prochaines élections : «J'ai fait remarquer à Mme la ministre que je n'avais jamais pensé travailler un jour chez le privé. Elle m'a dit qu'une solution allait être trouvée et que ma place allait être préservée. J'étais donc en mission spéciale. Mme Toumi a appelé le secrétaire général du ministère pour qu'il trouve la formule me permettant d'aller à KTV sans perdre ma place.» Mme Brahimi : «Vous avez été détachée ?» Mme Bensouda s'impatiente : «Non madame, j'étais en mission, mandatée par la ministre, porte-parole du gouvernement. Ce n'était pas mon initiative mais celle de l'Etat.» Elle continue d'expliquer sa «mission» qui a duré trois mois à la tête de KTV à Alger, de janvier à avril 2003.

«Responsable d'une antenne privée sous tutelle du ministère»
La juge l'interrompt : «Ce n'est pas clair tout cela. Vous étiez payé par le ministère mais vous aviez un contrat de travail avec KTV ?» «Je sais, madame, mais il ne s'agit pas d'un contrat de travail. J'avais juste une décision signée par Abdelmoumene Khalifa. Je suis commis de l'Etat et j'ai été nommée par décret présidentiel. On m'a demandé de faire une mission, je l'ai faite», dit-elle. «Vous êtes commis de l'Etat et vous devez respecter la loi ?», dit de nouveau la présidente de séance. «Je vous raconte ce qui s'est passé, Mme la juge.» «Mais vous étiez directrice de KTV et payée par le ministère. On peut donc dire que vous étiez responsable d'une antenne privée sous la tutelle d'un ministère», dit la juge avant de poser la question : «Etiez-vous payée à KTV ?» L'inculpée répond par la négative. «Personne ne m'a payée. Ni le salaire ni le poste ne m'intéressaient. J'étais en mission», continue de répéter Mme Bensouda. Elle nie avoir reçu un quelconque privilège de la chaîne privée. «Et le véhicule à cause duquel vous êtes devant nous aujourd'hui ?» demande la juge. «Il y avait 30 véhicules dans le parc de l'antenne dont j'étais la responsable et j'avais la charge d'assurer le matériel de plusieurs milliards. A KTV, il y avait plus de matériel qu'à la CNN, je peux l'assurer», dit-elle avant d'expliquer qu'elle utilisait une Polo qu'un chauffeur conduisait pour elle. Mme Brahimi demande à l'inculpée de préciser les dates. «Je sais que vous n'aimez pas le contexte politique mais je ne peux pas répondre sans lier cette affaire à la politique. A cette époque Abdelmoumene venait de nommer quelqu'un d'autres à ma place. Ce dernier s'est présenté avec une décision du P-DG du groupe pour récupérer tout le matériel de l'antenne. Ce que j'ai refusé. J'ai alors contacté l'administrateur par le biais d'un avocat et j'ai payé de mon propre argent un huissier de justice pour faire l'inventaire du matériel et le remettre à l'administrateur. J'ai demandé, un écrit à l'appui, à garder le véhicule [la Polo] et j'ai reçu un accord écrit de l'administrateur. Quelque temps après, mon mari a été muté à l'étranger où je l'ai rejoint. J'ai laissé le véhicule chez mes parents en leur demandant de ne le remettre qu'à la gendarmerie ou l'administrateur. C'est peut-être une négligence de ma part, je le sais. Quelque temps après j'ai reçu une convention de la gendarmerie, je suis rentrée de l'étranger et j'ai remis personnellement le véhicule.» «Pourquoi l'avoir gardé ?» insiste la juge. Mme Bensouda s'énerve : «J'ai tout fait pour rendre un matériel coûtant des dizaines de milliards et je vais voler une Polo !» C'est autour de la présidente de s'emporter et de rappeler à l'inculpée qu'elle comparait devant le tribunal pour abus de confiance et non pour vol. Le procureur général, en prenant la parole, lui demandera si elle avait rencontré Abdelmoumene Khalifa. Cette dernière dit ne l'avoir jamais vu de sa vie. Elle niera avoir été derrière la location des locaux ayant abrité l'antenne de KTV et dira que la tutelle savait évidemment que Maamar Djebour (entendu comme témoin dans cette affaire) travaillait à KTV au moment où il était à la Chaîne III. Elle ajoutera qu'il y avait une convention entre l'ENTV et KTV et que la condition de recrutement des journalistes de l'ENTV était l'accord préalable du DG de l'Unique.

«Je n'ai pas envie de parler parce que je ferai la une de toute la presse»
Le parquet lui demande ensuite comment elle s'expliquait ses négociations sur le salaire avec Djamel Guelimi (accusé) qui a remplacé Djazerli à la tête de KTV, alors qu'elle était en mission spéciale. Mme Bensouda est formelle : «Je n'ai jamais négocié mon salaire. Les journalistes percevaient 100 000 DA et 1 000 euros. J'étais nommée directrice, il m'a été proposé 200 000 DA et 2 000 euros mensuellement. Je n'ai reçu que 200 000 DA de Guelmi en contrepartie des 3 mois de travail. C'est moi qui l'ai déclaré au juge d'instruction et le ministère le savait.
«Mme Toumi m'a demandé de négocier mon salaire.» La présidente revient à la charge et demande : «Qui est El Mekedem que vous avez cité devant le juge d'instruction ?» Mme Bensouda semble gênée : «Je n'ai pas envie de parler, parce que je ferai la une de toute la presse. Je dis seulement qu'il s'agit d'une personne venue avec la décision de Abdelmoumene Khalifa.» Quand Mme la juge demande à Djamel Guellimi de se lever pour la confrontation, ce dernier dira juste que les 20 millions de centimes ont été donnés à Mme Bensouda sur instruction du P-DG. Il ajoutera que Soraya Bouamama a assuré la rédaction de KTV de l'antenne d'Alger et que Mounir Boudjemaa était chargé de KNews. Après un moment de tension et des explications de la juge qui a déclaré refuser que le procès soit politisé, Me Berghel a demandé au tribunal de convoquer la ministre, Mme Toumi. La présidente lui expliquera alors que sa demande est rejetée parce que la procédure n'a pas été respectée : «Vous connaissez, maître, la procédure. Je ne refuse pas parce que c'est la ministre et j'aurais aimé que votre demande ait été faite à temps. Je respecte les lois.» Me Berghel saute alors sur l'occasion pour rappeler au tribunal qu'il avait formulé dans le respect des procédures une demande pour qu'Ahmed Ouyahia, l'ex-chef de gouvernement, soit entendu. «Le premier jour, maître, je vous avais dit que si le tribunal jugeait son témoignage important nous le convoquerons. Je vous dis aujourd'hui que le tribunal juge que le témoignage de M. Ouyahia ne nous avancera pas à grand-chose. Donc nous n'allons pas le faire.»

H. Y.
El Watan Edition du 18 février 2007 > Actualite

Khalida Toumi désigne une de ses cadres à Khalifa TV
Plusieurs accusés, poursuivis pour abus de biens sociaux, ont été entendus durant l'après-midi. D'abord, Lynda Benouis, directrice de la monétique à El Khalifa Bank.

Le tribunal lui reproche d'avoir bénéficié d'un crédit de 9 millions de dinars, qu'elle dit avoir remboursé à Abdelmoumen en trois tranches. En 2001, sa mère était malade et devait déménager de son logement situé au 6e étage. Elle avait demandé au défunt Aloui si la banque accordait des crédits pour l'achat d'un logement. Il l'oriente vers Abdelmoumen qui, selon le responsable, était le seul habilité à accorder les prêts. « J'ai vu le PDG et je lui ai dit que c'était une urgence. De ce fait, il m'a dit qu'il m'avançait la somme de son propre argent. Il m'a demandé les coordonnées de la personne qui devait me vendre l'appartement au boulevard Mohammed V, à Alger, et il lui a viré le montant de 9 millions de dinars. Lorsque j'ai commencé le remboursement, le PDG m'a demandé de lui remettre les montants en main propre. Ce que j'ai fait, mais à la fin je lui ai fait une lettre de remerciements et sollicité un accusé de réception. Ce qu'il a fait », déclare l'accusée, en précisant que la personne qui lui a prêté le montant remboursé est décédée en 2002. La présidente demande à Benouis comment elle qualifie ce crédit. « Un prêt personnel », dit-elle. La magistrate : « Quelle preuve avez-vous ? » L'accusée : « Je n'ai aucun document. Lorsque je rentrais dans le bureau du PDG il était toujours seul. Mais sa secrétaire peut témoigner que je venais le voir. De plus, j'ai la lettre où il m'accuse réception. » La présidente : « Le montant porté sur le contrat est de 5 millions de dinars. » L'accusé : « J'ai remis 9 millions de dinars. Si le vendeur a fait une fausse déclaration, ce n'est pas de ma faute. » La présidente l'interroge sur la visite qu'elle a effectuée au bureau de la mutuelle des P et T, avec Chaâchaouâ Abdelhafid et Tahar Mekader. Elle révèle qu'elle y est allée à titre de directrice de la monétique pour proposer des services, notamment en matière de paiement électronique, aux clients de la banque. Ce qui explique, dit-elle, qu'elle y est retournée, une fois que la mutuelle était cliente pour lui faire des offres. « Le PDG m'a demandé de récupérer à l'occasion les conventions, du fait que les responsables étaient indisponibles », dit-elle. Pour elle, les cartes magnétiques ne sont pas des mesures d'accompagnement. Pour les avoir, dit-elle, il faut impérativement avoir un compte alimenté, que ce soit en dinars (constituant 80% des cartes) ou en devises représentant 20% des cartes. A ce titre, elle affirme que les Mastercard et les American Express sont de plusieurs types et en aucun cas elles ne peuvent être délivrées sans le compte. Il y a de la plus petite, à 200 euros de crédit, jusqu'à 3000 euros, en passant par 500 et 1000 euros. La carte bleue par exemple est à 3000 euros minimum, dont la moitié est bloquée par la banque. Elle affirme que lors du blocage effectué par la CSC à Beyrouth et la Bahreïn Express à Manama, en mars 2003, seul Mastercard continuait à transmettre les dernières dépenses qui n'ont pas été payées par Khalifa. La présidente interroge l'accusé sur une écriture comptable à propos du virement du montant de 9 millions de dinars. « L'écriture fait état de l'acquisition d'une villa de la monétique », déclare la juge. L'accusée : « Je ne sais pas. C'est au niveau de la banque. J'ai acheté un appartement. » La juge appelle Mir Omar, ancien directeur de l'agence de Chéraga. Il déclare que sur instruction du PDG, la DG a débité le compte de la direction des moyens généraux et le libellé faisait état de l'acquisition d'une villa pour la monétique. La présidente : « Vous ont-ils envoyé les preuves ? » L'accusée : « Non. »

Un pied dans le privé et un autre dans l'Etat

Elle appelle Bensouda Samira (Hadj Djilani), ex-directrice de la presse écrite au ministère de la Communication, poursuivie pour abus de confiance. Elle occupait le poste de directrice générale de l'antenne d'Alger de Khalifa TV, alors dirigée, selon elle, par Mounir Boudjemâa, et Khalifa News, par Soraya Bouâamama. Elle affirme que Djaouida Djazourli l'a appelée, lui demandant des noms à même de prendre en charge l'antenne d'Alger. Elle l'a reçue à son bureau alors qu'elle était directrice de la presse au ministère de la Communication, sur instruction de la ministre de la Communication et de la Culture et en même temps porte-parole du gouvernement. « Elle était accompagnée par Nadjia Bouzeghrane et voulait une accréditation pour l'antenne. Nous avons longuement parlé des objectifs des deux chaînes, qui devaient, selon Djazourli, soigner l'image du pays. Nous avions les mêmes principes. » La présidente : « Je n'ai pas encore saisi. Vous étiez au ministère de la Communication ? » L'accusée : « J'y arrive. Le bureau a donc été accrédité. Djazourli m'a invitée à aller voir à Paris comment la chaîne fonctionne. J'y suis allée et j'y ai passé deux jours au cours desquels j'ai eu à m'entretenir avec les journalistes et la rédactrice en chef Nadjia Bouzeghrane. A mon retour, j'ai fait un rapport détaillé à ma ministre. Celle-ci m'a demandé de prendre le poste de directrice. J'ai hésité, puis j'ai fini par accepter. » L'accusée demande à la juge si elle peut continuer. La présidente : « Est-ce que nous avons cousu les lèvres à quelqu'un dans ce tribunal ? Continuez. » L'accusée : « J'ai dit à Madame la ministre : ''Et ma situation ?'' Elle m'a dit qu'elle ne sera pas touchée et qu'elle sera préservée. Elle m'a clairement dit que j'étais en mission à Khalifa. J'ai accepté, non pas pour le salaire, mais uniquement parce que c'était une mission dont j'étais convaincue. » La présidente : « Avez-vous signé un document ? » L'accusée : « Non, mais le secrétaire général était au courant de tout cela. » La magistrate : « Qu'avez-vous compris. Est-ce une mission personnelle ou de l'Etat ? » L'accusée : « Au début, pour moi, c'était une mission de l'Etat. J'étais payée par le ministère de la Communication, mais trois mois après (janvier à avril), j'ai démissionné de KTV. » La présidente : « Je n'ai toujours pas compris. Vous êtes nommée comment ? » L'accusée : « Par décret présidentiel. » La juge : « Il y a là une confusion dans les fonctions. Comment accepter d'aller travailler chez le privé en restant payée par le ministère ? Vous êtes un cadre. Vous ne pouvez changer comme cela. C'est comme si moi demain je décide de porter la robe des avocats, et Dieu seul sait que souvent j'ai envie de la porter pour aller plaider. C'est comme Maâmar Djebbour, qui était en même temps à la radio et à Khalifa. Etiez-vous au courant ? » L'accusée : « J'étais chargée de la presse écrite (...) J'ai eu une décision signée par Abdelmoumen. » A propos de son salaire, elle affirme n'avoir jamais négocié ou demandé un quelconque revenu, du fait qu'elle était payée par le ministère de la Communication à 70 000 DA par mois. Néanmoins, elle avoue que Djamel Guellimi lui a soulevé cette question en qualité de directeur général de KTV. Il en a par la suite informé le PDG, qui lui a fait une avance de 200 000 DA sur les trois mois de travail. L'accusée estime n'avoir rien demandé. Elle avait plus peur pour le matériel de plusieurs dizaines de milliards menacé de vol par des gens dont elle refuse de citer les noms. La présidente lui demande de parler de la Polo dont elle avait bénéficié à titre de responsable. Elle demande à Djellab, l'administrateur, de la garder. Entre-temps, son mari est nommé à l'étranger, elle part en la laissant dans le garage jusqu'à ce que les gendarmes la convoquent. Pour elle, c'est une négligence et rien de plus. Le procureur général revient sur le salaire de l'accusée, 200 000 DA, et 2000 euros. Elle révèle que la grille des salaires des rédacteurs en chef était de 100 000 DA et 1000 euros. Elle précise, néanmoins, que la somme en devises, ils ne l'ont jamais perçue. « Comment expliquer que vous receviez votre salaire de Khalifa et du ministère de la Communication ? Vous êtes un commis de l'Etat. » L'accusé : « Je suis la seule personne qui n'était pas intéressée par l'argent ou le statut. Le ministre était au courant. » La présidente : « Nous ne travaillons pas dans un souk. Vous êtes nommée par décret présidentiel. » L'accusée : « Je n'ai rien négocié. » La présidente appelle Guellimi qui confirme les propos de l'accusée. Celle-ci perd son contrôle et affirme qu'elle refuse de citer des noms qui risquent de se retrouver à la une des journaux. La présidente : « Ne me menacez pas. Si je vous dis de parler, faites-le et j'assume tout ce qui se dit ici. Aucun nom ne me fait peur. Citez tous les noms que vous voulez. » Me Berghel profite de l'occasion et demande la convocation de Mme la ministre Khalida Toumi. La présidente : « J'ai dit qu'aucun nom ne me fait peur. Je veux juste le respect de la procédure. Vous avez demandé la présence de Ahmed Ouyahia, je vous ai dit que si la nécessité le demande au cours des audiences je le ferai. Cela n'a pas été le cas. Je refuse catégoriquement de politiser le dossier ou que ce tribunal soit transformé en tribune politique. Je m'en tiens uniquement à l'accusation contenue dans l'arrêt de renvoi. Vous pouvez dire ce que vous voulez, mais de grâce, ne politisez pas le dossier. »

Les accusés poursuivis pour abus de confiance

Plusieurs autres accusés poursuivis pour abus de confiance ont été entendus. D'abord, Boukerna Hakim, chargé de la sécurité à KTV, qui aurait pris un véhicule, une Berlingo Citroën, qu'il aurait oublié de restituer. L'accusé Lahlou Toufik a été très direct. Il refuse de restituer l'Accent Hyundai, parce que Khalifa Construction ne lui a pas versé ses derniers salaires. Ledjlat Lilya révèle n'avoir pas été informée qu'il fallait restituer le véhicule, resté dans son garage. Haddadi Sid Ahmed, directeur de la finance et de la comptabilité à Antinéa, affirme ne pas avoir restitué le micro-ordinateur de l'entreprise, parce qu'il n'était pas au courant de la procédure. Mais, il affirme que la société lui devait 200 000 DA, le prix du portable, selon la magistrate. Jean Bernard, ancien instructeur et directeur d'exploitation à Antinéa, explique lui aussi que le micro portable ne vaut absolument rien par rapport à ses arriérés de salaires de 550 000 DA. Il n'a pas restitué le micro du fait de l'opacité qui entourait l'entreprise. Mohamed Belkbir Omar, exerçant à Khalifa Santé, puis gérant de Khalifa Imprimerie, poursuivi pour une Cielo de Khalifa Pharma, déclare avoir remis le véhicule au frère de Abdelmoumen, et il a refusé de le prendre. Meziane Bentahar Benmohamed, activant à Khalifa Santé, est poursuivi pour n'avoir pas rendu une Opel, et ce, durant plus d'une année. Il révèle qu'il doit à l'entreprise 800 000 DA, mais précisant que cela n'a rien à avoir avec la voiture qu'il a prise. Djaout Mustapha n'a pas restitué une Clio. Il travaillait à Khalifa Airways, puis à Antinéa. Il explique n'avoir pas rendu la voiture parce que personne ne lui a signé la fin de ses fonctions. Belkacem Rabah, a quant à lui gardé un véhicule de la société, et il attendait que les responsables l'appellent pour la lui réclamer. C'était l'argent versé par leurs clients qui travaillaient avec El Khalifa Bank. Ce placement n'est pas ordinaire du fait que l'entreprise avait bénéficié d'un taux d'intérêt de 2% sur les facilités de compte courant. Le procès reprend aujourd'hui avec l'audition d'autres accusés. Il semble toucher à sa fin, puisque la partie civile commencera ses plaidoiries à partir de lundi prochain.

Salima Tlemçani
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# Posté le dimanche 18 février 2007 09:00

Edith Piaf , l'algérienne.

Edith Piaf , l'algérienne.
EDITH PIAF

mise à jour le : avril 21, 2004 10:59


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Date de naissance : 19/12/1915
Lieu de naissance : Paris (France)
Qualité : Auteur Chanteuse Compositeur



On lui en voudrait presque, au Moineau. D'avoir été si grande (avec son mètre quarante-sept) que les autres, derrière, paraissent tout petit. D'avoir si pleinement, si fortement personnalisé la chanson française que, quarante ans plus tard, on ne peut s'empêcher de lui chercher une descendance. En vain. Car Piaf n'était pas seulement Piaf. Elle était dans le sillage d'une époque qui créait des Cocteau, des Sartre, des Chagall. Mieux, Piaf elle-même créait des Montand, des Aznavour, des Bécaud.... Piaf, c'était la France. Sans marketing, hit-parade, ou PLV. Avec le talent et la passion, c'est tout.

La légende veut qu'Edith Piaf soit née sous un lampadaire, rue de Belleville dans le 20ème arrondissement de Paris. En fait, Edith Piaf est sans doute née dans un hôpital du quartier comme l'indique le très officiel certificat de naissance au nom d'Edith Gassion daté du 19 décembre 1915.

Son père, Louis-Alphonse Gassion, est acrobate de rue et sa mère, Anita Maillard, est chanteuse lyrique sous le nom de Line Marsa. D'origine kabyle par sa mère, Edith est confiée à sa grand-mère Aïcha dans les premières années de sa vie. En effet, alors que le pays est en pleine guerre mondiale, son père rejoint l'armée et sa mère retourne chanter dans les rues sans trop se soucier de son enfant.

De Belleville à Pigalle

Deux ans plus tard, son père confie Edith à sa grand-mère paternelle qui vit en Normandie, à Bernay. Elle passe là quelques heureuses années avant de retourner vivre sous la houlette paternelle. Ensemble, ils sillonnent la France où, pendant que son père fait son numéro, la petite passe le chapeau.

Au fur et à mesure des années, elle va découvrir le pouvoir de sa voix sur les foules. Avec sa meilleure amie, Simone dite Momone, elle va de plus en plus souvent gagner sa vie grâce au chant. A 15 ans, elle décide de quitter son père pour voler de ses propres ailes.

Elle rencontre en 1932 Louis Dupont, dit P'tit Louis. De leur union, naîtra en 1933 une petite Marcelle. Mais, deux ans plus tard l'enfant meurt d'une méningite.

Edith continue de chanter dans les rues de Belleville et de Pigalle, quartier qu'elle fréquente plus souvent désormais. C'est là, cette même année, qu'elle est repérée par Louis Leplée, directeur d'un des cabarets les plus élégants de Paris, le Gerny's, situé sur les Champs-Elysées. Il est emballé par la voix de la jeune femme et décide de l'engager immédiatement. Il la baptise alors la Môme Piaf, nom qui en argot signifie petit oiseau et qui évoque toute la fragilité physique du personnage.

Du haut de ses 1,47 m, elle séduit alors le Tout-Paris de l'entre deux-guerres et obtient un triomphe immédiat.

Dans la foulée, Louis Leplée lui fait enregistrer son premier 78 tours en 1936, "Les Mômes de la cloche". Mais en avril, Leplée est assassiné chez lui. Piaf, qui a un peu fréquenté le "milieu", est alors interrogée par la police et la presse ne tarde pas à s'emparer de l'histoire. Mais très vite, la jeune chanteuse reprend sa carrière en main avec l'aide d'un homme, Raymond Asso. Aventurier et ancien légionnaire, Asso, qui est très amoureux de Piaf, comprend toutes les nuances du personnage et l'aide à devenir la tragédienne que l'on connaît. Avec la compositrice Marguerite Monnot, il lui offre un titre qui reste un des classiques du répertoire d'Edith Piaf, "Mon légionnaire", titre cependant déjà interprété par Marie Dubas.

De Meurisse à Cocteau

En 1937, La Môme Piaf devient définitivement Edith Piaf, et Raymond Asso réussit à convaincre le directeur de l'ABC, grande salle parisienne de l'époque, de l'engager en vedette américaine. Piaf, qui a maintenant 23 ans, fait un triomphe. Elle tourne son premier film, "La garçonne" de Jean Limur et quelques mois plus tard, passe cette fois en tête d'affiche à Bobino.

En 1940, Edith Piaf rencontre le comédien Paul Meurisse. Il sera son compagnon pendant deux ans. D'un naturel rieur et farceur, Edith Piaf est tout le contraire de Paul Meurisse, homme réservé et élégant, qui lui apprendra comment se tenir en société.

Edith Piaf devient à cette époque la coqueluche des grands intellectuels, et entre autres de Jean Cocteau qui écrit sur mesure pour le couple Meurisse-Piaf, la pièce qui sera le succès de la saison 1940, "Le bel indifférent". Cette histoire qui décrit une scène de ménage pendant laquelle l'homme reste imperturbable et silencieux, révèle l'immense talent de Piaf pour l'art dramatique. Suite à cette pièce, le couple est engagé pour le film "Montmartre sur scène" de Georges Lacombe où il partage l'affiche avec Jean-Louis Barrot. Sur ce tournage, Piaf rencontre Henri Contet, qui devient son nouveau pygmalion et un de ses principaux compositeurs.

Pendant cette période de guerre, Edith Piaf fait de la résistance à sa façon, et n'a de cesse, entre autres, de faire travailler les musiciens juifs.

Piaf est maintenant une artiste qui maîtrise parfaitement son art et son personnage. En 1944, elle a presque 30 ans. Forte de son expérience et de son succès, elle en fait profiter tous ceux qui selon elle, le méritent. C'est ainsi, que lorsqu'elle rencontre le jeune Yves Montand à la fin de l'été 1944, non seulement elle tombe amoureuse de lui, mais elle prend en charge toute sa carrière, du répertoire à sa garde-robe. Henri Contet lui écrit des titres que Montand chantera toute sa vie tels "Battling Joe" ou "Luna park".

En 1945, Piaf et Montand sont réunis à l'écran dans le film "Etoile sans lumière" de Marcel Blistène.

De Montand à Cerdan

A la fin de l'année 45, Piaf écrit seule un des titres les plus populaires de tous les temps, "La vie en rose". Cependant, son entourage de l'époque considère cette chanson sans intérêt et Piaf mettra plus d'un an avant de la chanter. Si ce titre est co-signé par Louiguy, c'est que Piaf n'a pas les qualités requises à l'époque par la SACEM (Société des auteurs compositeurs) pour être admise en tant que compositeur. Durant toute sa carrière, Edith Piaf composera cependant presque 80 titres.

En 1946, Edith Piaf fait la connaissance d'un groupe de jeunes chanteurs les Compagnons de la Chanson. Comme pour Montand, elle décide de prendre leur carrière en main. Elle leur propose d'enregistrer un titre ensemble, "Les trois cloches". Le succès est foudroyant et le disque se vend à un million d'exemplaires. Piaf décide alors de les emmener avec elle lors de sa première tournée américaine qui démarre en 1947.

Ce voyage outre-Atlantique est un véritable défi pour cette enfant de Belleville. Effectivement, les premiers concerts au Playhouse, cabaret new-yorkais, n'attirent guère les Américains qui ne comprennent pas grand chose au personnage de Piaf. Cependant, sur le point de rentrer en Europe, Piaf décide de rester après avoir lu une excellente critique dans un des plus grands quotidiens de New York. Elle retrouve alors un engagement d'une semaine au Versailles, cabaret très sélect de Manhattan. Face au succès, elle y restera finalement quatre mois et reviendra y chanter régulièrement les années suivantes.

Ce passage à New York est marqué pour la chanteuse par deux rencontres essentielles. Tout d'abord, elle devient très amie avec la comédienne et chanteuse Marlène Dietrich avec qui elle restera en contact jusqu'à sa mort. Mais surtout, elle tombe follement amoureuse du boxeur Marcel Cerdan. Cette histoire entre "Le roi de la boxe et la reine de la chanson", tel que le titrent nombre de journaux, est une des plus fameuses romances du siècle. Célébrissimes l'un et l'autre à cette époque, mais dans des domaines très différents, Piaf et Cerdan vivent leur relation sans aucune rivalité. Pour lui, elle écrit avec Marguerite Monnot "L'hymne à l'amour", un de ses titres les plus connus et les plus chantés.

La mort soudaine de Marcel Cerdan le 28 octobre 1949 dans un accident d'avion aux Açores transforme cette belle histoire en tragédie, telle que Piaf les chante, d'autant plus que cette disparition marque pour la chanteuse, le début d'une longue période de dépression qui ne cessera jamais vraiment.

D'Aznavour à Bécaud

Fragilisée par cet événement, Piaf, déjà très croyante, se jette à fond dans le mysticisme et même le spiritisme. Elle ne cesse cependant pas de travailler et en 1950, elle remonte sur scène à Paris à la salle Pleyel. A cette même époque, le jeune auteur-compositeur Charles Aznavour devient son "homme-à-tout-faire", secrétaire, chauffeur et confident. Dès 1945, elle l'a aidé à faire ses preuves sur scène mais jamais elle ne prend sa carrière en main comme pour Montand ou Les Compagnons de la Chanson. Cependant, Aznavour, qui lui écrira des titres tels que "Jézébel" ou "Plus bleu que tes yeux", restera un de ses fidèles jusqu'au bout.

En 1951, Edith Piaf impose son nouveau protégé, Eddie Constantine, jeune chanteur et acteur américain, dans l'opérette "La p'tite Lili" que l'auteur Marcel Achard monte à l'ABC sur une musique de Marguerite Monnot. Le spectacle tient l'affiche sept mois au bout desquels Piaf et Constantine se séparent.

Cette même année, Piaf va avoir deux accidents de voiture. Suite au deuxième dont elle sort très meurtrie, on lui administre de la morphine, drogue dont elle ne pourra plus guère se défaire par la suite. Mêlée à l'alcool, la drogue provoquera une longue et inéluctable dégradation de sa santé, déjà fragile.

En juillet 52, elle épouse civilement le chanteur Jacques Pills avant de célébrer le mariage en grande pompe à l'église, comme elle en a toujours rêvé, à New York lors de sa cinquième tournée américaine. Pills, qui donne aussi quelques récitals dans un cabaret new-yorkais, est accompagné au piano par un jeune débutant, Gilbert Bécaud, qui pour Piaf écrira "Je t'ai dans la peau" (avec Pills). Piaf chante au cabaret Le Versailles auquel elle reste fidèle depuis sa première tournée.

A partir de cette époque, Piaf va suivre plusieurs cures de désintoxication. L'alcool et la drogue font des ravages. Pourtant, Edith Piaf est à cette époque au sommet de son art et les enregistrements de ces années-là, en studio ou en concert, sont exceptionnels. Son entourage tente de dissimuler son état de santé à la presse, et Piaf reste enfermée chez elle pendant de longs mois dans les années 53-54.

Cependant, lorsqu'elle apprend qu'elle va chanter à l'Olympia en 1955, Edith Piaf retrouve enthousiasme et énergie pour se remettre au travail malgré sa santé fort défaillante.

Pour son premier récital dans la plus célèbre des salles parisiennes, Edith Piaf remporte un énorme triomphe justifié par un spectacle sublime. Sa voix est puissante et bouleversante. Cette même année, Piaf repart pour une tournée épuisante à travers les Etats-Unis qui se terminera début 1956 par un récital de 22 chansons au Carnegie Hall de New York. Comme à la salle Pleyel de Paris en 1950, Piaf est la première artiste de variétés à chanter dans ce temple de la musique classique. Naturellement, le succès est au rendez-vous. Edith Piaf est désormais une star internationale.

De Moustaki à Sarapo

De janvier à mai, Piaf et son équipe partent pour une tournée en Amérique latine et rentrent à Paris le 14 mai. Dès le 24 mai, elle s'installe à nouveau à l'Olympia jusqu'en juillet. Elle y crée "L'Homme à la moto", reprise d'un titre américain, et aussi "Les Amants d'un jour", titre qui devient un tube populaire. Puis en septembre, nouveau départ pour l'Amérique. L'année 56 marque aussi l'ultime cure de désintoxication de la chanteuse qui ne touchera désormais plus une goutte d'alcool. Sa santé est cependant définitivement détériorée.

De sa tournée en Amérique du Sud, Piaf a rapporté une mélodie qui deviendra "La Foule" et qu'elle crée à Paris lors de son troisième passage à l'Olympia début 1958. Durant ce même récital de trois mois, elle crée également un de ses plus grands succès, "Mon manège à moi".

En 1958, Edith Piaf rencontre Georges Moustaki, qui se fait appeler à l'époque Jo Moustaki. Chanteur, auteur, compositeur, il lui écrit avec Marguerite Monnot, la chanson "Milord". Doté d'un caractère entier, Moustaki aura avec Piaf une relation houleuse. Ils ont ensemble un grave accident de voiture en septembre 58 qui affaiblira un peu plus Piaf. Quelques mois plus tard, en plein concert à New York, elle s'effondre sur scène et est opérée d'urgence.

En 1960, c'est cette fois le jeune compositeur Charles Dumont qui lui propose sa chanson "Non je ne regrette rien". Piaf est subjugué par ce titre. Elle décide de le chanter sur scène à l'Olympia début 1961, lors d'un concert qu'elle a promis au directeur, Bruno Coquatrix, pour sauver sa salle de la faillite. Totalement épuisée par les opérations et les médicaments, Piaf contre l'avis des médecins et de son entourage, continue de chanter et de triompher, même s'il n'est pas rare qu'elle s'écroule sur scène.

C'est au début de l'été 61, qu'elle rencontre le dernier homme de sa vie, Theophanis Lamboukas, qu'elle baptise Sarapo, traduction de "je t'aime" en grec, langue maternelle du jeune homme. Il est le dernier homme qu'elle aimera et aussi le dernier chanteur qu'elle tentera de lancer. En juin, elle reçoit le grand prix du disque de l'Académie Charles Cros pour l'ensemble de sa carrière.

Le jour le plus long

En septembre 62, elle s'installe une dernière fois à l'Olympia avec un répertoire plus intimiste. Le 25 du même mois, elle chante du haut de la Tour Eiffel pour la première mondiale du film "Le Jour le plus long". Devant un parterre de têtes couronnées et de stars, Piaf chante ce soir-là pour toute la ville de Paris qui s'étend à ses pieds.

Quelques jours plus tard, le 9 octobre 1962, elle épouse Theo Sarapo selon les rites orthodoxes. Ils chantent ensemble à Bobino en février 1963 leur titre fétiche, "A quoi ça sert l'amour ?".

Elle tombe dans le coma en avril. Très affaiblie et souvent inconsciente, elle passe les derniers mois de sa vie dans le sud de la France. C'est sur les hauteurs de Cannes, à Plascassier, que Edith Piaf s'éteint le 11 octobre 1963, le même jour que son ami Jean Cocteau.

Ces funérailles à Paris le 14 octobre 1963 attirent des dizaines de milliers d'admirateurs qui suivent le cortège jusqu'au cimetière du Père Lachaise. Encore aujourd'hui, sa tombe est quotidiennement fleurie par d'innombrables visiteurs venus du monde entier.

Personnalité majeure de la culture française, Edith Piaf est encore très présente dans l'actualité de la chanson. En 1996, le spectacle "Piaf je t'aime" consacré à la vie de la chanteuse, rencontre un vif succès à Paris.

En 1997, Charles Aznavour reprend le titre "Plus bleu que tes yeux" dans un duo virtuel avec la chanteuse. Depuis sa disparition, ses chansons ont été reprises par les plus fameux artistes internationaux parmi lesquels Louis Armstrong, Joséphine Baker, Marlene Dietrich, Johnny Hallyday, Serge Gainsbourg, Liza Minnelli, ou plus récemment Etienne Daho ("Mon manège à moi").


Propos entièrement repris : http://fr.music.yahoo.com/biographies/edith_piaf.html

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Plus de précisions......................

Le père d'Edith Piaf n'était pas du tout acrobate des rues, il était
antipodiste et était artiste de cirque comme son père Victor Alphonse Gassion.
Louis Alphonse est né à Castillon, petite commune située à 10 kms au sud ouest de Bayeux dans le Calvados, province de Normandie.
Le père d'Edith a en effet confié sa fille a sa mère qui tenait un
bordel à Bernay.
La généalogie complète d'Edith Piaf a été réalisée par l'association des Amis d'Edith Piaf.
Edith est donc normande par son père et kabyle par sa grand mère maternelle.


Texte correctif envoyé par Claude Mesnil Lelong (Généalogiste)




Le mythe Piaf

«La Môme »... Le 14 février sort un des films les plus attendus de la saison, « La môme », d'Olivier Dahan, entendez « la Môme Piaf », avec Marion Cotillard dans le rôle-titre. Sous ce terme familier et qui sent bon son XIXe siècle se cache un petit bout de femme (elle mesurait 1,47 mètre) à la voix d'une puissance stupéfiante, devenue en quelques décennies une star de la chanson inoubliable et même, osons l'écrire, un mythe, le mythe populaire par excellence. Il est vrai que la vie d'Edith Piaf (1915-1963) est un mélodrame à faire pleurer toutes les Margot de la terre : l'outrance et l'exaltation y règnent absolument. Piaf, c'est la rue, la misère, les filles, les légionnaires, l'alcool et les rêves à trois balles, la guerre et les boulots infâmes. Mais c'est aussi l'âge d'or des cabarets et du music-hall, la gloire internationale, les amours folles. Et puis la maladie, la déchéance, la mort omniprésente. On bâtit des légendes avec moins que cela.Pour accéder à la dimension mythique, il faut cependant plus. Une postérité ? Piaf en a une, elle a même fait école de son vivant. Encore serait-ce insuffisant. Non, la clé est dans le mot populaire, mot galvaudé et qu'on prendra ici dans son sens le plus noble, loin, très loin de plébéien ou de vulgaire. Edith Piaf n'est surtout pas une chanteuse réaliste. Ecoutez « L'hymne à l'amour » et vous comprendrez comment « la Môme » transcendait les émotions primaires et essentielles, atteignant ainsi à l'universel, au mythe donc. Et pourquoi elle nous accompagne toujours. Ces pages en guise d'introduction...

Marie-Françoise Leclère et François-Guillaume Lorrain

Edith Piaf est morte en 1963. Ravagée. Pourtant, elle nous touche encore. Pour comprendre ce mystère, sans doute faut-il, au-delà du chant, évoquer son destin, cette histoire française qui fait d'elle un « lieu de mémoire ». D'abord les images. Une femme petite, très petite (1,47 m), un corps chétif, un front trop grand, teint de cire, bouche sanglante, cheveu pauvre. Ficelée dans son éternelle robe noire, une croix autour du cou, bien carrée dans des chaussures informes mais confortables, les mains comme des serres d'oiseau ou, dira Cocteau, comme « celles du lézard des ruines », elle ne paie pas de mine, la star. Dans la salle, le public guette vaguement son prochain malaise. Edith Piaf va-t-elle mourir en scène ? Ou, Cocteau toujours, « comment sortira-t-elle de sa poitrine étroite les grandes plaintes de la nuit ? (...) »





Et l'écrivain de poursuivre : « Et voilà qu'une voix qui sort des entrailles, une voix qui l'habille des pieds à la tête, déroule une haute vague de velours noir. Cette vague chaude nous submerge, nous traverse, pénètre en nous. Le tour est joué. » Car il y a de la magie là-dedans, dans ce charme où se mêlent nostalgie, brume de souvenirs inventés, bribes de littérature (Zola), mauvais feuilleton et tragédie pure, le tout sublimé par le chant. Le miracle, c'est que le charme opère toujours. Question d'imaginaire collectif, probablement.

72, rue de Belleville. Le 19 décembre 1915 naît Edith Giovanna Gassion. La légende veut que ce soit à 5 heures du matin, dans les pèlerines de deux flics qui passaient par là... Plus prosaïquement, l'enfant est venue au monde à l'hôpital Tenon. Autour du berceau, un congrès de Carabosse. C'est la guerre et le père, Louis Gassion, contorsionniste-antipodiste de son état - « l'homme qui marche la tête à l'envers » -, est absent. La mère, Annetta Maillard, épouse Gassion, dite Line Marsa, chante dans les rues faute d'engagement. De chaque côté, le monde du spectacle, option miteux, le pavé, l'alcool, la misère. La petite est baptisée Edith, en hommage à Edith Cavell, une infirmière anglaise condamnée à mort par les Allemands.

Bientôt le contorsionniste doit partir pour le front. Annetta s'égosille et court les troquets. Le plus simple est de confier Edith à sa grand-mère maternelle, Aïcha, une Kabyle dresseuse de puces savantes. Toujours la même chanson : un bouge, les biberons coupés de vin « pour tuer les microbes », la crasse innommable. Lors d'une permission, le père, horrifié par l'état de l'enfant, décide de la confier à sa propre mère, Louise Léontine, madame Titine, qui tient un bordel à Bernay, en Normandie.

Nouveau chromo : putes au grand coeur, un je-ne-sais-quoi de Maupassant. Un peu de religion compléterait le tableau... en voilà. Edith soudain perd la vue. Le médecin diagnostique une double kératite, jamais soignée. Ici les versions diffèrent : est-ce avant, est-ce après la guérison ? Toujours est-il qu'en 1921 un pèlerinage à Lisieux est organisé, ces dames implorent Thérèse de l'Enfant-Jésus, à moins qu'elles ne la remercient ; même chose pour Edith, la miraculée, qui toute sa vie vouera un culte à la sainte.

Jours tranquilles à Bernay. Le répit ne peut pas durer. Bientôt l'acrobate réapparaît : il veut récupérer sa fille. Tandis que Paris s'ébroue dans les Années folles commencent pour Edith les années d'errance. Sur les routes avec de petits cirques dont Louis Gassion se fait virer pour cause d'irascibilité, dans les rues de la capitale. Géographie très particulière, noms évocateurs d'une ville disparue : Belleville, Ménilmontant, Montmartre, Pigalle, République... Le père déroule son tapis, exécute quelques contorsions, la petite fait la quête. Elle est émouvante, cela marche. Bientôt, elle va devenir une vraie partenaire. Elle chante, « La Marseillaise » d'abord, selon la légende, la seule chanson qu'elle connaisse, et puis des goualantes glanées ici ou là. Son père se sert d'elle pour recruter d'éphémères « belles-mères » soudain attendries. Le soir, les hôtels sordides, la picole, les coups... Les « belles-mères » de la gamine abandonnée ont la taloche facile.

Et ce qui devait arriver arrive : Edith quitte son père pour s'établir en quelque sorte à son compte. Elle a rencontré un garçon-livreur, P'tit Louis, qui veut l'arracher à la rue. Essais d'emplois « normaux » : bonne à tout faire, apprentie-crémière trois jours, quatre jours, huit jours ; Edith est renvoyée : la rue est plus forte. Il va sans dire qu'elle a bientôt un enfant, Marcelle, dite Cécelle, qu'elle adore, qui l'encombre. Encore un peu de mélo ? Cécelle meurt d'une méningite à l'âge de 2 ans et demi et P'tit Louis disparaît du paysage. A cette époque, elle rencontre Simone Berteaut, dite Momone, autoproclamée sa demi-soeur, qui sera son « ange maudit ». Ensemble elles font la fête, ensemble elles mendient : Edith chante, Momone fait passer son béret de laine. Fleurs de pavé... On prétend même qu'Edith a « engagé » Momone et qu'elle verse 15 francs par semaine à la mère de l'« ange »... Ribouldingue et confusion. Il semble qu'Edith soit maquereautée par un certain Albert qui la bat et menace de la mettre sur le trottoir, le vrai, si les recettes ne s'améliorent pas. Elle s'époumone dans les casernes et les bars à putes, croise d'un peu près un gars de la Coloniale. Elle boit. Elle a 20 ans.

1935 : le grand tournant. Un jour qu'Edith chante, flanquée de Momone, du côté de la rue Troyon (dans le 17e arrondissement), un homme, Louis Leplée, la remarque et lui propose de venir dans son cabaret, le Gerny's, rue Pierre-Charron. Les Champs-Elysées... encore un rêve ! Celui des cabarets chics où le beau monde se mêle à une population, disons, plus douteuse ! Mythologie... La petite Gassion fait au Gerny's des débuts fracassants. Elle est malingre, mal fagotée, Leplée la baptise « la môme Piaf » (il y a déjà une môme Moineau), elle chante « Les mômes de la cloche », de Vincent Scotto. Triomphe : Maurice Chevalier applaudit, Jean Mermoz aussi, la môme est lancée.

Et bien sûr la catastrophe la rattrape. Louis Leplée, un personnage plutôt ambigu, est retrouvé assassiné. Les mauvaises fréquentations de cette Piaf venue des faubourgs seraient-elles impliquées ? Le scandale est énorme. Edith est interrogée Quai des Orfèvres, innocentée, mais sa carrière est brisée avant d'avoir existé. Merci le destin !

Pourtant, elle a été repérée, elle est récupérée. Par Jacques Canetti, immense découvreur de talents (il officiera après la guerre aux Trois Baudets, une pépinière incontournable). Elle est passée à Radio-Cité, dont il est le directeur des programmes, il lui a fait enregistrer un premier disque. Moment capital, la môme accompagne une révolution : âge d'or du cabaret et du music-hall, omnipotence de la radio, multiplication des disques... Tout un monde, une fois encore.

C'est aussi que la jeune femme a trouvé un Pygmalion, Raymond Asso, un professionnel qu'on a comparé à Mac Orlan, qui la façonne entièrement. Ils s'aiment, elle est indocile, il ne lui passe rien. Sous sa férule, elle apprend tout : se tenir, s'habiller, entrer en scène, calculer ses gestes, chanter enfin. Il la traîne à l'ABC écouter Marie Dubas, la force à lire, lui fabrique un répertoire, l'impose sous le nom d'Edith Piaf. En 1937, il obtient pour elle un passage à l'ABC en vedette américaine. C'est un triomphe.

Délices de la célébrité. Tours de chant. Amis prestigieux, Cocteau surtout, qui sera le fidèle entre les fidèles (voir ci-contre l'article de Claude Arnaud). Léon-Paul Fargue l'encense dans la NRF. Audiberti bientôt verra dans sa voix « une lampe de cuivre frottée au jambon cru » ! Le cinéma la réclame ; en 1938, elle tourne dans son premier film, « La garçonne », d'après le roman de Victor Margueritte. Griserie, mais les lampions vont s'éteindre, temporairement...

1940 : à l'est, les bruits de bottes retentissent. Asso est mobilisé. Edith a déjà changé d'amant : Paul Meurisse est le tenant du titre.

Dans Paris occupé, la vie du music-hall continue. Edith Piaf donne des galas pour les prisonniers de guerre à l'ABC, à L'Européen, à Bobino, en Allemagne. Elle tourne un autre film. Son obstination à chanter « L'accordéoniste », du juif Michel Emer (rencontré en 1939), lui vaut quelques ennuis. « Dans l'cul, ils auront la victoire ! » Cette chanson interdite, Edith, lors d'une tournée de deux mois en Allemagne, en fredonne seulement l'air. Mais les prisonniers français connaissent les paroles ! Edith se fait photographier avec eux. Sa secrétaire, Andrée Bigard, une résistante, remet les pellicules à son réseau qui isole les visages pour fabriquer de faux papiers d'identité avec lesquels Edith retourne quelques mois plus tard dans le camp. Certains prisonniers s'échappent en se faisant passer pour ses musiciens qui l'accompagnent. Marraine du Stalag IV D, bombardé en juin 1944, elle organise avec Sacha Guitry un grand gala de charité au profit des familles des victimes.

La légende va bon train. Edith la peaufine en s'installant au dernier étage d'une maison de passe, chez madame Billy, rue de Villejust, dans le 16e arrondissement. On imagine la tête des clients... Cependant, elle travaille sérieusement, engage un excellent imprésario, Louis Barrier, commence à écrire des chansons.

A la Libération, son ascension est vertigineuse. « La vie en rose », l'amour avec Yves Montand, un grotesque amateur de chansons de cow-boys qu'elle va modeler, le cinéma encore, les passages à l'Etoile, les disques. Et surtout l'Amérique, qu'elle séduit follement. Elle n'a rien d'une star moulée dans une robe de lamé, mais elle est Paris, elle est la France joyeuse, gouailleuse, malheureuse, éternelle. L'Amérique, c'est-à-dire le monde entier, chante « La vie en rose ».

Elle, Edith, a le coeur plein d'amour. Les hommes défilent... Si nombreux qu'elle est stigmatisée en voleuse de maris, en croqueuse d'hommes. Il suffit de relire ses lettres à son ami Jacques Bourgeat pour comprendre qu'Edith fut surtout une grande amoureuse qui espéra, en chaque homme, ce grand amour qu'elle chantait sur scène. A propos de Jean-Louis Jaubert, compagnon de la Chanson, elle écrit, en septembre 1946 : « Je sens que quelque chose de pur peut couler dans mon coeur et mon âme. » En janvier 1947, à propos de l'acteur John Garfield : « Ici, j'ai fait la connaissance d'un garçon, ne ris pas, c'est vrai ce que je vais te dire, je l'aime vraiment, je n'aimerai plus comme je l'aime lui.» A chaque rupture, elle donne tous ses vêtements, une manière de faire peau neuve. « Elle aimait tout de manière excessive, films, livres, hommes », résume Danielle Borel, sa secrétaire, qui dut souvent terminer les tricots commencés par Edith à l'intention de l'amant du moment.

Mais le grand amour restera - parce qu'il fut interrompu tragiquement ? - Marcel Cerdan. « C'est la première fois que je sens le bonheur, le vrai, au fond de mon coeur », écrit-elle à Bourgeat. Comme elle, Cerdan vient du peuple et s'est forgé à la force du poignet. Comme elle, il est un mélange de force brute, d'honnêteté et de tendresse. Cerdan incarne aussi un mythe, celui du boxeur qui prend sur le ring les coups qu'elle a reçus dans sa vie. « Il a été le seul homme que je n'ai pu suspecter d'aimer la vedette, car il était une plus grande vedette que moi.» Il croit avec autant de ferveur qu'Edith : le boxeur, qui a cousu dans sa ceinture une médaille de l'enfant Jésus, se signe avant chaque combat. « C'est fou comme tu me rapproches de Dieu. » Rosicrucienne, Edith l'adresse à Bourgeat, qui l'a initiée : « Je voudrais que tu lui montres le chemin de l'évolution. »

Enfin, Cerdan, marié, père de famille, n'est pas libre, indisponibilité qui accentue le tragique d'un amour fou : « Si tu le peux, dès que ton combat est fini, renvoie-moi mon coeur que je puisse respirer. Mercredi, je serai dans tes gants, dans ton souffle, dans tes yeux, dans ton coeur. J'essaierai de mordre La Motta aux fesses. Ce salaud, qu'il te touche et il aura affaire à moi », lui écrit-elle.

Une scène symbolise les ravages causés par sa mort, le 28 octobre 1949. De retour à Paris, Edith, avec sa copine Momone, écume chaque bar d'une rue et se remet à chanter sur le trottoir, devant des passants qui se moquent de cette femme qui se prend pour Piaf. Edith s'est « fait une rue », comme si avec la mort de Cerdan c'était toute sa vie, depuis 1935, qui venait d'être détruite.

Malgré tout, elle chante, enchaîne les succès. C'est à qui travaillera pour elle : qu'elle interprète une de vos chansons, et vous voilà consacré. Elle traîne avec elle une bande extraordinaire, de Charles Aznavour à Gilbert Bécaud, de Jacques Pills, son mari, à Jean Constantin, en passant par Pierre Delanoë ou Louis Amade. On parlera même dans les dictionnaires de la « nébuleuse Piaf ». Son appartement tient du caravansérail. Dans « Le ruisseau des singes », Jean-Claude Brialy se souvient : « Quand on entrait chez Edith, on comprenait vite qu'on était chez une nomade. Il y avait toujours un bruit infernal, de la musique, tout le monde parlait en même temps. La moquette était maculée de taches d'urine des animaux de la maison, couverte de traces de café et de vin. On pénétrait dans un capharnaüm de tableaux assez laids, de souvenirs de voyages, de photos froissées. Il y avait un canapé marron, usé jusqu'à la corde et défoncé. Les coussins étaient avachis, les rideaux n'avaient plus de couleur, Edith se foutait des apparences. » Ajoutons une grande statue de sainte Thérèse de Lisieux toujours illuminée.

Mais la chute est proche. Un spectacle, là encore. Jamais déclin de star ne fut plus dramatiquement mis en scène que celui d'Edith Piaf. Avec, souvent, sa bénédiction. « A chaque séjour à l'hôpital, elle me demandait pour une photo , se souvient Hugues Vassal, photographe pour France-Dimanche. Elle voulait montrer qu'elle était forte, courageuse, qu'elle allait revenir encore une fois. »

Le début de la fin coïncide avec son premier accident de voiture, en juillet 1951. Ce jour-là, c'est André Pousse qui conduit. Edith a le bras gauche fracturé et trois côtes enfoncées. Elle doit rejouer à l'ABC et, pour calmer ses douleurs, les médecins lui administrent de la morphine. De retour à Paris, la chanteuse, dont la mère, Line Marsa, est morte d'une overdose en 1945, ne décrochera plus. Une amie la fournit en cachette. Puis d'autres. « Je gagnais des millions et les trafiquants de drogue le savaient bien. Je voyais défiler chez moi d'étranges personnages. Je n'avais plus d'endroit où me piquer .» Sa première cure de désintoxication intervient en 1953, à la clinique Bellevue de Meudon. « Elle avait horreur de la drogue, mais n'arrivait pas à s'arrêter », nous confie sa secrétaire Danielle Borel. Un cercle vicieux s'installe : multiplier des tournées-marathons afin de se payer un poison dont elle a besoin pour tenir. Après plusieurs cures, elle décroche en 1955, se réfugiant dans l'alcool. Pour soulager ses rhumatismes, elle ingurgite des doses massives de cortisone qui lui détruisent l'estomac. Elle enchaîne pancréatites et comas hépatiques.

Fin 1959, après deux nouveaux accidents de voiture, elle entame une tournée-suicide. A Maubeuge, elle chante cramponnée à son piano. A Dreux, son pianiste refuse de l'accompagner. Elle pleure comme un petit enfant : « Je vous en supplie, laissez-moi chanter .» A la huitième chanson, elle s'écroule en coulisses. « Nous savions, raconte Jean Noli dans "Piaf secrète", quand les malaises la submergeaient sur scène : ses yeux s'écarquillaient, ses doigts se crispaient sur le micro. » « En regardant mes photos, précise Vassal, je voyais son épuisement. Les gens venaient à ses concerts avec leurs emmerdes, elle prenait tout, et ils repartaient légers, joyeux. Pour l'image, elle me laissait libre : tu me prends telle que je suis. Elle s'en fichait de vieillir. »

Mais le rythme s'accélère. Vingt minutes avant d'entrer en scène, elle est incapable d'articuler deux mots : Dolosal et cortisone l'ont abrutie. Elle reçoit une piqûre et des stimulants qui la remontent à bloc et l'emmènent au bout de la nuit. Ses proches sont obligés de lui faire la causette jusqu'à 6 heures du matin. Un martyre qu'Edith résume avec ses mots : « Je les paie cher, mes conneries. »

Encore une danse, encore un amour, encore un triomphe, encore, encore... Elle tombe en scène à New York, elle tombe à Stockholm. Mais il y a « Milord », il y a « Je ne regrette rien »... En 1960, elle sauve l'Olympia de Bruno Coquatrix. Des semaines de récitals. En 1961, l'armée distribue des transistors. Les paras putchistes du 1er REP de Zeralda (Algérie) se rendent en chantant « Je ne regrette rien »...

Mais, regrets ou pas, il faut bien finir. En octobre 1962, elle s'est remariée avec Théo Sarapo, qui l'entoure d'une vraie tendresse. Elle meurt le 11 octobre 1963, à Mougins. Sans photographe. Les obsèques au Père-Lachaise, le 14, provoquent une quasi-émeute. Quarante mille personnes célèbrent leur idole. Leur double ?

Le rossignol et l'enfant des beaux quartiers
Les foules envahissent les scènes, tout au long des années 30 ; de Berlin à Paris et de Londres à New York, partis, acteurs, sportifs et chanteurs se les disputent. Surgie à la fin de la décennie, Edith Piaf s'impose vite à Cocteau comme la petite soeur des Marlene Dietrich, des Marianne Oswald et des Susy Solidor, ces voix vibrantes pour lesquelles il avait écrit des chansons. Aussi réceptif à ses romances qu'au Tristan de Wagner, il voit dans Piaf un émetteur dramatique hors norme, capable de faire tout un drame de couplets que son corps minuscule amplifie indéfiniment. « Chaque fois qu'elle chante, on dirait qu'elle arrache son âme pour la dernière fois », disait-il.

Un regard d'aveugle sauvé par le miracle de l'amour, une voix fatale et tonnante comme une volée de cloches, la Môme vit littéralement son art : un rossignol blessé chante dans la nuit, les pattes repliées sur le ventre, pour retarder son agonie. Née dans la rue, proche encore de l'univers des romans d'Hector Malot, la gouaille et le culot en plus, elle est l'occasion inespérée, pour l'enfant des beaux quartiers, d'atteindre les foules que le théâtre laisse froides. Plutôt que de lui offrir des couplets, l'auteur des « Enfants terribles » s'offre donc à lui écrire un drame : Piaf, qui admire sa rare intelligence de la scène et rêve de devenir actrice, accepte aussitôt. Ecrit sur mesure pour la chanteuse et son amant d'alors, l'impassible Paul Meurisse, « Le bel indifférent » ne convaincra qu'à moitié : ce monologue d'une fille récriminant contre son homme - un gigolo qui ne rentre que pour s'enfouir dans son journal - est lourd à porter pour la débutante. Réduite ici à parler « populo » sans répit, Piaf paraît en deçà de sa propre émotion, en pleine « drôle de guerre ».

Non content de lui écrire un deuxième monologue, « Le fantôme de Marseille », Cocteau va rester fidèle à celle qui courtise les jeunes chanteurs avec un aplomb viril et les lance avec le zèle qu'il avait mis à introniser Radiguet - jusqu'à ce qu'elle glisse ses petits poings dans les battoirs de Cerdan. Il aimait cette Parigote au répertoire pathétique, mais qui se montrait d'une constante gaieté - ils étaient jumeaux sur ce point. La veille de sa disparition, elle évoquait encore une reprise du « Bel indifférent » ; et quand, annonçant sa mort, la radio rediffusa l'hommage qu'il lui avait rendu quelques jours plus tôt, Cocteau, s'entendant louer celle qui avait toujours chanté contre la mort, expira à son tour.

Des deux icônes françaises, c'est Piaf qu'on pleura le plus : la voix touche bien plus profondément que l'encre Claude Arnaud




Marlene, la grande amie
« Si Paris devait être rebaptisée, elle devrait s'appeler Piaf. » Cette phrase de Marlene Dietrich dit bien tout l'amour qu'elle porta à Edith, à qui elle remonta le moral en 1947, après son mauvais accueil au Playhouse de Brooklyn. « Elle s'est attachée à mes pas, veillant à ne jamais me laisser seule, elle m'a préparée pour de nouvelles batailles. » Un jour, au Versailles de New York, des visiteurs qui frappaient à la loge d'Edith eurent la surprise d'être ainsi reçus par Marlene : « Vous désirez, monsieur ? Je suis la secrétaire de Mme Edith Piaf. » Après la mort de Cerdan, Marlene lui offre une croix sertie de sept émeraudes bénies par Pie XII, avec ce mot : « Il faut trouver Dieu. Marlene. Rome. Dieu. » En 1952, elle habilla elle-même Edith - dont elle fut le témoin - pour son mariage avec Jacques Pills.




La main sur le coeur
« Merci ma copine, j'espère que tu pars pas en tournée - T'inquiètepas, le rassura-t-elle, je reste rien que pour toi. » Dans « Piaf secrète », Jean Noli rapporte cet échange avec un clochard de luxe qui venait sonner, trois fois par semaine, à sa porte. Elle remettait aussi des enveloppes à six vieux qu'elle entretenait. La plupart des lettres qu'elle recevait provenaient de solliciteurs qui peignaient toute la misère du monde - souvent des enfants gravement malades - que seul l'argent d'Edith pouvait adoucir. Facilement émue, elle donnait selon son humeur ou ses finances. Edith fut aussi « allégée » par une armée de pique-assiettes. Dans ses « Mémoires », André Pousse raconte comment il l'alerta sur les manigances de sa copine Momone, qui faisait tourner les guéridons avec Edith. Comme par hasard, Marcel Cerdan, depuis l'au-delà, demandait à Edith de donner de l'argent à Momone et à ses amis.Si l'on en croit une confidencefaite à Simone Margantin, soninfirmière, Edith ne fut jamais dupe : « Personne n'a été autant volé que moi. Quelle importance ? »






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La légende veut qu'Edith Piaf soit née sous un lampadaire, rue de Belleville dans le 20ème arrondissement de Paris. En fait, Edith Piaf est sans doute née à l'hôpital Tenon, porte de Bagnolet, comme l'indique le très officiel certificat de naissance au nom d'Edith Gassion daté du 19 décembre 1915.

Son père, Louis-Alphonse Gassion, est acrobate de rue et sa mère, Anita Maillard, est chanteuse lyrique sous le nom de Line Marsa. D'origine kabyle par sa mère, Edith est confiée à sa grand-mère Aïcha dans les premières années de sa vie. En effet, alors que le pays est en pleine guerre mondiale, son père rejoint l'armée et sa mère retourne chanter dans les rues sans trop se soucier de son enfant.



Nouvelobs.com > Arts & Spectacles > Un grand film sur Edith Piaf par Georges Moustaki, « Je retrouve la Môme que j'ai aimée »Un grand film sur Edith Piaf par Georges Moustaki
« Je retrouve la Môme que j'ai aimée »

Avec Marion Cotillard dans le rôle-titre, « la Môme », d'Olivier Dahan, raconte la vie d'Edith Piaf, depuis son enfance dans un bordel de Bernay jusqu'à sa gloire à New York. Georges Moustaki, qui a partagé sa vie et lui a écrit six chansons, a vu le film pour « le Nouvel Observateur ». Témoignage exclusif



C'est une drôle d'aventure que de voir une oeuvre de fiction qui raconte une histoire vécue. J'ai vu un film en pensant que c'était une histoire vraie, j'ai vu une histoire vraie en pensant que c'était un film. J'ai été troublé par cette sensation.
J'avais 23 ans quand j'ai rencontré Piaf. Ce jour-là, j'avais rendez-vous avec Henri Crolla, le maître absolu de la guitare, dont la présence avait littéralement illuminé le modeste atelier que j'habitais. Il voulait entendre une de mes compositions qu'il avait involontairement plagiée. Nous jouions de la guitare quand il s'est souvenu d'un rendez-vous avec Edith Piaf. Il devait lui présenter « Cri du coeur », de Prévert, que l'on entend dans « la Môme ». Crolla ne voulait pas qu'on se quitte, nous venions juste de faire connaissance. Il m'a proposé de l'accompagner boulevard Lannes. Je gardais un souvenir ému d'un récital de Piaf auquel j'avais assisté avec ma mère en 1949 à Alexandrie. Pourtant l'idée d'aller chez elle ne m'a pas bouleversé. J'avais eu mon compte d'émotions fortes pour la journée en rencontrant Crolla. Je faisais alors mes premiers pas sur la scène de la Colombe et autres cabarets rive gauche. Si j'avais écrit quelques chansons inspirées par Piaf, je n'avais pas cherché à l'approcher pour les lui montrer. Les gens susceptibles de faire barrage étaient trop nombreux et j'avais tout mon temps.



La reconstitution de l'intérieur de Piaf boulevard Lannes est plus proche dans le film de celui de Barbara, rue Vitruve. L'appartement d'Edith, où traînait un piano à queue, n'était pas sombre mais vaste, dépouillé et lumineux. Il était situé au rez-de-chaussée avec de larges portes-fenêtres donnant sur un petit jardin. A peine arrivé, Crolla fait à Piaf mon éloge. Elle veut m'écouter tout de suite. On le voit dans « la Môme », tout le monde se présentait à elle sous son meilleur jour. Moi, je n'étais pas rasé - Crolla m'avait cueilli au réveil - ni préparé à chanter. Je me suis exécuté sans enthousiasme et très intimidé par elle et son assemblée de courtisans (secrétaires, auteurs, compositeurs, amis, pique-assiettes). J'ai glissé au milieu de mes chansons « le Gitan et la Fille » que j'avais écrite en pensant à elle. J'ai tout massacré. Elle m'a trouvé à juste titre lamentable et en même temps sûrement très touchant. Il n'y a pas eu de coup de foudre amoureux, mais une connivence immédiate. Edith s'est tout de suite montrée à la fois bienveillante et moqueuse à mon égard. Elle a dit : «J'ai l'impression que vous ne me connaissez pas bien. Venez ce soir m'écouter à l'Olympia... Si vous savez où ça se trouve! »
A l'entrée des artistes, j'ai été accueilli par son imprésario Loulou Barrier, l'un des rôles principaux du film, dont la personnalité est parfaitement restituée. C'est vrai qu'elle le tutoyait et qu'il la vouvoyait. Après le récital, nous sommes tous allés dîner. Elle m'a invité à revenir le lendemain, mais je n'y suis pas allé. Elle n'était pas très contente, elle m'avait attendu. Le surlendemain, après le spectacle et le dîner, nous nous sommes retrouvés seuls, Edith et moi, boulevard Lannes. Elle m'a proposé un café, un verre d'alcool ouun bain chaud. J'ai opté pour le bain. Ça l'a amusée. Ensuite, comme il était très tard, elle m'a murmuré : « On devrait aller dormir. »
Marion Cotillard est remarquable dans le rôle d'Edith. Elle la sert avec beaucoup de talent, elle exprime fidèlement sa personnalité : son tempérament excessif, sa rage, sa passion et sa folie. Je retrouve la femme que j'ai aimée, son corps fragile, sa manière de parler, ses regards. Lorsqu'elle tombe amoureuse de Marcel Cerdan, j'ai reconnu l'attitude de Piaf à mon égard. Elle aimait d'un amour absolu, elle vous portait aux nues comme une adolescente éprise, une fillette exaltée. Quand elle s'illumine parce que Charles Dumont vient lui présenter « Non rien de rien », c'est également très ressemblant. Une nuit, je l'ai réveillée vers 4 heures pour lui faire entendre une chanson que je venais de terminer, « T'es beau, tu sais ». Elle a bondi hors du lit pour l'écouter. C'est peu dire que la chanson c'était sa vie. A la maison, c'était une petite bonne femme un peu voûtée, de santé précaire. Dès qu'elle chantait, elle était belle, brillante, épanouie. Je l'ai vue arriver rayonnante à l'Olympia en matinée alors que trois heures avant elle était malade à crever. En revanche, je trouve son autoritarisme un peu outré dans le film. Elle était tyrannique, c'est vrai, mais elle avait aussi des moments d'effondrement.
Sa dépendance à l'alcool a eu raison de notre histoire. Quand nous nous sommes rencontrés, elle s'est fait la promesse d'arrêter de boire pour me «mériter ». J'ai compris très tard qu'elle buvait de la bière en cachette aux toilettes. Elle en sortait écarlate, survoltée et agressive. Je pensais naïvement que c'était dans sa nature d'avoir des sautes d'humeur. Quand elle reprenait trois fois du melon au porto au restaurant - plus pour le porto que pour le melon -, je ne voyais pas le mal. Je ne sais pas si elle faisait des mélanges. Elle a dû consommer des drogues médicamenteuses, c'était courant dans le milieu (amphétamines, Palfium entre autres). Dans son entourage il y avait un dealer, un garçon très sympathique au demeurant. Je l'ai mis à la porte. J'ai fait le ménage autour d'elle parce que, chez elle, c'était devenu chez moi. Et je ne voulais pas de ça chez moi.


J'ai passé avec cette femme, à la fois autoritaire et soumise, femelle et tranchante, une année aussi passionnante qu'éprouvante. J'ai fini par la quitter. Il y a eu un déclencheur. A Noël, elle est partie seule pour le Maroc apporter des cadeaux aux enfants Cerdan. Marinette, la femme de Marcel, aimait beaucoup Edith. Elle y est restée une semaine, nous n'avions jamais été séparés aussi longtemps. A son retour, je l'ai trouvée boursouflée et plus agressive que jamais. Pour la première fois, je lui ai demandé si elle buvait. Loulou Barrier, qui assistait à la scène, était soufflé. Il pensait que j'étais complice comme tout le monde autour d'elle. Il fallait bien des complicités pour acheter de la bière et la cacher dans les toilettes. Je me sentais trahi. J'ai pris la voiture et j'ai roulé au hasard. Je décidai non seulement de ne pas l'accompagner en Amérique mais surtout de rompre. La décision était difficile à prendre, il y avait de l'amour. En rentrant pour une ultime explication, je tombe sur Loulou Barrier qui me propose un marché. Il affirme que si je n'allais pas en Amérique, elle n'aurait pas la force d'affronter le Waldorf, ce qui était capital pour sa carrière et ses finances. Une fois qu'elle aurait triomphé (ce qui était probable, parce que vocalement elle était dans une forme exceptionnelle et qu'elle avait un des meilleurs répertoires de toute sa carrière), il promettait, si j'en avais toujours le désir, de m'aider à partir.
A New York, rien n'était plus comme avant. Dans la suite d'un hôtel vétuste du Harlem espagnol, nous faisions chambre à part. Je la faisais travailler son spectacle et finalement nous dormions ensemble. Mais, symboliquement, j'avais monindépendance. C'est au Carnegie Hall qu'elle a triomphé pour la première fois en Amérique. Jusque-là, elle avait toujours été considérée comme une chanteuse de second plan. C'est très bien raconté dans le film. Après le récital au Waldorf, on voit Marlene Dietrich la féliciter. Il n'y avait pas qu'elle, New York était à ses pieds. « Milord » a contribué à ce succès. C'était une chanson que j'avais abandonnée à l'état de brouillon jusqu'au jour où j'ai trouvé la feuille griffonnée à côté de la machine à écrire qu'elle m'avait offerte. Je l'ai reprise. Quand j'ai eu écrit le mot « fin », j'ai trouvé Edith assise sur une chaise derrière la porte de la chambre. Elle attendait que je termine le texte (Marguerite Monnot devait en composer la musique). J'avais à peine 24 ans et, depuis un an que je vivais avec elle, je traînais une image de gigolo arriviste. Edith a convoqué toute la presse chez Maxim's pour me présenter comme l'auteur de « Milord ». Quand, au début du film, elle dit : «Je vais enregistrer la chanson du grand con», et qu'elle entonne « Milord », c'est vexant mais probable.
Après mon départ, elle a dit des horreurs sur moi. Elle a même failli ne pas l'enregistrer, alors qu'elle était consciente de son importance. C'est la seule chanson de son répertoire qui soit entrée dans le box-office international. Loulou Barrier l'a menacée de ne plus travailler avec elle si elle faisait la bêtise de ne pas l'enregistrer. Dès le lendemain de son triomphe, je lui ai fait part de ma fatigue et de mon désir de rentrer à Paris. Elle m'a suggéré d'aller plutôt me réchauffer au soleil de Miami. C'était généreux, sauf qu'il fallait que je l'appelle tous les jours. Je m'exécutais pour avoir la paix, mais je sentais toujours sa pression.
J'étais encore à Miami quand on m'a annoncé qu'elle s'était effondrée sur scène, c'est la toute première scène du film. J'ai pris l'avion aussitôt pour New York. C'était le début du déclin, elle était à bout. Elle était bourrée de médicaments, elle souffrait d'arthrite et d'un ulcère à l'estomac... Elle était très déréglée physiquement. Ça venait de son enfance, elle a bu très tôt. Dans le film, on la voit défoncée, une piqûre de morphine au pied du lit. On m'a dit qu'elle en avait consommé. Elle avait commencé à la suite d'un accident de voiture puis elle y avait pris goût. Pour jouer la pièce de Jean Cocteau à Marigny, elle avait même obtenu des ordonnances pour s'approvisionner. Comme elle était insomniaque, des médecins venaient régulièrement le soir lui faire une piqûre. Ça l'abrutissait sur le moment, mais deux heures après elle était réveillée et c'était reparti. Elle a commencé à chanter à 8 ans, elle est morte dans sa quarante-huitième année. Elle souffrait surtout d'usure. Ça explique que, dans le film, quand on la voit à Grasse àla fin de sa vie, Marion Cotillard semble avoir 80 ans. Edith Piaf avait à peine 47 ans, elle en paraissait trente de plus.
Quand, la sachant à l'hôpital, j'ai quitté Miami, Loulou Barrier, qui était devenu mon complice (il a été mon imprésario par la suite pendant vingt ans), m'a annoncé qu'elle avait trouvé mon remplaçant, un jeune peintre nommé Douglas Davis. Il venait la voir tous les jours. Elle était à l'hôpital George-Washington - je me souviens encore du numéro de téléphone. C'était la débâcle : la tournée était interrompue, il n'y avait plus un dollar dans les caisses. Quand je lui ai annoncé que je partais, elle a hurlé : «Si tupars, tu ne me reverras plus.» C'était du chantage. Je n'ai pas cédé. Elle était sous perfusion, mais tellement provocante. Puis elle s'est reprise, elle m'adit qu'elle me comprenait et a faittélégraphier à son chauffeur de venir me chercher au Havre (je suis rentréà bord du « Liberté », en troisième classe). La rupture n'était pas consommée. Arrivé à Paris, j'attendais son retour. J'habitais boulevard Lannes et dans sa maison de campagne, où j'invitais parfois des amis. C'est là qu'un matin, en allant au village acheter le journal, je suis tombé sur la une de « France Dimanche » avec ce titre : « Piaf rentre à Paris avec son nouvel amour », illustré d'une photo d'elle en compagnie de Douglas Davis.
Des années après, elle m'a convoqué au milieu de la nuit. J'y suis allé. Elle m'avait fait venir pour deux raisons. Elle voulait vérifier si elle avait encore le pouvoir de me faire déplacer pour elle à n'importe quelle heure. Elle me demandait aussi de lui promettre, au cas où il lui arriverait malheur, de veiller sur son jeune mari Théo Sarapo. Elle se sentait à bout de forces.
Bien après sa mort, j'ai appris qu'elle avait conservé jusqu'au dernier jour une photo de moi dans son porte-monnaie. De mon côté, je ne me suis jamais séparé de ce qu'elle m'a offert : des lettres, des enregistrements, un dessin de Douglas Davis, une guitare de valeur, une paire de Weston, une montre de chez Boucheron (un modèle unique) qu'on m'a volée depuis et un porte-cartes Hermès. Et aussi une robe de chambre en velours noir. Comme elle tombait en lambeaux, je m'en suis séparé à regret ; mais je l'ai fait refaire à l'identique. L'originale traîne dans le petit musée de la rue Crespin-du-Gast consacré à la mémoire de la Môme.










Sophie Delassein

Le Nouvel Observateur - 2205 - 08/02/2007

Edith Piaf, la rencontre. par Georges Moustaki


Alexandrie, la provinciale, l'universelle, m'a forgé, nourri, donné forme. De ma naissance à mes dix-sept ans, ce que j'y ai vécu et connu a préfiguré ce que j'allais découvrir et devenir plus tard.

Depuis la fin de la guerre, l'Europe nous envoie par pleins bateaux des troupes de théatre, de danse, des chanteurs et des chansonniers qui font les beaux soirs des salles de spectacles. Jouvet, Trenet, Les Compagnons de la Chanson et bien d'autres tiennent le haut de l'affiche. La radio diffuse largement les airs de Paris. Des journaux rédigés en français nous informent sur la mode, le Tour de France, le Festival de Cannes, le Prix Goncourt. A travers les revues spécialisées puisées à la librairie de Nessim, je vis à l'heure française.

1947. Ce soir là, Sarah m'emmène écouter Edith Piaf à la salle Mohamed Aly. Son répertoire est familier au public alexandrin. Quand je la connaîtrai, elle me confiera qu'elle avait été très surprise par sa popularité. Soirée mémorable qui prendra son véritable sens le jour où devenu parisien et compositeur, j'entrerai dans la vie de Piaf, onze ans plus tard.

1958, il y a déjà quelques temps que je donne dans la musique. Je me produits dans des cabarets confidentiels. Mes voyages ne me portent pas plus loin que la Belgique, mes cachets sont des plus modestes. C'est une bohème joyeuse avec pour compagnons de route Jean Ferrat, Brel, Barbara, Anne Sylvestre, Pierre Perret. Ils sont tous débutants. Une guitare, un jean et un pull à col roulé sont mes accessoires de scène. Une Fiat 500 achetée pour 150 francs - en trois versements - me transporte d'une boîte à l'autre. C'est mon voisin bougnat qui tient mon secrétariat artistique et reçoit les rares offres d'engagement. Mes récitals ne dépassent pas les douze minutes.

Ce matin là, le bougnat me transmet l'appel d'un dénommé Henry Crolla. Mal remis d'une nuit passée en train après un gala de province, je me frotte les yeux en lisant le message pour être sûr de ne pas rêver en lisant le nom de Crolla. Car Crolla...

Connu comme musicien d'Yves Montand, compositeur de chansons de Prévert et de musiques de film, il était pour moi le maître absolu de la guitare. Je n'achetais les disques de Montand que pour écouter l'accompagnement. Le coup de téléphone tenait de l'inespéré. Et pourtant, ce n'était pas une farce.

Je rappelle Crolla presto. Je bafouille, je bredouille, et finis par comprendre qu'il veut me voir séance tenante. Crolla dans mes murs ! Je fais très vite un semblant d'ordre dans ma crèmerie, m'asperge le visage, je me compose une tenue décente en échangeant mes vêtements défraîchis contre d'autres qui le sont à peine un peu moins, je casse deux peignes en essayant de démêler mes cheveux, renonce à me raser, pas le temps, il va venir, il vient, le voici.






Crolla entre. Petit Napolitain grandi dans la zone, rond et chauve, l'oeil noir et le sourire timide. Il a ôté sa casquette avec déférence. Il pose une fesse sur un tabouret. Lequel est le plus embarrassé des deux ? Enfin, il me dit pourquoi il est là. Une amie commune, la chanteuse Colette Chevrot, lui a signalé qu'une de ses nouvelles chansons ressemble note pour note à l'une des miennes. Il est venu s'expliquer sur ce plagiat involontaire et me restituer mes droits. Il me joue sa mélodie, je lui chante la mienne. C'est vrai qu'elles sont jumelles. Je bénis cette rencontre musicale qui me permet de rencontrer cet homme. Il est hors de question de lui disputer la paternité de quelques mesures d'une chanson. Je suis trop heureux qu'il soit là. C'est déjà un ami. Nous bavardons, jouons de la guitare... Tout à coup il sursaute : "Je dois m'en aller, j'ai rendez-vous avec Piaf, pourquoi tu ne viendrais pas avec moi ? C'est une femme merveilleuse, je suis sûr que vous vous plairez...". Il m'embarque dans sa 403.

Piaf est entourée de ses courtisans, ses bouffons, sa secrétaire et un contingent de compositeurs venus lui soumettre leur production. L'appartement est aussi vide de mobilier qu'il est peuplé de gens. Un piano à queue, quelques fauteuils, une cafetière sur une table basse se perdent dans l'espace. Je m'y sens noyé. Je me tiens au chaud près de Crolla. Nous étions si bien dans ma crèmerie. Qu'est-ce que je fais là ? Crolla rompt la glace et me présente à Edith comme un compositeur génial qu'il est urgent d'écouter. Elle sourit, narquoise. "Eh bien, je ne demande qu'à entendre..." Je m'empare d'une guitare qui gît sur la moquette, j'accroche mes doigts aux cordes, j'émets quelques sons inarticulés, je transpire. Crolla vole à mon secours. Il me prend la guitare des mains et m'accompagne. Ca me perturbe encore plus. "Excusez-moi, Madame, je ne pensais pas me trouver ici..." Mes vêtements me font honte. J'aurais quand même dû me raser. L'assemblée me dévisage, qui avec consternation, qui avec étonnement. Edith s'amuse. On a jamais aussi mal vendu sa salade. C'est peut-être charmant, mais je n'ai aucune chance de la convaincre de mon "génie". J'essaie autre chose, je cours au piano. C'est pire, mes mains se bloquent, ma voix se coince. Je jette l'éponge. Crolla improvise une loufoquerie pour faire diversion. J'en profite pour essayer de filer à l'anglaise avant de mourir d'humiliation. Mais Piaf me retient.






"Ne partez pas comme ça. Je sais que c'est toujours pénible de montrer ses chansons. Venez m'écouter chanter ce soir à l'Olympia, ça vous donnera peut-être des idées pour écrire pour moi. D'ailleurs, j'aimerais réentendre ce que vous venez de massacrer..."

Sollicitude ou condescendance. Ou simple ironie. Les paroles de Piaf sont malgré tout réconfortantes. Sur le chemin du retour, Crolla, le doux, le tendre, exorcise, par la gentillesse de ses propos, le mauvais moment que je viens de passer.

Le soir même, je suis à l'Olympia. Je n'en connais-sais que le côté face. Me voici devant l'entrée des artistes. Loulou Barrier, l'impresario d'Edith, filtre les visiteurs.

"Je suis invité par Mme Piaf".
Il va se renseigner et revient m'escorter jusqu'à sa loge. Il y a toujours autant de monde autour d'elle mais je me sens plus à l'aise. "Loulou va vous placer, me lance t-elle. Après le spectacle, nous dînons à la maison."
Je me glisse derrière les autres invités par la petite porte qui relie les coulisses à la salle et m'assieds au premier rang.

"Accompagnée par l'orchestre de Robert Chauvigny, voici... EDITH PIAF !"

Le public rugit, acclame, explose. Edith apparaît. Je ne l'ai pas vue chanter depuis Alexandrie, depuis mes treize ans. Je suis comme tout le monde secoué d'émotion, soulevé d'enthousiasme, avec le sentiment secret qu'elle chante un peu plus pour moi que pour les autres. N'a-t-elle pas insisté pour que je vienne ?

Quand je me retrouve devant sa loge avec les amis et admirateurs, je ne sais plus quoi lui dire. Est-ce qu'on félicite une artiste de cette grandeur ? Je cherche des formules que je voudrais sincères, originales... et ne trouve rien. Quand la porte s'ouvre, je sèche toujours. C'est Edith qui prend les devants. "Vous venez souper, n'est-ce pas ? Vous avez une voiture...
- Oui (j'ai ma fiat 500)
- Alors je viens avec vous. Attendez-moi, je finis de m'habiller."
Quelle journée, quelle soirée ! En quelques heures, j'ai connu Henry Crolla, je me suis rendu ridicule devant Piaf et sa cour, j'ai eu les honneurs du premier rang à l'Olympia, invité personnel de la vedette, et me voici en route pour aller souper chez elle. De plus c'est moi qui vais la transporter dans mon infâme tacot qui brame quand il démarre et prend l'eau quand il pleut - et c'est le cas. J'essaie de la dissuader : "Vous savez, Edith, ma voiture est petite, elle n'est pas très confortable..." Cela ne la décourage pas. Elle a peut-être envie de narguer son entourage qui se dispute le privilège de la conduire, et se dirige vers ma Fiat 500.

Les chasseurs d'autographes qui guettent sa sortie la regardent avec étonnement dépasser une rutilante Packard décapotable, pneus à flancs blancs et crier au chauffeur :"Emmenez les autres, Robert, je vous retrouve à la maison".Quand ils la voient s'engouffrer dans la Fiat, j'entends une clameur de réprobatrice monter de la rue. Nous voici partis. Le moteur pousse des cris aïgus, la carosserie a la tremblote, ,l'eau passe par chaque orifice... Quelle idée j'ai eue de me vanter d'avoir une voiture... Edith ne fait aucun commentaire. Elle est fascinée par cet engin cocasse qui, cahin-caha, nous mène à bon port.

La soirée se termine à l'aube. Au moment de partir, Edith me glisse : "On dîne ici tous les soirs après l'Olympia. Revenez, vous connaissez le chemin".

Mais un jour est un jour. Demain je retrouverai mon quotidien, je me mettrai à la recherche d'un engagement, j'irai faire le tour des éditeurs pour décrocher une avance. J'ai surtout hâte d'aller à Montparnasse voir les copains, leur raconter mes exploits. Ils sont comme toujours au Select autour d'Andréas. Andréas est un exilé grec, peintre en bâtiment. Fauché comme nous tous, il a trouvé un procédé ingénieux pour occuper la meilleure table à peu de frais. Il ne consomme pas. Il donne de larges pourboires au serveur et se contente d'une carafe d'eau qu'il partage avec ses amis. A chaque nouvel arrivant on ajoute un verre et le pourboire augmente. Avec Andréas, on est aux premières loges pour voir défiler la faune et accrocher quelques passantes. Sa table est le dernier salon où l'on cause, où on refait la société, où l'on rit aux histoires de chacun. Ce soir là, c'est moi qui ai la vedette. Le récit de mon aventure chez Piaf est un succès.

"Et tu vas y retourner ? me demande Tony le Crétois, mon compère de toujours.
-"Je ne crois pas. C'était bien une fois. On ne va pas rejouer la scène !"
Je suis sincère. J'ai vécu un rêve éveillé, je ne veux pas le poursuivre.
"Tu es fou, tu dois y aller, tu ne te rends pas compte, c'est ta chance !"
-"Chance ou pas chance, je suis beaucoup mieux ici".

Le reste de la nuit, je me promène avec Tony. Ses fonctions de maître de chapelle à l'église grecque lui laissent beaucoup de temps pour traîner dans les cafés, réfléchir sur la vie et courir les filles. Il est de bon conseil et trouve une solution à tout. Insoumis à l'armée, il fabrique lui-même les tampons pour prolonger la validité de son passeport grâce au matériel du petit imprimeur qu'il achète au BHV. Cela lui évite d'avoir affaire au consul de Grèce qui le somme régulièrement de rentrer à Athènes. Cela lui permet aussi de rendre service à ceux d'entre nous qui ont des documents à falsifier. Il est capable de draguer dans n'importe quelle langue sans en connaître un traître mot. Il se fiche une pipe entre les dents et tient un discours inintelligible avec un accent qui fait illusion et finit par convaincre.

Lorsque je quitte Tony, il me lance dans une ultime tentative : "Appelle Edith, elle t'a peut-être attendu..."

Tony connait bien les femmes. Il a probablement raison. Je finis par lui obéir.

Le lendemain, je téléphone chez Piaf, en espérant secrètement tomber sur la secrétaire et laisser un message. Mais c'est c'est la Voix qui me répond : "Je vous ai attendu hier... Venez aujourd'hui sans faute."

Tony ne s'était pas trompé. Il m'accompagne le soir même chez Edith.
La cérémonie du dîner ne fait que commencer. L'aéropage est presque au complet. Il ne manque que Crolla, le fou du roi, mon ami d'hier, le messager providentiel. Tony jubile de se trouver là, à cette tablée de vedettes. Il plastronne, se gave de tous les plats, fait vibrer sa voix de basse chantante pour impressionner les invitées. J'envie sa désinvolture.

Edith m'a placé à sa droite. J'essaie d'être digne de ce privilège, de ne pas attiser la jalousie de ceux qui me l'envient, de faire bonne figure, d'être drôle ou intéressant.






La soirée se termine autour du piano. Edith, tel un monarque condescendant, se laisse amuser par les reparties, les médisances, les discours flagorneurs. De temps en temps elle éclate d'un rire sonore aussi légendaire que la tristesse de ses chansons.

Il s'est fait tard. L'appartement est désert à présent. Les invités sont partis discrètement pendant qu'elle me faisait écouter les disques de jazz qu'elle venait de ramener d'Amérique. Je suis fasciné, je n'imaginais pas qu'une chanteuse d'un autre âge puisse avoir les mêmes goûts que moi - la musique nous lie.

L'enchantement dure toujours lorsque la lumière de l'aube cogne aux rideaux.

"On devrait aller dormir", propose t-elle. Troublé, épuisé, je la suis dans sa chambre.
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# Posté le samedi 10 février 2007 10:39