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che1951

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Création : 04/08/2006 à 06:45 Mise à jour : 15/11/2011 à 03:19

Pour que les ténèbres deviennent clarté

-Le Che en Algérie

-La dernière conférence de Houari Boumedienne à Damas

-En souvenir de Ali Zamoum et de Daniel Timsit

-L'assassinat de Abane Ramdane

-Des algériens torturés par le pen

-Ali La Pointe etc...

Hamid Bousselham présente " LE REVIREMENTDE POLITIQUE DE DE GAULLE EN ALGERIE EN SEPTEMBRE 1959 " Par Abdelkader Bousselham

 

Hamid Bousselham présente " LE REVIREMENTDE POLITIQUE DE DE GAULLE EN ALGERIE EN SEPTEMBRE 1959  " Par Abdelkader Bousselham 
 
 
 
 
 
 
CHAPITRE III
 
LE REVIREMENT DE POLITIQUE DE
 DE GAULLE EN ALGERIE EN SEPTEMBRE 1959
 
 
 
 
La franchise tardive de De Gaulle sur les insuffisances de la France en l'Algérie, durant 120 ans - Les non-dits de De Gaulle à la haute hiérarchie de l'armée française, le 30 août 1959, au quartier général de Challe, en Kabylie - Les mobiles majeurs du changement de politique de De Gaulle en Algérie  -Les pressions de ses alliés et les menaces du débat imminent aux Nations Unies sur la question algérienne - L'opposition croissante  de la presse et de la gauche françaises - La résistance phénoménale des populations paysannes et de l'ALN face à la guerre totale de Challe - La contre offensive diplomatique du GPRA et la menace rouge de Moscou et de Pékin - Les ventes d'armes des Etats Unis au Maroc et à la Tunisie.
 
 
                            
La franchise tardive de De Gaulle sur « les insuffisances françaises en Algérie durant 120 ans »
 
La proclamation solennelle de De Gaulle, le 16 septembre 1959, du droit à l'autodétermination des Algériens eut un effet de douche froide sur l'armée d'Algérie, sur les Pieds Noirs et sur toute la classe politique française de droite, demeurée passionnément attachée à « l'Algérie Française ». Il est certain que ces réactions eussent été beaucoup plus rapides et plus brutales si De Gaulle n'avait pas pris la précaution de se rendre en Algérie, deux semaines auparavant, et d'expliquer de vive voix, à la haute hiérarchie militaire, les mobiles de son initiative, ses implications et la nécessité de reporter la mise en ½uvre effective de l'autodétermination, après la pacification totale du pays.
 
Selon De Gaulle, trois raisons majeures plaidaient alors (août 1959) en faveur de ce recours à une consultation des populations algériennes sur leur avenir:
 
 
-         la première était que la « situation faite aux autochtones était insupportable dans ce pays où la France, depuis cent vingt ans, n'avait pas fait tout l'effort nécessaire ».
 
 
-         la seconde concernait « la conjoncture internationale caractérisée par un hostilité ouverte à la France qui « ne le lui permet pas de faire fi de l'opinion internationale, tout particulièrement à une époque où la plus grande partie du monde est en train de s'affranchir. » 
 
-         la troisième constatation développée par De Gaulle, lors de cette visite au QG de Challes en Kabylie en août 1959, était que « la France ne pouvait garder les Algériens avec elle que s'ils le veulent eux mêmes et que si l'Algérie était transformée de fond en comble, avec la population, pour elle et par elle, en vue d'en faire un état moderne. Sans elle, ajouta De Gaulle la pacification, aussi complète fût-elle, serait vaine  et sans lendemain.
 
Bien évidemment, l'origine, la nature et l'évolution du conflit qui opposait les Algériens àla Francene pouvait se circonscrire à la carence des gouvernements français qui se sont succédés au pouvoir durant cent vingt ans, quant à la prise en charge correcte du développement de l'Algérie et du progrès de ses populations. Même réduits uniquement à cet aspect, c'est la première fois dans l'histoire coloniale de l'Algérie, qu'un Président dela Républiquereconnaissait clairement que la colonisation avait échoué.
 
 
S'agissant de cette reconnaissance par De Gaulle des erreurs du passé, les Algériens eussent été bien plus réceptifs à une initiative de ce genre, s'il l'avait faite, par exemple, après mai 1945. Il était alors le chef incontesté et adulé de la Franceet de l'empire qu'il venait tout juste de libérer grâce en partie aux sacrifices des indigènes d'Algérie. Il avait alors tous les pouvoirs pour récompenser ces valeureux combattants, autrement que par les massacres de leurs familles, l'incendie de leurs gourbis et les fours à chaux vive[1] pour leurs « meneurs ».
 
Or, c'est sous l'autorité de De Gaulle que l'armée française et les colons, la veille encore unanimes derrière Pétain, ont perpétré ces crimes, le jour même où le monde entier célébrait la victoire contre l'Allemagne nazie. Triste ironie de l'histoire coloniale de l'Algérie, c'est en pleurant de rage que les tirailleurs originaires de la région, de retour de Cassino, des Ardennes, du Rhin et dela Forêtnoire, ont vécu cette victoire, devant les ruines encore fumantes de leurs douars bombardés sans relâche, toute la semaine, par la marine de guerre et l'aviation françaises.
 
Les non-dits de De Gaulle à la haute hiérarchie militaire française, le 30 août 1959, au QG de Challe en Kabylie
 
Quoiqu'il en fût, rien ne servait en août 1959 de rebâtir le passé de l'Algérie avec des « si » et des hypothèses à posteriori, ni avec des regrets et des condamnations concernant les erreurs commises et les occasions perdues. L'histoire coloniale de l'empire coloniale français et singulièrement celle de l'Algérie, n'ont été, en vérité, qu'une lamentable et longue suite des unes et des autres.
 
Revenons donc à De Gaulle et à sa proclamation du droit du peuple algérien à l'autodétermination, le 19 septembre 1959, et constatons que, même en des circonstances aussi exceptionnelles et aussi cruciales pourla France, et pour l'Algérie, il s'est gardé de révéler la vérité sur toutes ses intentions concernant l'avenir des Algériens. Pourtant, il était clair à ce moment là précisément que sa passion viscérale pour l'Algérie française, son nationalisme quasiment mystique et son passé de chef militaire et de chef d'Etat littéralement habité par la grandeur dela France, ne le conduiraient à renoncer à « l'Algérie française », que contraint et forcé. Il était également clair qu'il voulait la conserver française, coûte que coûte, et qu'il ne pouvait pas renoncer à ses richesses ni à son rôle de pivot central de l'édifice qu'il n'avait cessé de construire, depuis son retour au pouvoir, avec une constance et une détermination qui forcent l'admiration.
 
En fait, depuis mai-juin 1958, il avait fait le siège de ses alliés américains et européens avec, chaque fois, des propositions nouvelles plus audacieuses que les précédentes. Toutes, nous l'avons vu, avaient un dénominateur commun : la reconnaissance d'une place privilégiée pourla Francedans la direction du monde libre et un engagement inconditionnel et irrévocable des Alliés pour le maintien de l'Algérie dans le giron français.
 
Que s'est-il donc passé de si grave et de si redoutable pour l'avenir de la France, pour que De Gaulle renonce, le 19 septembre 1959, à l'Algérie française, et par voie de conséquence également, au Maghreb et à l'Afrique subsaharienne, fondements de la politique française, depuis plus d'un siècle ? Laissons de côté quelques hypothèses souvent évoquées par ses laudateurs, affirmant effrontément que son amour de la liberté l'a emporté, à ce moment là, sur son nationalisme. Un fait est certain : De Gaulle n'était ni un sentimental ni un libérateur des peuples. Il était nationaliste :la France, sa grandeur et son avenir seuls comptaient à ses yeux.
 
Calculateur, froid, diplomate chevronné, Chef de guerre et stratège endurci par les épreuves que le destin avait imposé à son « cher et grand pays » depuis un demi-siècle, De Gaulle était aussi un réaliste. Et c'est son réalisme qui le conduisit, au milieu de l'été de 1959, à constater la faillite de toute sa politique étrangère concernant la guerre d'Algérie, au moins, dans cinq domaines :
 
-         Les Américains et l'OTAN,
-         l'Afrique
-         l'Eurafrique,
-         L'Europe Occidentale,
-         Et l'Organisation des Nations Unies.
 
Ce réalisme le conduisit également à constater froidement que tous ses efforts tendant à isoler le FLN et le GPRA au plan international avaient échoué et que si l'ALN, au plan militaire, avait subi des pertes sévères, il n'en demeurait pas moins que la rébellion armée en Algérie était loin d'être éradiquée.
 
 
Pour de nombreux auteurs, dont Réda Malek, cette proclamation du 19septembre 1959 était due, pour l'essentiel, aux revers accumulés par De Gaulle depuis son retour au pouvoir dans ses relations avec les Etats Unis et l'OTAN et aux menaces d'une nouvelle débâcle aux Nations Unies, à l'occasion des débats sur la question algérienne. Il est certain que les difficultés de De Gaulle avec les Américains, et l'orage qui s'annonçait aux Nations Unies, conjugués aux pressions de plus en plus fermes des Européens, excédés par les atermoiements du gouvernement français concernant l'avenir des Algériens et par le maintien en Algérie des troupes françaises initialement destinées au théâtre d'opérations européen (France et République fédérale allemande), ont conduitla Franceà recourir à tous les moyens pour gagner un répit.
 
Cependant d'autres mobiles ont participé et précipité cette décision. La montée en puissance du GPRA sur la scène internationale, la résistance incroyable des populations algériennes de l'intérieur et de l'ALN, la dislocation, par pans entiers, de l'édifice stratégique néo-colonial que De Gaulle s'était efforcé de construire en Afrique (communauté française), et entre l'Europe et le continent africain (Eurafrique) et les menaces, toutes récentes des Marocains et des Tunisiens, de ne plus s'opposer au débarquement des matériels militaires chinois ou soviétiques destinés à l'ALN, ont certainement pesé sur cette rupture de De Gaulle avec sa politique antérieure, vis à vis des Algériens.
 
Tout aussi important furent :
-         le poids de l'opposition d'une fraction de plus en plus importante de la population française à la prolongation de la guerre,
-         les menaces d'une reprise des opérations du FLN dans l'Hexagone,
-         et l'engagement dela Chineet de l'URSS aux côtés des combattants algériens.
 
Si, en ce qui concerne les difficultés de De Gaulle avec les Etats Unis et les autres membres de l'OTAN ou ses déceptions européennes ou africaines, nombre de chercheurs en ont souligné l'ampleur et les retombées prévisibles sur la suite immédiate des événements. Cependant, on doit souligner que la résistance phénoménale des populations et de l'ALN et la contre-offensive du GPRA en direction de Moscou, de Pékin, de l'Afrique subsaharienne et de l'Amérique Latine et les succès indéniables de la diplomatie algérienne dans divers forums internationaux et singulièrement aux Nations Unies, n'ont pas bénéficié du même intérêt de la part des historiens qui se sont intéressés par la guerre d'Algérie. Pourtant, cette résistance de l'intérieur et ce dynamisme de l'appareil diplomatique du GPRA à l'extérieur ont bien marqué l'évolution des événements, dès l'automne de 1959.
 
C'est à partir de cette période qu'on peut considérer, en effet,  que le sort de la guerre pour De Gaulle, ne dépendait plus essentiellement de la situation militaire à l'intérieur et que désormais, il fallait compter aussi avec les équipes politiques du  GPRA. De toutes façons, l'armée française avait utilisé tous les moyens, pour briser la résistance des populations algériennes, et les contraindre à accepter docilement le sort que la France déciderait pour elle.
 
800 000 hommes étaient engagés à ce moment là en Algérie,  263 000 harkis et des services de sécurité (police et gendarmerie) totalisant 200 000 hommes les soutenaient. Pour avoir une idée plus précise encore de l'engagement militaire de la France, il y a lieu de souligner que 2 millions de jeunes français ont servi en Algérie de 1954 à 1962.
 
 
L'appui de la presse internationale à la lutte des Algériens
 
Les prises de position d'une partie croissante de la presse française, contre la poursuite de la guerre en Algérie, furent, sans aucun doute, une arme redoutable que le FLN et ses sympathisants à l'étranger ont su utiliser efficacement pour combattre les excès et la prolongation de la guerre.
 
Ainsi, chaque fois que le New York Times publiait une lettre de Abdelkader Chanderli, le représentant du FLN (puis du GPRA) à New York, Debré se déchaînait contre le State Department. D'ailleurs, il se déchaînait tous les matins contre la presse française, de plus en plus hostile à la guerre totale que conduisait Challe en Algérie. Il vilipendait également tous les martins la presse allemande, italienne et suédoise, beaucoup plus libres que leur gouvernement respectif de dire ouvertement les horreurs de la guerre d'Algérie, son caractère inhumain et sanglant ainsi que ses conséquences possibles sur la paix dans le monde.
 
Ces prises de position de la presse internationale en faveur du peuple algérien et leur impact sur les gouvernements étrangers et l'opinion publique en France et ailleurs eurent des conséquences indiscutables sur la démoralisation, et la lassitude des Français, face au prolongement de la guerre. Tout ce qui se perpétrait comme horreurs et comme crimes de guerre ou crimes contre l'humanité en Algérie et tout ce qui plaidait en faveur d'un règlement négocié était enfin étalé au grand jour. Le FLN, très habilement amplifiait ces dénonciations. Il les  traduisait dans toutes les langues et  les présentait au reste du monde.
 
Une grande partie des bulletins d'information des missions du GPRA à travers le monde, était consacrée à la revue de la presse internationale. Ainsi, Abdelkader Chanderli, a eu l'intelligence de consacrer presqu'entièrement son bulletin d'information quotidien à ce que la presse française avait publié, quelques heures plus tôt à Paris, sur la guerre d'Algérie et ses horreurs. C'était sa manière à lui de dire aux Américains et à leur gouvernement : « Voici des témoignages irrécusables. Ils sont le fait d'éminents journalistes français. Le FLN pourrait les compléter et les commenter. Il ne le fait pas et laisse l'opinion publique américaine seule juge ». Bien entendu, chaque fois qu'un numéro de « Témoignage Chrétien », du « Monde », de « France Observateur » ou de « Combat » était saisi, ce qui arrivait souvent avec De Gaulle, Debré, ou Soustelle, Chanderli se faisait un devoir de montrer au public américain, que même la presse française était étouffée et ligotée par le pouvoir gaulliste.
 
A ce sujet, Benjamin Stora[2] révèle :
 
 
« Les saisies de journaux en Métropole et en Algérie ont été beaucoup plus importants sous le régime gaulliste que sous la IVème république : 179 journaux saisis en métropole du 1er juin 1958 à juin 1962 (soit une moyenne annuelle de 44 saisies) contre 60 saisies en métropole du 1er novembre 1954 au 31 mai 1958 (soit 13 saisies en moyenne par an » et il ajoute :
 
« Que ce soit en Algérie ou en métropole, les années de plus forte censure seront 1960 (154 saisies), 1961 (127 saisies) et en 1962 (120 saisies).
 
La torture et les camps de concertation : crimes de guerre de la France en Algérie
 
La dénonciation de ces deux crimes majeurs de l'armée française en Algérie étaient à l'origine de ces saisies. A ces horreurs se sont ajoutés au fil des années, les massacres collectifs, les incendies de villages et des forêts, les zones interdites, les caves à vin, les fours à chaux et la multitude de dénis de justice perpétrés en France ou en Algérie, depuis le début de la guerre».
 
Le 16 septembre 1959, au moment où De Gaulle préconise le recours à l'autodétermination, 11 018 militants algériens de la Fédérationde France[3] sont soit en prison, soit dans un des quatre camps d'internement qui leur étaient réservés (Mourmelou, Vadenay (Marne), Saint Maurice, l'Ardoise (Gard, Thol (Ain) et Larzak (Aveyron).
 
« A trois reprises, à quelques jours d'intervalle, à Aïn Isser (Préfecture de Tlemcen) à Mercur-Lacombe (Préfecture de Mascara) et Mouzaïa ville (Préfecture de Blida), des indigènes, arrêtés comme suspects, ont été confinés dans des caves à vin, et contraints d'y passer la nuit. Une partie d'entre eux ont été mortellement intoxiqués par l'anhydride de carbone ».
 
Les pertes en vies humaines dans ces trois incidents se chiffrent ainsi : 50 cadavres à Aïn Isser, 16 à Mercier Lacombe et 21 à Mouzaïa ville). (Extrait de rapport remis à Bourgès Manoury par la commission de sauvegarde des droits et libertés individuels[4] composée de l'ambassadeur André François Poncet, du Général Zeller, Me Maurice Garçon, et du Président du conseil de l'Ordre des médecins, le professeur Robet de Vernejoul.
 
L'enfermement n'était pas pratiqué dans l'hexagone seulement. En Algérie, des centaines de milliers de familles et d'individus étaient maintenus manu-militari dans des camps d'internement qui rappelaient, par les méthodes et le traitement disciplinaire infligés aux détenus, les camps nazis de la deuxième guerre mondiale. Certes, aucune fumée de fours crématoires n'était visible à l'horizon. Mais la mort lente, par la faim, les coups, la misère physiologique, le froid et la maladie n'avaient rien à envier à l'horreur et au sadisme des camps de concentration nazis.
 
En 1959, Delouvrier, le nouveau Délégué Général en Algérie demande qu'une enquête soit effectuée sur ces camps de regroupement. L'enquête aboutit en mars 1959, à un rapport officiel qui fait état d'un million de personnes détenues dans ces camps de regroupement (le Monde du 18 avril 1959).
 
Quant à M. Rocard, il avait écrit en avril 1957, dans son rapport « la politique de pacification fait qu'il y a actuellement deux millions d'Algériens en camp de concentration ». Il n'y a pas malheureusement pas de doute : entre la date de ce rapport (avril 1957) et le discours du 16 septembre 1959, soit deux ans et demi plus tard, le nombre et la condition des internés d'Algérie et de l'Hexagone n'ont cessé de s'aggraver et de prendre finalement les propositions d'un véritable désastre humanitaire.
 
Quoique les développements de la guerre d'Algérie, au plan militaire et le terrorisme d'Etat des forces armées françaises en Algérie ne figurent pas dans le champ fixé à cet ouvrage consacré à la diplomatie du FLN et du GPRA, il n'en demeure pas que l'impossibilité pour l'armée et l'administration françaises de « mater » les Algériens de l'intérieur et de l'hexagone a impressionné fortement De Gaulle. Il était arrivé à la même conclusion en ce qui concerne l'ALN.
 
Le jugement et la condamnation à mort du Colonel Si Salah, pour haute trahison avec l'ennemi, dès son retour de Paris, par un conseil de guerre de la wilaya IV, a été également un choc pour De Gaulle.
 
Les accords d'Evian, deux ans et demi plus tard,  ont mis à l'abri les auteurs de ces crimes. En vérité, nul ne pourra effacer ces infâmies ni absoudre leurs auteurs. Dans le mémoire collective des Algériens, cette réclusion prolongée de centaines de milliers de civils restera une opprobre indélibile[5]. Plus que la torture, les massacres collectifs, les assassinats par hélicoptère ou par enterrement des suppliciés encore en vie dans leurs tombes - sadisme suprême, creusées par eux mêmes - ont déshonoré l'armée française, ses chefs et son gouvernement. Ainsi que De Gaulle.
 
 
Les responsabilités personnelles de De Gaulle dans ces crimes de guerre
Un des points d'interrogation les plus fréquents des Algériens                des deux générations d'après guerre concernant l'aggravation tragique  des excès de l'armée et de l'administration françaises en Algérie, dès             le retour de De .Gaulle au pouvoir, porte sur les responsabilités                         de ce dernier dans ces excès. Pour nombre d'entre eux, l'image                   d'un De.Gaulle, champion de la liberté de l'Europe contre le fascisme hitlérien, héros national de la libération de la Franceet Chef                             de la résistance des Français de 1940 à 1945, contre l'occupation nazie de son pays, ne cadre pas avec les horreurs indicibles de la pacification de l'Algérie conduite sous son égide et son approbation* jusqu'au printemps 1962.
 
Pourtant, pour les Algériens et pour nombre de gouvernements étrangers, De.Gaulle est responsable au premier Chef[6] des malheurs des populations civiles des campagnes algériennes. Rien ne se faisait, dans le domaine militaire surtout, sans son accord préalable, ou pour le moins sans qu'il lui en fût rendu compte immédiatement. En tout cas rien, en ce qui concerne  le déroulement du Plan Challe, n'échappait à son attention vigilante. Il était donc parfaitement au fait des ravages dont les campagnes algériennes étaient victimes. Il pouvait y mettre un terme ou, au moins, les réduire. S'il ne l'a pas fait, c'est parce qu'il était convaincu que l'enfermement et le lavage de cerveau des populations civiles rurales étaient indispensable au succès de l'isolement et à la destruction de l'ALN, conditions sine qua-quo, avec le succès du Plan de Constantine 3 octobre 1958, lancé  pour que la paix revienne et pour que l'Algérie entière se soumette et rentre au bercail, en demandant l'aman.
 
Le plan de Constantine : outil de propagande ou le réel projet de développement de l'Algérie
 
Présenté par De.Gaulle à Constantine le 3 octobre 1958 avec la mise en scène spectaculaire qui accompagnait, traditionnellement chacune de ses apparitions publiques en Algérie, le Plan de développement de l'Algérie, conçu pour dix (10) ans, n'avait pas sérieusement  démarré, douze moi après.
Au demeurant, ce Plan de Constantine, élaboré pour faire rattraper en dix (10) ans le retard accumulé durant plus d'un siècle, ne fut, pour les objectifs qu'il s'est donnés, qu'un complément de propagande à l'action de « pacification » de grande envergure, alors en cours.
 
Voici brièvement quelques éléments essentiels :
 
1)   Extension de la scolarisation :
1°) Enseignement primaire : Construction de 2025 salles de classe nouvelles de 1958 à 1960 dans le but de parvenir au terme du programme à la scolarisation de 1.400.000 enfants algériens sur 2.450.000 d'âge scolaire, soit 60%.
2°) Enseignement secondaire : objectif : 2.500 élèves algériens              de plus par an.
3°) Enseignement technique : objectif : 3500 élèves algériens de plus par an.
4°).Enseignement supérieur : objectif : aucun objectif précis              n'a été fixé ni en matière de créations universitaires nouvelles ni en matière d'effectifs.
A noter cependant que les indications disponibles relèvent que 6.553 étudiants fréquentaient l'université d'Alger et que parmi eux 894 étaient algériens[7].
 
 
2)   L'Implantation de la grande industrie :
Dans ce domaine, le Plan de Constantine prévoyait, notamment :
  a).la mise en exploitation à partir de 1962 du gisement                         de phosphates de Djebel Honk avec un rythme de production de 1.400.000 tonnes par an soit 800.000 Tonnes de minerai enrichi (75% de teneur)
 b) la construction d'une raffinerie de pétrole à Alger-Maison Carrée (2.500.000T).
 c)   un complexe r ambitieux à Arzew –Mostaganem en vue :
-                    de la liquéfaction du gaz naturel, 3 milliards de m3.
-                     la fabrication d'ammoniaque, d'engrais azoté, de chlore et de soude.
-                    des unités d'électrométallurgie de l'aluminium et des ferro-alliages.
 
3)   Le Complexe sidérurgique de Annaba:
a).Le Complexe sidérurgique de Annaba (à l'époque Bône) devait être également crée dans le cadre du Plan de Constantine. Le démarrage de la production (500.000 Tonnes/an) était prévu pour fin 1962.
Le Complexe devait créer 3.000 emplois directs et 5 à 6 fois plus d'emplois indirects.
b).Ces trois secteurs de l'industrialisation de l'Algérie, devaient être complétés par des industries alimentaires, de fabrication de matériaux de construction, de transformation de métaux, d'industries chimiques, de textiles et de cuirs.
Ces créations nouvelles ou ces extensions concernaient 417 entreprises et devaient créer, une fois en pleine activité (1963) 29.655 emplois. Elles devaient être financées à 75% par des sociétés privées françaises.
4)   La modernisation de l'agriculture et la reforme agraire :
a).dans le Plan de Constantine, la modernisation de l'agriculture traditionnelle n'a été traitée que sous l'angle de la formation des moniteurs qui devaient être affectés dans les communes rurales, sur la base de deux moniteurs agricoles par commune.
Par contre, le Plan est muet, sur la question essentielle de la terre et sur les moyens financiers et matériels nécessaires à la mise en oeuvre de ce qu'il appelle ''la réforme agraire'' et qui ne concerne que200.000 hectaresrachetés à prix d'or par le Trésor public de l'Algérie àla Compagnie Genevoise. 
Par prudence, ces sociétés de l'Hexagone se sont gardées                  de s'engager dans la réalisation des projets.
De toutes façons De.Gaule savait bien, en septembre 1959,                 au moment de la proclamation du droit des Algériens à l'autodétermination, que les Sociétés Françaises se seraient pas au rendez-vous.
5)   L'Habitat
Le cinquième volet prioritaire du Plan de Constantine concernait l'habitat et ses projets de construction (en cinq ans de 120.000 logements urbains et 910.000 logements ruraux pour un million                       de personnes.
 
 
En plus, indique le Plan, 1024 nouveaux villages officiels                       et 1000 villages provisoires (appellation pudique des camps                            de regroupement) devaient être achevés en 1960.
Pour minimiser le coût de ces opérations ''mille villages'', les matériaux étaient fournis par les S.A.S (Service d'Action Sociale) de l'armée française tandis que la main-d'½uvre était à la charge des bénéficiaires, c'est-à-dire des assignés à résidence dans ces camps.
 
Comme on peut le constater à travers ce bref condensé des données officielles françaises sur le Plan de Constantine, le projet, dans son ensemble était bien timoré eu égard aux besoins immenses des populations rurales dont les 4/5 vivaient dans une misère chronique, de l'aveu même des auteurs du plan, lors de son lancement, le 3 octobre 1958 à Constantine par le Général De.Gaulle.
Pis encore, quelle que fût le domaine, que le Plan entendait promouvoir (Education, Industrialisation, PME, Habitat, Emploi ou Action Sociale) les objectifs étaient bien modestes, les moyens insuffisants  et les délais trop longs.
 
L'Algérie indépendante en sait quelque chose. Avec des moyens infiniment plus importants et une volonté politique nationale beaucoup plus déterminée et plus engagée, elle en est encore, en 2007, à s'acharner à réaliser un million de logements pour offrir un toit  décent à tous les Algériens.
En vérité, De.Gaulle a lancé le Plan de Constantine beaucoup plus pour donner une teinte humanitaire et sociale à la reconquête militaire de l'Algérie, dans le but d'aider celle-ci à sortir de sa misère[8]. Il était clair pour ses alliés, ainsi que pour l'opinion publique de plus en plus récalcitrante de l'hexagone, que l'objectif principal de tout le chahut[9]  fait autour du Plan de Constantine, n'était qu'un subterfuge supplémentaire, pour passer le cap difficile des débats imminents à l'assemblée Générale des Nations Unies et pour justifier les longs délais arrêtés par De Gaulle pour la mise en ½uvre de l'autodétermination.
Les succès diplomatiques du GPRA et « la menace rouge » sur l'Algérie
Les succès du GPRA et les reconnaissances de plus en plus nombreuses dont il bénéficiait en septembre 1959, un an après                      sa création, étaient devenus une préoccupation constante de  la diplomatie française. L'audience croissante de l'Algérie combattante dans le monde émergent (Moyen Orient, Maghreb, Afrique, Asie, Amérique Latine et Bloc Socialiste) réduisait d'autant plus celle dela Francesur la scène internationale que De.Gaule avait pris la décision, bien maladroitement, dès septembre 1958, de rompre les relations diplomatiques et de cesser l'aide économique de son gouvernement à tous les pays qui reconnaîtraient le GPRA.
En dépit de ces menaces, une trentaine de pays ont décidé de             passer outre. Par voie de conséquence l'isolement dela Francesur la scène Internationale s'accéléra, non seulement aux Nations Unies mais également dans tous les forums où la question du droit des peuples  à la liberté était à l'ordre du jour.
Partout où se réunissaient des juristes démocrates, des organisations humanitaires, des mouvements féminins, des syndicalistes, ou des étudiants, le drame du peuple algérien était dénoncé etla Francemise au ban des Nations civilisées, dans des termes de plus en plus sévères et de plus en plus attentatoires à la susceptibilité chatouilleuse de De .Gaulle.
En fait, cette hostilité internationale était devenue tellement intolérable pour lui qu'il lui fallait absolument trouver le moyen de la neutraliser. La reconnaissance du droit à l'autodétermination des Algériens participait sans aucun doute de cette stratégie de sortie de l'isolement.
Non moins préoccupantes pour De .Gaule, à ce moment là étaient        la fin de la neutralité affichée par l'URSS à l'égard de la question algérienne, et la mise en ½uvre d'une politique de soutien actif aux Combattants algériens.
 
Nous avons vu précédemment que les Soviétiques ont tenu les engagements faits aux dirigeants du GPRA et que, bravant les menaces de la marine de guerre française, de nombreux cargos battant pavillon d'un pays Socialiste, et chargés de matériels et d'équipements de guerre sophistiqués, ont réussi  à débarquer sur les quais des ports de Tanger de Casablanca et de Tunis des milliers de tonnes d'armements, individuels et collectifs, des canons longue portée, des véhicules tous terrains, des blocs opératoires de campagne, des équipements pour les plongeurs-saboteurs de l'ALN, ainsi qu'une aérodrome de campagne, en Kits, dans des conteneurs numérotés et dûment inventoriés[10].
Ces fournitures d'armes soviétiques du GPRA, et leur livraison                ''à domicile'', avec l'accord du Gouvernement Marocain, ajoutées aux envois considérables dela Chine Populaire, débarqués à Tunis ou                   à Casablanca, étaient devenues une hantise pour De.Gaule.
Pour le Gouvernement français, comme pour les Etats Unis et              les autres membres de l'OTAN il était désormais évident que c'était là, de la part de Pékin et de Moscou, l'ultime avertissement adressé àla France, avant un engagement plus substantiel aux côtés des Algériens, sur le terrain des opérations, en Algérie même.
 
Ainsi plusieurs éléments ont contraint De Gaulle en septembre 1959, à annoncer la politique qu'il conduisait sur l'Algérie. Ces facteurs tiennent tout à la fois à la résistance héroïque du peuple algérien et de l'ALN, à la vanité du plan de Constantine et aux échecs de division de l'ALN, qu'aux ras le bol des Français de l'Hexagone, aux revers diplomatiques de De Gaulle avec les Etats Unis, l'Europe occidentale et l'Afrique. Pour couronner le tout, les Russes et les Chinois ont délivré l'ultime avertissement. De Gaulle a reçu le message « cinq sur cinq ».
 
Les Algériens devraient se féliciter que De Gaulle ait interprété correctement ces signaux. On ne sait pas, en effet, ce que seraient devenus notre combat et notre pays avec l'intégration progressive de notre guerre d'indépendance nationale dans la guerre froide qui opposait les deux blocs, à ce moment là ou pire encore, avec la transformation du territoire algérien en théâtre d'opérations de confrontation armée entre les deux géants de l'époque.
 
 

[1] Les Américains, sollicités par l'Etat major français ont refusé de prêter le concours de leur aviation pour ces opérations de répression en Algérie, en mai 1945.

[2] Benjamin Stora, « La gangrène et l'oubli »,la Découverte, 1992., p.33, 34.

[3] Benjamin Stora :

[4] La commission de sauvegarde des droits et libertés individuelles a été créée par Bourgès Maunury bien partie de sa mission consistait d'abus portées contre l'armée et l'administration françaises en Algérie.

[5] A propos de ce rapport, il faudrait consulter également « Michel Rocard ou l'art du possible », J-C Simoën, Paris 1979, p. 48-50.
Quant aux extraits du rapport officiel publiés par le Monde, ils sont reproduits dans la guerre d'Algérie

 

[6] Le Général Challe aurait affirmé à Y. Courriere ( "Les Colons" , p ...) qu'avant qu'il ne rejoigne  son poste à Alger, De Gaulle a discuté point par point avec lui le programme des opérations et a signé  le document résumant la conception, la stratégie et les moyens du Plan connu, depuis lors, sous le nom de "Plan Challe". Challe aurait ajouté que le document a disparu de son coffre à Alger, trois mois après.
 

[7] Cette présence importante d'Etudiants algériens (15% des effectifs), trois ans après que l'U.G.F.M.A eut déclenché la grève, ne doit pas surprendre : presque tous ceux qui n'avaient pu ni quitter le pays  ni rejoindre les maquis, ont du s'inscrire aux cours pour se mettre à l'abri des tracasseries policières

[8] Entretien De Gaulle- De louviers, le ../../... à Paris (Y. Courrier- les Colonels, p 369).

[9] «  Tout ce chahut, dit le dicton arabe, pour une malheureuse souris ! ».
 

[10] Une équipe de jeunes Officiers-pilotes* algériens, sous la conduite du Commandant Said Ait Messaoudène, le fondateur de l'armée de l'air algérienne, est venue à Rabat, au cours de la première semaine d'octobre 1962, les réclamer à l'auteur, alors chargé d'affaires à l'Ambassade d'Algérie dansla Capitale Marocaine.
Les hélicoptères étaient dans leurs containers d'origine à Mekhnès où  Hassan.II les avait fait mettre à l'abri en attendant que l'Algérie indépendante en prenne livraison. En une semaine, l'escadrille fût prête  à rejoindre Alger.
Et c'est cette escadrille d'hélicoptères qui ouvrit  le défilé militaire du Premier Novembre de l'histoire de l'Algérie indépendante, à Alger, dans le ciel de l'avenue de l'ALN, à la grande surprise des invités étrangers et de la population algéroise.
 


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#Posté le mardi 15 novembre 2011 03:19

Hamid Bousselham présente " LA CREATION DU GPRA ET OFFENSIVE ARMEE DU FLN EN FRANCE " Par Abdelkader Bousselham


Hamid Bousselham présente " LA CREATION DU GPRA ET OFFENSIVE ARMEE DU FLN EN FRANCE " Par Abdelkader BousselhamLA CREATION DU GPRA ET OFFENSIVE ARMEE
DU FLN EN France
 
 
Mai 1958 : bilan et perspectives de la guerre de libération nationale par Krim Belkacem et Ouamrane) - La création du GPRA - Le choix du siège – La bataille des reconnaissances du GPRA- Les opérations des commandos FLN en France :  Coup de tonnerre dans le ciel bleu de France - La répression.
 
 
 
Au moment du retour du Général De Gaulle au pouvoir, en mai-juin 1958, un certain nombre d'acquis du FLN, consolidés par quatre années de lutte armée à l'intérieur et par l'action persévérante dela Délégation Extérieureau plan international, ont été brutalement remis en cause.
 
Alors que la veille encore, la situation politique française était gravement détériorée, que l'armée d'Algérie était en état de rébellion ouverte contre son gouvernement, et quela Corseétait occupée par les « paras », il a suffi que le général réponde « présent » à l'appel du 13 mai 1958 de l'Etat major d'Alger et des Pieds Noirs, pour queLa Francerenaisse de ses cendres et retrouve sa place parmi ses alliés. Du coup, l'hostilité et les pressions anglo-américaines – déjà bien timorées - cessèrent et firent place à Washington et à Londres à un vif espoir de renouveau français.
 
Ainsi, le seul fait que De Gaulle ait accepté de servir de nouveau son pays et d'engager son autorité et son prestige de grande figure historique française de la deuxième guerre mondiale, mit un terme à  l'isolement qui menaçaitla Franceau plan international ainsi et aux condamnations de son action en Algérie. Progressivement une nouvelle présence française rassurante et crédible aux yeux des occidentaux vit le jour sur la scène internationale.
 
 
Même en Tunisie, la veille encore au bord de la guerre avecla France, et au Maroc, pris littéralement de panique à la suite des menaces d'exercice du droit de poursuite des généraux d'Alger, on se reprit à espérer en des lendemains moins orageux avecla France. DeGaulle comprit très vite cette attente de Tunis et de Rabat et sans plus tarder, entreprit d'apurer plusieurs contentieux qui opposaientla Franceà ces deux pays concernant notamment la présence militaire française et la fermeture des consulats français dans les zones frontalières ou, ce qui concernela Tunisie, l'expulsion de résidents français. Très opportunément, De Gaulle en profita pour rouvrir les dossiers de la coopération économique et financière avec les deux pays et, en dépit des difficultés de la trésorerie française, promit à l'un et à l'autre la reprise de l'aide financière, suspendue par le gouvernement Félix Gaillard.
 
Il n'en fallait pas davantage pour enhardir le Président Bourguiba au point qu'il entreprit, nous l'avons vu[1], de paralyser les activités de l'ALN aux frontières et d'interdire les moindres déplacements des djounoud à l'intérieur. Les signaux encourageants qu'il reçut aussitôt de Paris le conduisirent, quelque temps après - nous l'avons vu également - à conclure définitivement l'accord concernant l'évacuation du pétrole algérien d'Edgelé et à se rendre à Rambouillet réclamer à De Gaulle sa part du gâteau du Sahara algérien.
 
On sait que le FLN prit très sérieusement en considération ce revirement du Président Habib Bourguiba et mit à l'étude certaines mesures à entreprendre contre le régime tunisien. Toutes les hypothèses ont été étudiées y compris le recours à des moyens énergiques contre Bourguiba et son équipe.
 
Quant au royaume chérifien et à son gouvernement istiqlalien, nous avons déjà évoqué les difficultés de l'ALN à Figuig et tout le long de la frontière méridionale, ainsi que le drame des réfugiés algériens, souvent contraints de choisir entre le retour en Algérie, revivre l'enfer et les horreurs de la guerre, et les brimades des autorités marocaines.
 
Ces difficultés créées par les officiels tunisiens et marocains ont d'ailleurs provoqué une vive réaction de la part de nombreux dirigeants du FLN. C'est ainsi que Omar Ouamrane, alors en charge de la logistique extérieure, apostrophant vivement ses collègues du CCE, leur dit  notamment [2]:
 
« L'ALN subit actuellement de très lourdes pertes. Plus de 600 djounoud sont tombés au champ d'honneur dans la région de Duvier (Bouchgouf) en deux mois.... De plus, l'acheminement des armes et des munitions est devenu très difficile à cause du bouclage de la frontière ».
 
S'agissant de l'extérieur, Ouamrane, plus incisif encore, déclarait :
 
« L'impression est que, une fois le moment passé, le vent d'admiration pour la jeune révolution algérienne, d'indignation pour les massacres et tortures perpétrés en Algérie, l'intérêt pour la cause algérienne s'est refroidi ».
 
Ouamrane ne se contenta pas, au cours de cette apostrophe du CCE, de critiquer l'immobilisme du leadership du FLN depuis le congrès dela Soumammais il dénonça également sévèrement le comportement des Marocains et des Tunisiens, à l'égard des combattants algériens, depuis le retour de De Gaulle au pouvoir.
 
 
  «De frère et partenaire égal, dit-il, les gouvernements marocain et tunisien ont fait de nous un mineur ou un incapable. A tel point que Ben Barka estime qu'ils doivent devenir le porte-parole du FLN et assumer pou lui l'action politique »[3]
 
En définitive, ajoute Ouamrane, nous avons servi d'épouvantail, d'instrument de chantage à l'égard de la France. Notre lutte a abouti à l'indépendance des deux pays frères, notre carence politique la consolide à notre détriment, car pour l'heure, les gouvernements du Maroc et de la Tunisie s'ingénient à nous faire patienter ».
 
Ouamrane n'a guère été plus indulgent à l'égard du monde arabe. Certes il reconnaît volontiers l'aide matérielle et morale du Machrek. « Mais il n'en demeure pas moins, dit-il, que son action en rangs dispersés n'a pas été efficace et n'a pas dépassé les résolutions nègres-blancs ».
 
Bien plus préoccupant à ses yeux étaient le retour de De Gaulle au pouvoir et ses conséquences positives pour la Franceau triple plan psychologique, militaire et diplomatique. Très lucide, Ouamrane estime à ce sujet[4] :
 
« Si notre insurrection a d'abord surpris la France, si notre dynamisme des premiers temps a ébranlé le dispositif politique et militaire adverse, le colonialisme a fini par se ressaisir dès qu'il nous a vu marquer le pas. L'ennemi a réussi à stabiliser la situation et à nous porter des coups terribles sur le plan militaire, politique, diplomatique.
 
 
L'avènement du général De Gaulle renforce considérablement la puissance de l'ennemi.
 
Sur le plan moral, la France découragée, divisée se ressaisit, reprend confiance en sa grandeur et espère en la victoire.
 
Sur le plan militaire, le corps expéditionnaire reprend foi et confiance, trouve un regain d'esprit offensif et ne manque pas dorénavant de recevoir tous les moyens dont il aura besoin.
 
Enfin sur le plan diplomatique, De Gaulle, capable de grandes initiatives, risque, si ce n'est pas déjà fait, de nous barrer définitivement la voie occidentale et de neutraliser le bloc oriental. Il a déjà réussi à nous couper partiellement de nos propres frères (Maroc et Tunisie) ».
 
Bilan et perspectives par Krim Belkacem :
 
Quelques semaines plus tard, plus précisément le 5 août 1958, Krim Belkacem procédait, au sein du CCE, à une analyse approfondie des difficultés que l'Algérie combattante avait à affronter désormais, du fait du retour au pouvoir du Général De Gaulle et de la mise en ½uvre de ses projets concernant l'Algérie.
 
Quoique cette analyse de Krim n'apporte rien de particulièrement nouveau sur les maux et les périls précédemment évoqués par Ouamrane le 8 juillet ou par Ferhat Abbes le 29 du même mois, deux remarques  de Krim sont à retenir. La première concerne les graves responsabilités des Etats Unis dans « les maux et les souffrances indescriptibles endurés par le peuple algérien ». La seconde se rapporte au recours, le plus tôt possible, à l'aide de l'URSS.
 
Au sujet de la politique des Etats Unis et de leur responsabilité dans l'aggravation de la guerre d'Algérie, Krim Belkacem, sans ambages, dénonce énergiquement les Etats Unis:
 
« L'Amérique est responsable au deuxième échelon des maux et des souffrances indescriptibles endurées par le peuple algérien.
Nos ruines qui fument encore, nos forêts incendiées, nos biens nationaux détruits, tant de morts, d'infirmes, tant de pauvres algériens vivant dans les montagnes et les grottes, voilà un bref aperçu du résultat d'une aide américaine puissante aux Français. 80% de nos pertes, dans tous les domaines, dont dues à l'utilisation des matériels dot la marque est « USA ». Matériellement et moralement, l'Amérique a accordé à la France toute l'aide sollicitée. La gravité de tous ces faits
est à considérer sérieusement pour la suite de la lutte. La conduite des USA envers le peuple algérien est ignoble.
 
« D'autres pays de l'Occident ont aidé la France par divers moyens. Cette aide s'est limitée aux prêts d'argent (Allemagne de l'Ouest), ou à un concours matériel moindre (Belgique). »[5]
 
Pour ce qui est du recours à l'Union Soviétique, en vue de donner à l'ALN les moyens de se battre efficacement et de remporter la victoire, Krim Belkacem, est d'avis que « le réalisme commande de jouer gagnant et d'utiliser toutes les chances... tout en faisant les réserves voulues et en ne prenant aucun engagement susceptible de porter atteinte à la cause pour laquelle on se bat ».[6]
 
Ainsi pour Krim Belkacem, comme d'ailleurs pour la majorité des militants et des responsables du CCE, il était temps de demander à l'Union Soviétique une aide matérielle conséquente ; mais, insiste-t-il, « sans engagement ni hypothèque sur l'avenir ».
 
Plus concret et plus réaliste encore, Krim ajoute[7]
 
« Un trait important domine la question, quand elle est vue sous l'angle du moudjahed, qui, dans nos montagnes, combat durement le colonialiste et voit de ses yeux souffrir lamentablement le peuple algérien ; le témoin visuel, lui, en effet, raisonne plus simplement, avec logique et de manière implacable. Son souci est d'améliorer l'état des choses qu'il voit, le but étant définitivement précisé.
 
« Si, avec des armes russes, nos unités peuvent avoir la possibilité d'emporter plus vite la décision et de réaliser ainsi tant d'économies, en vies humaines, on voit facilement combien nos unités applaudiraient à une telle réalisation que d'aucuns, sans être attirés par l'idéologie communiste, ni prêts à oublier qu'avant tout, ils ont accepté de combattre pour donner son indépendance à la patrie.
 
Le réalisme commande de jouer gagnant et d'utiliser toutes les chances. Pour cela, tous les procédés peuvent, à priori, être considérés comme bons. Il convient, cependant, de faire les réserves voulues en ne
prenant aucun engagement susceptible de porter atteinte à la cause pour laquelle on se bat. Il faut un cadre précis. »[8]
 
La création du GPRA
 
L'Exécutif provisoire de l'Algérie Combattante devait être créé depuis longtemps. Tous les hauts responsables étaient d'accord pour le faire ; mais chaque fois, une nouvelle difficulté surgissait.
 
Le résultat en fut que l'idée d'un GPRA, lancée dès 1956, par Hocine Aït Ahmed, alors représentant du FLN à New York, ensuite en 1958 par Ben Bella, de la prison de Fresnes où il était détenu depuis octobre 1956, mit prés de quatre années pour se concrétiser officiellement.
 
Pourquoi cette longue attente ? Et pourquoi cette décision de créer le GPRA, latente depuis des années, ne se concrétisa que le 19 septembre 1958 ?
 
La réponse est à chercher autant dans les rivalités, somme toute bien compréhensibles, au sein du CCE, que dans les préoccupations de nombreux pays frères et alliés, soucieux d'éviter de nouveaux conflits avec De Gaulle, à propos de la reconnaissance de ce jeune gouvernement provisoire de l'Algérie. Les réserves de chefs d'Etat amis étaient en effet nombreuses. Aussi surprenantes fussent elles, le CCE ne pouvait les ignorer, parce qu'elles émanaient de frères et d'amis qu'il ne pouvait contrarier gravement. Tito, Nehru, Nasser et même le Président Habib Bourguiba et Mohamed V n'étaient pas favorables à la création du GPRA, singulièrement, après le retour de De Gaulle au pouvoir à Paris.
 
Le choix du siège du GPRA
 
Le problème du choix du siège de ce gouvernement provisoire ne fut pas facile à trancher. Fallait-il rester au Caire, alors que les relations avec le Raïs et ses services ne cessaient de se détériorer à la suite des tentatives égyptiennes d'éliminer presque toute l'équipe qui dirigeait l'Algérie combattante à ce moment là pour la remplacer par une équipe  plus souple et plus docile.
 
Fallait-il accepter l'hospitalité de Bagdad où le général Kassem venait de prendre le pouvoir (juillet 1958), de Damas où régnait, depuis toujours, une affection chaleureuse et fraternelle à l'égard de l'Algérie et des Algériens, de Rabat où une colonie algérienne et des frères de combat marocains, très nombreux, militaient activement pour l'indépendance, celle de Tripoli, capitale fraternelle depuis le début de la guerre, ou celle de Tunis, enfin, où Bourguiba, en dépit de son caractère exécrable et de sa prétention à l'excellence en politique et en diplomatie, restait quand même utilement fréquentable ?
 
En vérité chacune de ces capitales avait ses avantages et ses inconvénients pour abriter le GPRA. Finalement le choix s'est porté sur Tunis. A cause de la proximité des maquis de l'ALN de l'autre côté de la frontière, de la présence de l'Etat Major à Ghardimaou et des facilités qu'offrait Tunis pour les contacts avec le monde extérieur et notamment avec les amis de la plume et de la pellicule qu'étaient les journalistes étrangers accrédités à Tunis et les envoyés spéciaux qui y venaient de partout, le choix s'est porté sur Tunis.
 
Le GPRA ne le regretta pas. En accordant à Bourguiba la primeur de l'annonce de la création du GPRA et en lui demandant l'hospitalité, il réussit momentanément à réduire la force de nuisance du Combattant Suprême, et à calmer son éternelle insatisfaction.
 
En effet, très habilement, Krim et Mohamed Chérif, firent croire le 18 septembre 1958 au Président Bourguiba à Tunis qu'il était le premier chef d'Etat (du monde entier) à être informé de la décision prise la veille au Caire. Bien évidemment, il en fut flatté. Mais la satisfaction de son orgueil ne l'empêcha pas de critiquer vivement la décision « des frères algériens » et de la trouver maladroite et précoce.
 
Finalement, il accepta de reconnaître le GPRA et de lui accorder l'hospitalité. En vérité le choix de Tunis par le GPRA était devenu irréversible après l'entrevue de Mahmoud Cherif et Tewfik El Madani avec Fethi Dib, le chef des services des moukhabarat en charge de la guerre d'Algérie, au lendemain de la proclamation du gouvernement provisoire.
 
L'entrevue a été si désagréable et les réflexions de Fethi Dib si insolentes que les deux personnalités algériennes décidèrent de quitter le Caire le jour même. Le Président Nasser, c'était clair, n'était pas d'accord pour cette proclamation du GPRA et refusait de recevoir les deux personnalités algériennes chargées de la lui annoncer.
 
 
« Jamais ce GPRA n'aurait dû être proclamé, leur dit Fethi Dib, ou si vous teniez à créer un gouvernement, il ne devait comporter que vos frères emprisonnés à la Santé. »
« ... Je vais essayer quand même de vous ménager une entrevue avec un membre du gouvernement dans les quarante huit heure.
 
(Mais avec le Président, il n'en était même pas question) »[9].
 
La bataille des reconnaissances du GPRA
 
La reconnaissance dela Tunisiefut la seconde enregistrée par l'Algérie combattante : la première avait été celle de l'Irak, la veille, au Caire. En effet, c'est à la fin de la cérémonie de proclamation du GPRA au Caire, le 18 septembre 1958, que l'ambassadeur d'Irak s'est levé pour demander la parole en vue de faire une déclaration, séance tenante, au nom de son gouvernement.
 
« Au nom du peule irakien, de son gouvernement révolutionnaire et de son commandant en chef le Général Kassem, dit-il, j'ai l'agréable devoir et l'honneur insigne de déclarer ici, immédiatement, que l'Irak reconnaît de jure le Gouvernement Provisoire de la République Algérienne qui vient d'être créé ».
 
Un tonnerre d'applaudissements nourris et quelques larmes furtives d'émotion et de joie saluèrent cette première reconnaissance de jure du GPRA.
 
Bien évidemment, la question de la reconnaissance du GPRA se posa tout de suite pour les diplomates militants de l'Algérie combattante. En fait, tous les responsables de la révolution, où qu'ils fussent, se mobilisèrent pour la réussite de l'opération.
 
Pour mieux exploiter l'effet de surprise et éviter des conciliables inter-arabes susceptibles de retarder les reconnaissances, cinq délégations ministérielles se sont présentées au même moment, compte tenu du décalage horaire, à Damas, Rabat, Bagdad, Riad et Tunis.
 
C'est Abdelhafid Boussouf qui se rendit à Rabat informer le Roi Mohamed V de la décision du CCE de se transformer en GPRA. Un léger flottement agita le Palais et la direction de l'Istiqlal. Boussouf s'impatienta un peu et fit savoir par l'intermédiaire du Dr. Abdelkrim Khatib[10], de Mahdjoubi Ahardane[11] et de Mohamed Khettab[12] qu'il était indispensable que le Royaume chérifien fût un des tout premiers pays frères à procéder à cette reconnaissance, tout retard ne pouvant qu'encourager d'autres pays à tergiverser et à reporter à plus tard leur décision. En plus, évidemment,  de l'exploitation que les Français pouvaient faire de ce retard.
 
Il semble que les arguments et les liens de la fraternité vraie entre patriotes Algériens et Marocains aient eu raison, très rapidement, des hésitations royales : le soir même, la radio marocaine annonçait, en ouverture de son bulletin d'information, après un Min Djibalina bouleversant, la reconnaissance du GPRA par le gouvernement de sa Majesté le roi du Maroc.
 
On peut imaginer le soupir de soulagement dans tous les foyers algériens du Maroc, et la fierté de leurs frères marocains de voir que leur gouvernement ait été un des premiers pays arabes à procéder à cette reconnaissance. On peut également imaginer la joie de tous les Algériens du Maroc d'avoir enfin un gouvernement, fût-il provisoire, et de ne plus être les éternels orphelins du Maghreb.
 
Cette décision courageuse de Mohamed V, à la veille d'initiatives importantes de De Gaulle concernant l'Algérie, doit être soulignée.
 
Un autre geste spectaculaire de solidarité fraternelle avec l'Algérie combattante à la même époque fut celle de Sekou Touré, le Président de la Guinée révolutionnaire qui prit le risque de dire « non » au référendum « d'autodétermination » de l'Afrique et de se détacher avec fracas dela France, au risque de provoquer des représailles de la part de De Gaulle au plan diplomatique (isolement au plan africain et opposition à l'admission dela Guinée aux Nations Unies) et au plan économique (arrêt de l'aide et retrait des investisseurs français).  
 
De toutes façons, et qu'elles qu'ait pu être la réaction des proches et des amis de l'Algérie combattante ou celle dela Francegaullienne et de ses alliés, il est incontestable que la création du GPRA fut un événement majeur dans l'histoire de la guerre d'indépendance de l'Algérie. Aucun gouvernement étranger concerné ou intéressé ne pouvait ignorer désormais ce pas en avant des combattants algériens. Même à terme, De Gaulle sera contraint de reconnaître l'exécutif provisoire algérien et de traiter avec lui.
 
En ce qui concerne les émigrés et les réfugiés algériens à l'étranger, la création du GPRA a provoqué un choc salutaire et a contribué à relever le moral du peuple algérien, passablement inquiet depuis le retour de De Gaulle. Tant qu'il est vrai que la répression, les opérations de pacification de plus en plus sanglantes, l'enfermement des populations rurales dans les camps de concentration, les barrages électrifiés le long des frontières algériennes avecla Tunisieet le Maroc, et enfin, le 13 mai 1958 et le retour du Général au pouvoir, à l'appel des Pieds Noirs et de l'armée d'Afrique en Algérie avaient considérablement accru cette inquiétude.
 
Il fallait absolument provoquer un choc psychologique et donner un nouveau départ à la guerre d'indépendance nationale. La création du GPRA procédait de cette optique. Elle avait en outre le mérite d'offrir àla France, à ses alliés ainsi qu'à nos frères et à nos nombreux soutiens à travers le monde, un interlocuteur reconnu par de nombreux pays, compétent et habilité à traiter avecla France.
 
La secousse sismique des commandos FLN en France
 
Trois semaines avant la proclamation de la création du GPRA, une secousse sismique provoquée par des commandos du FLN avait secoué toutela France. Onsait que le CCE, avant de se transformer en gouvernement provisoire avait décidé, au début du mois d'août, d'ouvrir un front en territoire français L'intervention véhémente du colonel Ouamrane devant le CCE, en faveur de cette action a été déjà évoquée). Son insistance, en juillet 1958, sur cette question et sur la nécessité de lancer des opérations militaires en France indique que le colonel ignorait apparemment que cette offensive militaire en territoire français était en préparation depuis plusieurs mois et qu'elle était sur le point de commencer. En effet, depuis pratiquement la fin de la bataille d'Alger (1957), le FLN et plus précisément Boussouf, Ben Tobbal, Krim et Boumediène, préparaient activement contrela France, chez elle, dans l'hexagone. Le but de cette offensive était double : porter des coups sévères en vue de perturber gravement l'économie et la machine de guerre françaises et montrer au peuple algérien, à nos amis et alliés ainsi qu'àla Franceet les siens, que le FLN était en mesure de lutter les armes à la main, et, longtemps encore, en Algérie et ailleurs, jusqu'à ce que la mort du colonialisme français s'en suive.
 
Préparation et mise en ½uvre
 
Pour succéder à Louanchi et à Labjaoui arrêtés par la police française en août 1956, Abbane a désigné Omar Boudaoud, un ancien militant de l'OS, connu à l'époque déjà, pour ses dons d'organisateur et ses aptitudes au commandement. Une des missions les plus importantes que Omar Boudaoud avait à remplir, était de créer en France un climat d'insécurité telle que le gouvernement français serait obligé de maintenir en France une partie des forces françaises, ce qui allègerait d'autant le dispositif de guerre que l'ALN subissait en Algérie.
 
 
Début 1957, Omar Boudaoud reçut Saïd Bouaziz en renfort. C'est le colonel Sadek, à l'époque chef de la wilaya IV, qui avait choisi et muté auprès de la Fédération France ce militant des missions difficiles. Et c'est ainsi qu'avec l'aide de Saïd Bouaziz et celle des membres du Comité fédéral qui avaient échappé aux arrestations, Boudaoud entreprit de créer une organisation spéciale (OS), calquée sur la fameuse OS du PPA-MTLD des années 1950, dont il avait été alors un des dirigeants, en Kabylie.
 
Une des premières tâches de Saïd Bouaziz, nommé rapidement coordinateur de l'opération, fut de choisir les militants susceptibles d'en faire partie. Etant donné l'importance de la mission que devait remplir l'OS, il fallait que ces éléments répondent à des exigences rigoureuses, notamment en matière d'engagement, de discrétion, d'aptitude physique et de maîtrise de la langue française (sans accent) et de connaissances géographiques, et politiques concernantla France. Le type physique européen était également exigé.
 
Mais il ne suffisait pas de recruter, il fallait également former ces jeunes militants et les préparer à leur mission.
 
Omar  Boudaoud connaissait les camps d'entraînement que le FLN et la wilaya V avaient à Khemissat et à Larache au Maroc. Dès l'automne 1957, d'accord avec les responsables concernés au Maroc[13] « Un petit groupe d'une quinzaine d'éléments franchit clandestinement les Pyrénées et rejoint le Maroc où il subit un entraînement intensif de six mois avant de retourner en France par la filière espagnole, encore praticable à ce moment »[14].
 
A noter que ce premier groupe de stagiaires était accompagné, lors de son retour en France par trois artificiers détachés auprès de la Fédérationde France par la wilaya V. Il s'agissait de Chaïb Maroc, Mohamed Ouznani et Abderrahmane Skali. Ces trois officiers artificiers joueront un rôle déterminant dans le succès des opérations du 25 août 1958.
 
Trois autres groupes de commandos stagiaires se succèderont ensuite à Larache et Khemissat. Et ce n'est que le 25 juillet, au terme d'une conférence d'une semaine entière, près de Cologne (Allemagne Fédérale) que la date définitive du déclenchement des opérations a été arrêtée par le comité fédéral dela FDF, sousla Présidencede Omar Boudaoud.
 
Les risques de l'OS en France
 
Mais il ne suffisait pas de préparer les hommes et les équipements. Il fallait également définir la stratégie de l'offensive, préparer l'opinion publique algérienne et arrêter les limites de l'opération à ne pas dépasser. Il fallait également organiser la collecte du renseignement concernant l'appareil répressif de l'ennemi en France, ses hommes, ses moyens et ses méthodes, parce qu'une guerre révolutionnaire en pays ennemi sans informations extrêmement précises  sur ses possibilités de défense et de représailles n'est, comme dirait Ali Haroun, qu'une « empoignade d'aveugles dans un tunnel ».
 
C'est pour éviter cette empoignade d'aveugles quela Fédérationde France du FLN s'était attelée depuis des mois, à un immense travail de collecte et d'organisation de ses services d'appui et d'information.
 
Trois secteurs ont été tout particulièrement investis : la police, l'armée et les PTT.
 
A cet effet, tous les policiers algériens exerçant en France ont été enrôlés dans un immense réseau FLN chargé de collecter les informations sur les policiers français chargés de la lutte anti-FLN.
 
Avec la même rigueur, les officiers de l'armée française d'origine algérienne ont été organisés et devaient prendre en charge l'information militaire, un domaine très vaste qui englobait les sites militaires ciblés ainsi que des renseignements sur les unités ennemies susceptibles d'intervenir.
 
Non moins important fut l'établissement des pièces d'identité et l'organisation du transport des commandos le jour J. Pour les cartes d'identité professionnelles, les fiches de paie et les tenues de travail, la contribution des Agents des PTT, résidant en France d'origine algérienne fut déterminante.
 
Et c'et ainsi que dès vingt deux heures, le 25 août 1958, tous les éléments de l'OS désignés pour l'ouverture des hostilités en territoire français étaient fin prêts pour se lancer à l'assaut des sites qui leur avaient été affectés et qu'ils avaient visités incognito, à plusieurs reprises, pour en évaluer les points faibles et les difficultés.
 
Coup de tonnerre dans le ciel bleu de France
 
Comme convenu, à minuit, le 25 août 1958, un coup de tonnerre algérien secouela Franceentière. Les flammes des réserves de pétrole de Mourpiane et d'ailleurs montent  dans le ciel, tandis que les détonations des bombes dans les usines stratégiques réveillent en sursaut les Français, stupéfaits et ne croyant ni leurs oreilles ni leurs yeux.
 
Fidèle à son engagement auprès de ses militants et de sa hiérarchie, l'Organisation Spéciale de la Fédérationde France du FLN a réussi durant près de cinq semaines (25 août – 28 septembre 1958) à détruire la majorité des dépôts de pétrole et des raffineries de France et (de Navarre) aux quatre points cardinaux de l'Hexagone ainsi qu'au centre du pays. Selon les sources françaises, 181 objectifs économiques ont été atteints et 56 sabotages ont été effectués avec succès[15].
 
En réalité, les dégâts subis par l'économie stratégique et les infrastructures françaises furent bien plus lourds et bien plus impressionnants. Des usines militaires, des aérodromes et même des bateaux servant au transport des troupes françaises vers l'Algérie ont été touchés.
 
A propos des opérations contre les unités de la marine marchande française opérant à partir de Marseille et de Bordeaux, il importe de noter que Boussouf avait entrepris, dès 1956, de former en Egypte (Alexandrie) une cinquantaine d'hommes-grenouilles sélectionnés au sein de la jeunesse algérienne du Maroc.
 
Ce sont ces hommes qui ont aidé l'OS de la Fédérationde France, à saboter, en rade de Toulon les cuirassés Jean Bart, l'escorteur Bauvet et le sous marins Dauphin ainsi que le paquebot « Président de Cazalet », au large, quelque part, en mer, entre Marseille et Annaba, le 5 septembre 1958.                                      
 
Toutes ces opérations n'ont pas réussi à 100%. Mais toutes ont littéralement secouéla Franceet contraint une grande partie du peuple de France, jusque là « non concerné » par la guerre de l'Algérie à ouvrir enfin les yeux sur la guerre effroyable que subissaient les Algériens chez eux.
 
Dans une déclaration datée du 31 août, le CCE explique clairement les buts stratégiques de l'offensive du FLN dans l'Hexagone.
 
« La première offensive des commandos algériens s'est fixé un objectif essentiellement pétrolier pour une double raison :
1)    Frapper les réserves de carburant (...) ;
2)    porter sur le territoire français la guerre que (...) l'ALN mène en Algérie. Il y a un an, le FLN avait promis de détruire le pétrole saharien en France même. Il a tenu sa promesse. Il réaffirme sa volonté de rendre infructueux tous investissements tendant à l'exploitation des richesses de l'Algérie, y compris au Sahara ».[16]
 
On devine aisément, à la lecture de ce document du CCE, les destinations de l'avertissement, c'est à dire les investisseurs étrangers et les compagnies pétrolières. Pour être plus clair encore, le communiqué ajoute :
 
« Toute participation étrangère, sous forme d'investissements de capitaux ou d'autres moyens, ne peut-être considérée par le FLN que comme un acte d'hostilité vis-à-vis de l'Algérie combattante. A l'égard du peuple français, le CCE appuie la déclaration de la fédération de France du FLN en soulignant « le caractère strictement stratégique de notre combat. Le choix des objectifs et des méthodes démontre notre désir d'épargner les populations civiles. Si des atteintes à ces populations se produisent, elles n'auront pas été voulues, les nécessités de notre lutte sont impératives ». Le paragraphe final s'adresse aux « moudjahine des commandos et aux patriotes de la colonie algérienne en France (...), « combattez farouchement l'ennemi en épargnant ceux qui sont sans défense, leur recommande le CCE. Vous savez mourir en respectant les femmes et les enfants. C'est cet idéal qui est le gage de notre victoire ».
 
La répression
 
Une répression féroce s'abattit aussitôt sur la communauté algérienne. Des rafles montres succèdent à chaque attenta. Des centaines d'Algériens sont ainsi conduits dans les centres de triage, tels le Vélodrome d'hiver de sinistre mémoire, le gymnase, la salle Japy et l'hôpital Banjon. On les harangue (en arabe et en français) et pendant des heures entières, on essaye de les dresser contre les FLN. En vain, le 26 août, on les invite à crier « Vive la France ».
 
 « Vive le FLN ! Vive la République algérienne », répondent-ils en ch½ur.
 
Aussitôt, les coups s'abattent sur les malheureux. Cinq morts ont été comptés, sur le champ, à la suite de ces sévisses monstrueux. Pis encore, loin de se borner à ces rafles et ces sévisses sur des prisonniers, la rage de la police et de l'appareil répressif français s'est déchaînée littéralement contre les Algériens, où qu'ils fussent.
 
A cet égard, le témoignage écrit d'Ali Haroun, nous éclaire, si besoin est, sur les méthodes employées pour réprimer sauvagement la communauté algérienne en France. Ecoutons le :
 
« La répression ne s'est pas occupée seulement de ramasser tous les teints basanés. Améliorant son travail, appliquant, « l'interrogatoire poussé » qui se clôt généralement par la mort de l'interrogé, la DST finit par repérer de nombreux agents de l'OS dans le Midi. Les treize membres du premier commando du camp de Larache sont à leur tour appréhendés. Ce coup dur et les verdicts sévères qui s'ensuivirent, (les treize furent condamnés à la peine capitale), ne découragèrent pour autant ni les militants, nombreux à se porter volontaires pour entrer dans les rangs de la « Spéciale »,  ni à fortiori l'Etat Major qui se devait d'être digne du comportement de ses hommes.
A l'affût de toute rumeur selon laquelle, au sein du Front, une sourde hostilité opposerait les « intransigeants jusqu'au boutistes » de la guerre, au politiques, partisans du compromis avec De Gaulle, les durs et les mous, comme les caramels, ironisera plus tard Boussouf, la presse vient de se constituer le 18 septembre ». [17]
 
Bien plus tard, plus exactement 14 ans après ces tristes événements, Albert Paul Lentin décrivant ces actions de l'OS, écrit:
 
« L'opération capitale est cependant celle qui est dirigée contre le plus grand dépôt de stockage de carburant du sud-est de la France, celui de Mourepiane, dans la banlieue nord de Marseille, non loin du port. Là, l'attaque est précédée par une man½uvre de diversion. Des Algériens allument, à 21 heures, plusieurs foyers d'incendie dans les forêts de l'Estérel de manière que plusieurs équipes de pompiers chargées de combattre le sinistre s'éloignent de Marseille. A 13h15, l'explosion fait sauter les deux réservoirs et secoue tout le quartier de l'Estaque. Un incendie qui éclaire tout le ciel de Marseille ravage sept des quatorze bacs. Nouvelle explosion à 8h45 après que l'on eut fait évacuer en toute hâte les habitants des quartiers en danger, puis le soir, à 20h20, formidable explosion qui détruit toutes les installations qui avaient jusque-là échappé aux destructions. »
 
« Un pompier – Jean Péri – est tué. Il y a dix neuf blessés, parmi lesquels le maire de Marseille, Gaston Defferre, qui s'était rendu sur les lieux et qui a été touché à un pied. Le feu brûle encore à Mourepiane pendant dix jours... 16 000 mètres cubes de carburant ont été détruits. »

[1] « Le FLN, l'ALN et Bourguiba » (Chapitre IV)

[2] Mohamed Harbi « Archives de la Révolution Algérienne », Réunion du CCE en date du 8 juillet 1958, p. 190.

[3] le regretté Mehdi Ben Berka a même rencontré le Ministre Résident Delouvrier à Paris, à cet effet, quelques mois tard.

[4] Les archives dela Révolution algérienne, p.190.

[5] Les archives dela Révolution algérienne, p. 206

[6] op. cite, p.207.

[7] Voir Chapitre VIII.

[8] Op. cite, p.207.

[9] Yves Courrière, « L'heure des Cololnels », p.327, Editions Rahma, Alger.

[10] Le Dr. Abdelkrim Khati: Un authentique maghrébin d'oriigine algérienne.

[11] Mahjoub Ahardane: à l'époque, gouverneur de Rabat, un des leaders berbères modérés.

[12] Mohamed Khettab: important propriétaire terrier algérien. Originaire de Constantine et installé au Maroc de longue date. Proche du Palais.

[13] « La VII wilaya » , Ali Haroun, p.88,éditions Rahma,Alger,1992

[14] Voir, Chapitre XI : « Les pays occidentaux et la guerre d'Algérie ».

[15] Plus précis encore, Ali Haroun indique que du 21 août au 27 septembre 1958 « ont été dénombrés 56 sabotages, 242 attaques contre 181 objectifs et que ces opérations ont fait 188 blessés et 82 morts », Ali Haroun : « La VII wilaya », p.111.

[16] Ali Haroun, « La VII wilaya », p.101,102.

[17] Ali Haroun, « La VII wilaya » editions Rahma, P.109.


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#Posté le mardi 15 novembre 2011 03:14

Hamid Bousselham présente " LA STRATEGIE DIPLOMATIQUEDE DE GAULLE EN 1958-1959 " Par Abdelkader Bousselham

 
 
 
Les projets de De.Gaulle pour l'Algérie, en mai 1958 - La visite officielle du Premier Ministre Britannique, Mr Mac Millan  à Paris (fin mai 1958) - La visite officielle de Mr Foster Dulles, Secrétaire d'Etat des Etats Unis à Paris (en juin 1958) - Les protestations officielles françaises contre les activités du FLN aux Etats Unis - Le Joker de De.Gaulle : les succès des essais nucléaires à Reggane - L'Europe carolingienne, l'Eurafrique pour garder l' ''Algérie Française'' - La Communauté Franco-Africaine: un rêve inassouvi de De.Gaulle - Le SOS de De Gaulle à l'Afrique en 1940 - L'ingratitude de De Gaulle après la victoire sur l'Allemagne nazie - L'échec de la communauté franco-africaine et de l'Eurafrique - Le chantage de De.Gaulle, concernant les activités du FLN aux Etats Unis - L'aggravation de la guerre d'Algérie, De Gaulle, le Maroc et la Tunisie - Le retrait de la marine française de l'OTAN.
 
Les projets de De Gaulle pour l'Algérie, en mai 1958
La visite du premier ministre britannique Mr Mac Millan à Paris, le 29 mai 1958
C'est le 29 mai 1958 que De Gaulle révéla pour la première fois             ses intentions concernant l'avenir de l'Algérie à une personnalité étrangère. Et c'est à Mac Millan *, le Premier Ministre britannique, qu'il en réserva la primeur, à l'occasion de la visite officielle que ce dernier effectua à Paris, en mai 1959. Au cours du long exposé fait à son hôte sur l'Algérie, De Gaulle insista sur trois aspects de la question algérienne, tout particulièrement importants à ses yeux :
 
a) ″à la différence du Maroc et de la Tunisie, deux vrais Etats avec lesquels on pouvait traiter, l'Algérie, dit-il à son hôte ; ne s'était jamais rassemblée en un Etat.″
    ″ C'était plutôt un tas de poussière ″, ajouta-t-il.
b) Quant à l'avenir immédiat de ce territoire, ″ la France avait l'intention d'organiser des élections en vue de faire émerger des interlocuteurs capables de parler au nom des Musulmans.
c) Au sujet du statut futur ″.de l'Algérie, De Gaulle affirma    à Mac Millan « qu'aucune formule n'était exclue et que le choix définitif des Algériens pourrait se faire entre l'intégration, la séparation ou un statut de ″dominium″.
 
Mac Millan prit bonne note de ces dispositions de De.Gaulle   concernant l'Algérie et en informa aussitôt ses alliés américains.
 
Toutefois, il appartenait à Soustelle, l'ancien Gouverneur d'Algérie, ce moment là, Ministre de l'Information dans le Cabinet De.Gaulle, d'apporter quelques éclaircissements bien utiles sur les deux possibilités effectives laissées aux Algériens :
 
« Seules deux solutions dit-il quelques jours plus tard, à l'ambassadeur de Grande Bretagne à Paris, sont possibles : l'intégration dans la France ou l'indépendance, c'est à dire la désintégration et l'anarchie. Toutes les autres hypothèses intermédiaires sont à écarter. Elles  conduisent toutes à l'indépendance ».
La visite officielle de M. Foster Dulles, secrétaire d'Etats des Etats Unis à Paris (juin 1958)
Deux semaines après la visite de Mac Millan à Paris, c'était au tour du Secrétaire d'Etat Foster Dulles de s'y rendre. Plusieurs entretiens entre De.Gaulle et son hôte furent organisés à cette occasion. Un déjeuner privé fut consacré uniquement à l'Algérie. Toute la stratégie, les ambitions et les prétentions de la Francegaullienne en Algérie furent examinées au cours de cette rencontre. Sans retenue ni détour, le Général dit à Dulles ce qu'il attendait des Etats Unis (et de la Grande Bretagne) pour le soutenir dans son ½uvre de redressement de la Franceafin qu'elle retrouve sa place parmi ses alliés au sein « d'un directoire * à trois du monde libre » aussi bien que dans l'OTAN, aux côtés des Etats Unis et de la Grande Bretagne*.
 
Les revendications du Général De Gaulle ne se limitèrent pas  à ces deux points. L'arme nucléaire et la nécessité, selon De Gaulle, de faire bénéficierla France, au même titre quela Grande Bretagne, des avancées scientifiques américaines dans ce domaine, fut un autre problème majeur examiné lors de ces entretiens De.Gaulle - Foster Dulles à Paris, le 5 juillet 1958.
Quant à l'Eurafrique, alors encore en gestation, et au rôle de pivot central réservé à l'Algérie dans cet ensemble, ils ne pouvaient se réaliser pleinement, selon le général, que dans la mesure où la prépondérance, voire l'hégémonie dela France sur l'Eurafrique, seraient reconnues par    ses alliés. De toutes façons, ajouta le Premier Ministre Français (De.Gaulle n'était pas encore Président dela République Française à ce moment là),la France ne pouvait se satisfaire désormais du rang et du rôle qui lui étaient réservés. Pour lui permettre de remplir pleinement sa mission dans la direction du monde libre au service de la paix et du progrès, ses alliés devaient lui reconnaître une place prépondérante, aux côtés des deux superpuissances anglo-saxonnes ou pour le moins un statut exæquo, avec celui dont jouissaitla Grande Bretagne auprès des Etats Unis.
 
« Pour commencer à travailler ensemble dans cette direction, ajouta De.Gaulle, Washington et Londres devraient  s'abstenir, en cas de crise internationale,.de prendre des mesures susceptibles d'engager dangereusement le monde libre, sans consulter auparavant la France ».
 
L'intervention anglo-américaine au Liban était, aux yeux du général, l'exemple type d'initiative nécessitant consultation préalable et coordination entre les trois super grands.
 
En ce qui concerne l'Algérie, le général De.Gaulle confirma  à Dulles ce qu'il avait déjà dit à Mac Millan à savoir :
 
« qu'il fallait avancer lentement, étape par étape. Mais il ajouta ce qui était nouveau : il faut prévoir une période d'une dizaine d'années après la " pacification " avant de procéder à la consultation des Algériens sur l'avenir de leur choix.»
Dans la relation de ces entretiens au Président EisenHower, Dulles a noté que de toute évidence pour De.Gaulle, tous les problèmes évoqués tournaient autour de la question algérienne et que toutes ses propositions :
 
" visaient à élargir le champ de responsabilité de l'OTAN  de manière à inclure le Moyen Orient et l'Afrique du Nord dans l'ère géographique de l'organisation " et d'impliquer militairement les Etats Unis, la Grande Bretagne ainsi que les autres Etats membres dans la guerre d'Algérie.
Les protestations officielles françaises contre les activités du FLN aux Etats Unis
Dans les semaines qui suivirent ces deux visites, De.Gaulle (et Debré, son Premier Ministre) harcelèrent littéralement les Américains avec une série de récriminations et de protestations concernant le traitement réservé aux responsables algériens de passage ou séjournant aux Etats Unis.
De.Gaulle et Debré étaient outrés que les associations caritatives américaines aient osé mobiliser une aide humanitaire de 3.300.000 dollars en faveur des réfugiés algériens en Tunisie et  en Maroc, alors que ces réfugiés étaient toujours, selon le gouvernement français, « citoyens français, relevant de la souveraineté Française ». Mais la goutte qui a fait déborder le vase, est due surtout aux facilités accordées au FLN, tant aux Nations Unies qu'auprès de l'opinion publique américaine, pour mener ses campagnes d'information et de mobilisation de l'opinion en faveur du peuple algérien.
 
De.Gaulle a fait dire aux Américains qu'il avait été ''.choqué.'' en apprenant que l'Américan Comittee on Africa avait organisé le 1er.décembre.1958, avec l'appui  de la Fondation Carnegie pour la paix, une réunion sur l'Algérie présidée par Michael James du New York Times, avec la participation du Professeur Hans Kohn du City Collège et de M'hamed Yazid, ministre de l'information du GPRA.
 
Le comble de l'outrage, selon De.Gaulle est que le drapeau algérien a flotté sur le building qui abritait la réunion ce jour là et que le Professeur HANS KOHN ait tenu des propos condamnant tout à la fois la politique anachronique dela France, la répression en Algérie, le déni de justice dont étaient victimes les Algériens et l'aide des Etats Unis et de l'OTAN  àla France, en Algérie.
 
« Après avoir traité les Fellagas des Combattants de la liberté, inspirés par l'exemple même de la France, et prêts, par ailleurs à négocier sans préalables, Kohn fit l'historique des négociations de 1956 que les militaires Français avaient sabotées en enlevant Ben Bella et quatre de ses compagnons, alors qu'avec l'accord du Président du Conseil Français, Guy Mollet, le Maroc et la Tunisie étaient engagés dans  des efforts pour rapprocher les deux parties. Pour finir, Kohn avait condamné l'OTAN pour l'aide militaire qu'elle apportait à la France ainsi que les Etats Unis pour le soutien au colonialisme Français ».
 
Un autre motif d'irritation du gouvernement Français à l'endroit de Washington, était les facilités et le traitement réservés  aux représentants du FLN aux Etats Unis ou en visite au State Department....*. Pourtant Paris tirait grand profit de ces visites et de ces entretiens des représentants du FLN au State Department puisqu'il en  était informé avant et après leur déroulement. De plus, fit valoir le State Department, la tradition de recevoir les représentants des mouvements politiques étrangers était très ancienne aux Etats Unis ; il ne pouvait y déroger sans prendre le risque de provoquer des réactions de l'opinion publique américaine.
 
Cependant, pour mettre un terme à la polémique, le State Department pria Yazid d'espacer ses visites momentanément.
 
En vérité, il était clair, déjà à l'automne 1958, que ce n'était là que des prétextes pour « complexer » davantage les Américains et que le fond du problème demeurait le renforcement du soutien américain à la Franceen Algérie. A noter également que les mêmes démarches françaises de protestation, concernant les activités du FLN ont été entreprises  à la même époque auprès de Londres, de Rome, de Bonn*, de Berne et de Madrid. Elles n'eurent aucun succès, à l'exception de Madrid   où, –.nous l'avons vu.– FRANCO était devenu depuis le retour de De.Gaulle au pouvoir à Paris un partisan enthousiaste de l'action française en algérie.
 
Le Joker Gaullien.:.les succès des essais nucléaires à Reggane
Le 26 mai 1958, en pleine crise gouvernementale à Paris, et pratiquement à la veille de fin de la quatrième république, René Pleven, ministre des Affaires Etrangères chargea l'ambassadeur de France à Washington d'informer le Gouvernement Américain que :
 
".la France avait désormais la capacité de produire des armes nucléaires dans  un avenir proche ".
 
Depuis des années, les Scientifiques et la haute hiérarchie militaire dela Frances'étaient investis, sans l'aide des Etats Unis ni de la Grande Bretagne, ou des Russes, dans la recherche nucléaire. Aux Etats Unis, la loi Mac Mahon interdisait la communication à des pays tiers des informations relevant de la défense nucléaire.La Grande Bretagne, par solidarité avec les Etats Unis, observait la même attitude.
 
Lors de la visite officielle du Secrétaire d'Etat Dulles à Paris,               le 5 juillet 1958, De.Gaulle, – nous l'avons vu – , avait demandé à son hôte l'assistance des scientifiques Américains en vue d'aider leurs collègues Français à développer et à perfectionner le système d'armement nucléaire qu'ils avaient mis au point. Contrairement à l'attente de De.Gaulle, Dulles non seulement  lui répondit sur le champ par une fin de non recevoir, mais en plus, le mit en garde " contre le risque de gaspillage que représentait la création d'une force française de dissuasion indépendante  ".
 
Par contre, Dulles avait ajouté que :
" Les Etats Unis étaient disposés à entraîner des Français à l'emploi des armes nucléaires américaines qu'ils projetaient de mettre à la disposition de leurs alliés, dans le cadre du système « double-clef » ".
 
 L'Europe carolingienne et l'Eurafrique pour garder l' "Algérie Française" : un triple rêve inassouvi de De Gaulle
 
Outre le directoire tripartite du '' monde libre.'', la transformation,  le perfectionnement, l'enrichissement de l'arme nucléaire française, ou les visites de responsables algériens aux Etats Unis, la construction d'un édifice européen dans lequel la France serait  le ''.c½ur et le moteur.'' avec la République Fédérale Allemande comme second, fut un autre domaine privilégié de la politique étrangère de De.Gaulle.
 
Pour atteindre cet objectif, le Général entreprit de conquérir  d'abord l'adhésion et le soutien du Chancelier Adenaur, tout en créant à la Grande Bretagne toutes sortes de difficultés pour l'écarter de l'Europe Occidentale. Il est vrai que l'aide financière considérable accordée à la France par la République Fédérale Allemande - avec la participation substantielle des Etats Unis - juste, à la veille du retour de De Gaulle au pouvoir à Paris, fut, sans aucun doute un investissement politique de premier ordre  sur l'avenir franco-allemand, de la part d'Adenauer *.
 
S'agissant de l'Angleterre, De Gaulle n'eut de cesse de  lui mettre ''les bâtons dans les roues'' en vue, de l'écarter de tout projet, quel qu'il fût, concernant le regroupement des pays européens occidentaux. A cet effet, il sabota les négociations, alors en cours, entrela Grande Bretagne et la naissante CCE. Par la suite, il imposa aux Anglais deux conditions draconiennes à leur adhésion éventuelle àla Confédération des Etats Européens qu'il s'efforçait de mettre son pied : des obligations douanières et une politique agricole commune, au même titre et sur un pied de stricte égalité, avec les autres Etats membres.
 
A dessein, De.Gaulle posa deux autres conditions. En apparence, toutes deux étaient également contraignantes pour tous les pays membres ; en vérité, elles étaient bien plus insupportables pourla Grande Bretagneque pourla Hollandeoula Belgiquepar exemple. Il s'agit d'une part de la structure Confédérale de l'édifice et d'autre part, de la renonciation à la supranationalité des Etats membres.
 
Or Londres avait absolument besoin, -De Gaulle le savait bien-,            de réaliser ses projets d'association entre le Marché Commun et l' A.E.L.E (l'association européenne de libre échange) afin d'éviter qu'un bloc continental européen, fermé aux produits anglais, fût constitué. Cette crainte d'une Europe coupée en deux, contraignit la Grande Bretagneà une gymnastique diplomatique ardue. « Nous dépendons d'une manière, on ne peut plus désagréable de la France » est une constatation que répétaient de nombreux diplomates anglais à cette époque.
 
En fait le Gouvernement Britannique était écartelé entre ses intérêts nationaux (le libre commerce avec le reste de l'Europe) et sa solidarité avec les Américains qui ne voulaient rien céder à De Gaulle tant sur le directoire tripartite du ''monde libre'' que sur l'arme nucléaire. Très fermement, Dulles mit en garde Mac Millan contre «.tout arrangement avec les Français, et contre tout accord sur le Commerce européen, en échange d'un soutien anglais à la France sur le tripartisme » *.
De Gaulle et l'Afrique
Le SOS de De Gaulle à l'Afrique en 1940
 
Le rêve africain de De.Gaulle a connu ses tout premiers débuts, dix huit ans plus tôt (1940), quand, en tant que Chef de la « France libre », il s'est tourné vers l'empire, et tout particulièrement vers le continent noir pour constituer, avec des recrues indigènes et des partisans français échappés de la ''métropole'', un embryon d'armée de libération nationale que les Américains équiperont et organiseront, après leur débarquement en novembre 1942 sur les côtes algériennes et marocaines.
 
En fait, c'est en grande partie grâce au continent noir et, quelques mois plus tard, aux volontaires et aux '' rappelés '' des trois pays d'Afrique du Nord, que De Gaulle a pu revendiquer et obtenir un statut d'allié à part entière aux côtés des Américains, des Anglais et des Soviétiques. Sans les indigènes Africains, les forces dela Francelibre réduits aux quelques bataillons de Pieds Noirs ou de Français venus de l'Hexagone, lui auraient donné droit tout au plus à un statut équivalent à celui des Hollandais ou des Polonais de Londres. En tout cas, et lui même le reconnaît, sans les Africains, jamais les Alliés ne lui auraient reconnu le statut de quatrième puissance mondiale dans le conflit contre les trois pays de l'axe (Allemagne, Italie et Japon).
 
Cette remarque est d'autant plus nécessaire qu'en Afrique du Nord, la reconnaissance de De.Gaulle en tant que Chef du Gouvernement Provisoire dela République Françaisepar les Pieds noirs, les colons, les fonctionnaires et les militaires français n'a pas été aisée ; ils étaient en très grande majorité en faveur de la coexistence pacifique avec l'Allemagne d'Hitler et de ce fait soutenaient le Maréchal Pétain et le Gouvernement de Vichy, plutôt que De Gaulle etla Francelibre » réfugiés à Londres.
 
De nature xénophobes et racistes, les Pieds noirs d'Algérie, du Maroc et dela Tunisie, adoptèrent, allègrement, les thèses fascistes et racistes des nouveaux maîtres dela Franceoccupée. A cet effet, ils appliquèrent, sans état d'âme ni regret, les édits d'exclusion des Israélites d'Algérie dela Communauté Françaiseet les destituèrent du statut de Citoyens Français à part entière qui leur avait octroyé le décret CREMIEUX en 1872.
 
Au Maroc par contre, le Sultan s'était opposé fermement – et avec succès – à l'application de ces édits d'exclusion que la Résidence Généralede Rabat voulait étendre aux Israélites marocains. Les Juifs du monde entier s'en souviennent jusqu'à présent. Moncef Bey à Tunis apposera la même résistance et paya de son trône, son opposition au Corps expéditionnaire allemand du Maréchal Rommel en Tunisie.
L'ingratitude de De Gaulle et de la France libérée
Quoi qu'il eu fût, ce sont les ''indigènes'' d'Afrique du Nord, de l'Afrique subsaharienne et de Madagascar qui fournirent le gros des bataillons de tirailleurs algériens, tunisiens et des tabors marocains de la ''France libre''. L'épopée guerrière de cette libération dela Francepar ''ses sujets'' de l'Empire, accourus de toutes parts pour la délivrer, gagnerait à être mieux connue, d'autant plus qu'une chape de plomb sur les pertes et les sacrifices de ces soldats ainsi que sur les traitements odieux dont ils furent victimes, de la part du Commandement français, tout au long des campagnes meurtrières d'Italie (Cassino), de France (Ardennes) et d'Allemagne (forêt noire), sont peu connus et toujours insuffisamment reconnus.
 
D'ailleurs ce sont ces traitements racistes et l'ingratitude  du Commandement et du Gouvernement Français à l'endroit de ces '' Combattants indigènes de la liberté '' qui sont à l'origine des graves désordres qui ont éclaté en France en 1945, juste après la libération de la France. A Versailles, par exemple le 15 décembre 1945, deux commandants de gendarmerie et 40 gendarmes ont été séquestrés par les mutins indigènes. Ils n'ont été libérés que lorsque trois soldats nord africains, arrêtés la veille, ont été relâchés*.
L'échec de la communauté franco-africaine et de l'Eurafrique
Bien des années après, l'Afrique était toujours au même point. De plus, le référendum de 1958 lui a concède un statut qui ne réglera rien. En fait, ce statut octroyé aboutira, à cause de la méconnaissance des aspirations réelles des Africains à l'indépendance, à l'éclatement dela Communauté Françaiseen 1960, suivi, aussitôt après, par la fin du rêve ''Eurafrique'' dont l'Algérie devait être le pivot central.
 
Pourtant, dans ses projections sur l'avenir, De Gaulle considérait, que la Communauté Franco-africaine était la voie royale pour la pérennité de la grandeur française. Il y voyait également une solution acceptable du problème algérien ainsi qu'un pôle d'attraction susceptible de ramener la Tunisie et le Maroc au bercail.
 
Grâce aux investissements financiers et à l'apport technologique  de la CCE, l'Eurafrique dont la Franceétait appelé à être « le c½ur et le pivot » devait devenir une zone de prospérité partagée. Poursuivant plus loin ses rêves, De Gaulle souhaitait que les ministères Clefs de la structure Communautaire africaine (Défense, Affaires Etrangères, Economie et Enseignement) fussent confiés à des Français.
 
Plus important encore : De Gaulle préférait une Communauté de type fédéral dirigée par lui, alors que les dirigeants Africains penchaient plutôt pour une ''Confédération plus souple, à l'intérieur de laquelle chaque Etat jouirait d'une large autonomie ''. Quoi que l'avenir de cette Communauté franco-africaine fût gravement compromis, dès le départ, par des rivalités entre chefs historiques du mouvement autonomiste africain(R.D.A) (Senghor- Houphet Boigny – Sékou Touré) et que les militants du (R.D.A) étaient davantage favorables à l'indépendance qu'à de nouvelles liaisons dangereuses avecla France, il est certain que si De.Gaule avait accepté une Communauté confédérale, peut être aurait-il pu en éviter le naufrage précipité.
 
L'évocation de ces péripéties africaines (1958-1960) presse l'observateur à s'interroger sur les véritables mobiles qui ont poussé                De Gaulle à bâtir tout son édifice de maintien de « l'Algérie Française » dans le giron français, au centre de l'Afrique francophone et de l'Eurafrique. Pourtant le « non » de Sékou Touré, la guerre sanglante au Cameroun, l'engagement du Mali et de Modibo Keita, aux côtés de l'Algérie combattante, les engagements de l'Afrique indépendante à Accra en faveur du FLN, et les manifestations contre la présence Française, un peu partout dans le continent, auraient dû avertir De.Gaulle qu'il construisait son édifice africain et eurafricain sur du sable, et que la moindre secousse mettrait son édifice à terre.
 
Par ailleurs, en demandant à ses alliés américains* et anglais d'envisager avec lui la création d'une zone de défense eurafricaine centrée sur la Méditerranée et l'Afrique du Nord, et en voulant clairement que l'OTAN s'implique structurellement et ouvertement dans la guerre d'Algérie, De Gaulle est allé trop loin et a fini par excéder ses Alliés de l'OTAN ainsi que ses partisans en Afrique.
 
Avec un assurance déconcertante, Louis Joxe, Secrétaire Général du Quai d'Orsay*, se fit plus pressant encore, à ce sujet, auprès des Américains et des Anglais, lors de la réunion Consultative tripartite* du 16-21 Août 1959 à Washington :
 
« L'Algérie, dit-il, est l'une des pièces maîtresses  de la présence de la France en Afrique du nord et en Afrique noire et aucune négociation bilatérale n'est possible là-bas puisque la Souveraineté Française s'y exerce. Certes la France a reconnu l'indépendance du Maroc et de la Tunisie, mais elle demeure la seule responsable de leur défense. Elle y maintient des bases, notamment à Bizerte. Quant au Sahara, c'était '' une création française'' ».
 
Tirant des conclusions concrètes de ce qu'il venait de dire, Louis Joxe, a ajouté :
 
« Du point de vue militaire, il faut que l'Ouest s'occuppe de l'Afrique de manière unie, avec une structure de défense s'étendant de la Méditerranée au Congo et dont la responsabilité incomberait d'abord à la France. Cela implique, précisa Joxe, la réorganisation de l'OTAN et l'élaboration de nouvelles formes de coopération militaire entre les trois grands et les autres alliés de la France dans l'OTAN ».
Le chantage de De.Gaule, face au refus des Etats Unis   de le soutenir davantage
Poussant brutalement encore ses partenaires Américains et Anglais à l'affrontement, De.Gaulle leur fit savoir qu'il refusait que des armes atomiques de l'OTAN soient entreposées sur le sol français mais qu'il réfléchirait de nouveau à la question, à la double condition qu'on lui reconnaisse le droit de veto sur leur utilisation et que les Etats Unis cessent toute relation avec le FLN et ses représentants aux USA, ou ailleurs.
 
C'était là, assurément, une tentative de chantage « ahurissante » - c'est le terme utilisé par le Sous Secrétaire Herter -. De toute évidence,  pour les Américains aucune commune mesure ne pouvait être établie  entre « la défense du monde libre contre le Communisme » et les visites aux Etats Unis de responsables du FLN ou d'étudiants algériens qui, de toutes façons, ne pouvaient être soupçonnés de Communisme*.
 
En dépit du caractère extravagant de ces conditions françaises, Debré essaya, au cours d'une visite officielle à Washington, de les expliciter au Gouvernement des Etats Unis :
 
« La réponse du Président De Gaulle est à replacer dans le contexte de la solution de trois problèmes qui se posent dans l'alliance : celui de l'absence de soutien à la France et à ses intérêts en Méditerranée, en Algérie et en Afrique et celui de la coopération nucléaire. Le soutien que la France apporterait à l'alliance dépendra de celui que l'alliance lui apporterait en Méditerranée et en Afrique car l'Algérie est aussi essentielle pour la France que n'importe quoi en Europe. L'avenir de la France se situe autant en Méditerranée et en Afrique du Nord qu'en Europe * »
 
Les Français ne pouvaient être plus clairs et plus précis : « l'Algérie d'abord », telle était leur devise.
L'aggravation de la guerre d'Algérie, De Gaulle, le Maroc etla Tunisie
La panique des Marocains et des Tunisiens, en mai 1958, après          les menaces des Généraux d'Alger d'exercer le ''droit de poursuite'' contrela Tunisieet le Royaume Chérifien, a fait place, à un climat moins tendu entre eux etla France, au fur et à mesure que De.Gaulle stabilisait son pouvoir à Paris et sur l'armée française d'Algérie.
Très habilement, De.Gaulle inaugura ses relations avec  Mohamed V par un message rassurant et très courtois. Le Roi a été  si sensible et si fier d'être traité de ''Compagnon de la libération'' par De.Gaulle dans ce message, qu'il en a parlé aux Américains lors de la visite officielle qu'il a effectuée aux Etats Unis, peu de temps après.
Avec le Président Habib Bourguiba, les débuts de De.Gaulle  n'ont pas été désagréables non plus. Nous avons déjà vu que très rapidement, le Général entreprit de régler, à la satisfaction des Tunisiens, les problèmes des bases et  de la présence militaire françaises en Tunisie.
La vente d'armes américains à la Tunisie et au Maroc fut à l'origine d'une nouvelle et grave tension entre le Gouvernement Français et les Etats Unis. Mais contrairement aux autres contentieux franco-américains traités traditionnellement par De.Gaulle et Couve de Merville, son Ministre des Affaires Etrangères, c'est Michel Debré qui prit intempestivement en charge ce dossier des armes américaines destinées àla Tunisie et au Maroc.
Le Premier Ministre Michel Debré était connu pour son attachement passionné à « l'Algérie Française », ses colères et ses jugements lapidaires, du genre de « Trois dangers menacent l'Europe, le Kremlin, les Arabes et nos amis Américains *». En Août 1959, Debré avait demandé, une fois de plus, « que l'Amérique soutienne entièrement   la politique du Gouvernement de la France. Il a même osé présenter son pays comme écrasé entre deux grandes puissances » (allusion aux Etats Unis et à l'URSS).
Le Retrait de la marine française de l'OTAN
Déjà, quelques mois auparavant, en mars 1959, pour être plus précis, la Franceavait retiré sa flotte de la Méditerranéedu Commandement intégré de l'OTAN. Pour toute explication, Couve de Merville avait fait valoir * auprès de Washington, que :
 
« La tâche de la marine française était de défendre les rivages Nord-Africains de la France et d'assurer le trafic entre l'Afrique du Nord et la France métropolitaine ».
« Il n'est pas admissible, avait-il ajouté, que cette tâche soit une responsabilité partie britannique, partie américaine, alors que, par ailleurs, d'autres problèmes politiques sont en cause et que la politique de nos alliés, à l'égard  de l'Algérie, ne se confond pas avec la nôtre ».
 
Evoquant, une fois encore, les difficultés entre les Etats Unis   et la France, et les exigences françaises les concernant, Couve de Merville rappela  à cette occasion que les revendications françaises pouvaient se ramener fondamentalement à trois :
 
-.la concertation tripartite pour la sécurité et la stratégie mondiales.
-.des discussions entre les Etats Unis, la Grande Bretagne et  la France sur l'utilisation de l'arme nucléaire.
-.le remodelage de l'Organisation navale de l'OTAN en Méditerranée (une manière diplomatique de revendiquer un soutien accru de l'alliance à la France en Algérie).
A noter, par ailleurs, que pour Couve de Merville, ces trois exigences françaises ne pouvaient être disjointes et qu'en conséquence, elles devaient être traitées globalement et simultanément. Ce qui fit dire            à Debré, presqu'au même moment :
« Avec sa flotte, la France veillait aux intérêts de l'Ouest, mais elle ne pouvait partager cette flotte avec l'OTAN, que si l'OTAN partageait avec elle le problème européen ou bien la France était soutenue ou bien elle restait de son côté ».
La Fermeté d'Eisenhower
Quand il le recevra le 15 Mai 1959 à Paris, De.Gaulle tiendra   le même langage au Président EisenHower:
 
« Le problème est que l'alliance atlantique n'a pas de politique au delà de l'Europe, alors que les menaces sur la sécurité du monde viennent du Moyen Orient ou  de l'Afrique. C'est pour cette raison, lui dit-il, que « la France veut mettre en place un Commandement autonome pour  la Méditerranée et l'Afrique noire ».
 
Quant à l'armement nucléaire*, De Gaulle a été direct encore. Dans un message au Président Eisenhower, il écrivait à ce sujet :
 
« Puisque l'Amérique veut garder ses secrets vis à vis de la France, la France se réserve entièrement le droit de décider d'utiliser ou non les armes nucléaires dont elle dispose ». Dès lors que l'alliance l'exposait au risque d'une destruction totale et immédiate, elle ne pouvait confier entièrement sa vie et sa mort à un autre Etat, quel qu'il fût, même le plus ami. Aussi a-t-elle décidé, ajouta De.Gaulle, que « tant qu'elle ne serait pas admise aux décisions concernant les armes nucléaires, elle s'opposerait à ce qu'il y en eût d'entreposées  sur son territoire, à moins de pouvoir exercer un contrôle direct sur leur utilisation ».
Ces réactions brutales et inattendues des Français provoqua un débat, au sein du Département d'Etat, entre tenants d'une ''Réal Politik'' souple et prudente vis à vis de De.Gaulle pour ne pas l'isoler davantage et lui laisser, au contraire, le temps nécessaire pour élaborer une solution satisfaisante au problème algérien, et les partisans de la fermeté, n'était-ce que pour éviter de compromettre davantage l'avenir des relations des Etats Unis avec les forces montantes du tiers monde, fut porté au niveau du Président Eisenhower *.
 
« Nous ne pouvons soutenir le colonialisme, trancha le Président et nous ne renforcerons pas l'ouest en laissant les Français et les Allemands nous marcher dessus ».
 
 En fait le Président Eisenhower savait déjà (30 Août 1959)    que De.Gaulle était à la veille d'annoncer un changement fondamental  de sa politique algérienne. Le Général Norstad*, le Commandant en Chef des Forces de l'OTAN '' l'avait mis au parfum '' quelques jours plus tôt et l'avait prié d'user de toute son autorité auprès de De.Gaulle   pour l'encourager dans « la voie du droit, et de la négociation ».
 
Quoi qu'il en fût, le Président Eisenhower se rendit à Paris, aux tout débuts de Septembre 1959 et eut, avec De.Gaulle toute une série d'entretiens consacrés, selon la formule diplomatique traditionnelle, aux problèmes de l'heure : l'OTAN, le Directoire tripartite,la Défense nucléaire, l'Europe, l'Afrique, l'Eurafrique et bien évidemment l'Algérie. Si, en ce qui concerne les cinq premières questions, les deux chefs d'Etat ne pouvaient  que constater leur désaccord, il eut fut tout autrement de la question algérienne.
 
En effet, en ce qui concerne l'Algérie*. De. Gaulle rappela que :
 
« la France y était présente depuis 130 ans et que plus  d'un million d'Européens y vivaient actuellement, que c'était un problème complexe, comme si les Américains avaient 40 millions d'Indiens en Californie. L'Algérie n'avait jamais constitué un Etat, à la différence du Maroc et la Tunisie. Mais le Général avait décidé qu'elle avait quand même le droit de choisir son avenir. Quand la rébellion serait terminée, les Algériens se verraient offrir le choix entre être « 100% Français, avoir une certaine autonomie, ou l'indépendance complète . Mais il ne reconnaîtrait pas le FLN et ne discuterait pas avec lui. A ses yeux, le FLN n'existait que par la terreur. La crainte de voir l'Algérie sombrer dans le Communisme totalitaire était, dit-il à Eisenhower, la raison de son refus de reconnaître le FLN et de traiter avec lui. »
 
Evoquant les débats sur la question algérienne lors des la session des Nations Unies qui allait s'ouvrir, De.Gaulle demanda clairement   à Eisenhower d'éviter que les Etats Unis s'abstiennent lors du vote sur la résolution finale, comme ils l'avaient fait                                            si malencontreusement, ajouta-il, l'année précédente. De.Gaulle insista sur l'importance extrême que la France attachait  à ce soutien américain ».
 
L'après midi, les entretiens furent élargis aux Ministres des Affaires Etrangères et à Michel Debré. A cause des emportements et du ton cassant de celui-ci, les conversations prirent un ton plus vif. Dès ses premiers mots, Debré avertit les Américains que :
 
« S'il y avait une divergence sur l'Algérie entre Washington   et Paris, il y aurait une sérieuse rupture dans les relations franco-américaines ».
La franchise brutale et menaçante, de Debré aurait dû alerter les Américains dès cette époque, sur les nuages qui s'amoncelaient en Algérie. Etant donné les relations que Debré entretenait alors avec l'armée en Algérie et avec tout ceux qui croyaient encore en l'Algérie Française, le Premier Ministre Français a annoncé ce jour là, à l'intention d'Eisenhower, la réaction qu'allaient provoquer les propositions de De.Gaulle sur l'autodétermination des Algériens, et conduire, trois mois après, à une nouvelle révolte de l'Armée française d'Algérie. Cette fois contre De.Gaulle.
 
D'ailleurs De Gaulle, lui aussi, savait que l'armée française en Algérie avait la fièvre et que son opposition à l'autodétermination qu'il allait proclamer deux semaines après cet entretien avec Eisenhower (16 septembre 1959), pourrait être extrêmement sévère pour le régime, pour la stabilité dela Franceau niveau international et pour lui même. Il faut croire qu'il avait d'autres mobiles plus contraignants et plus impérieux, pour prendre le risque de provoquer, en France, un séisme de grande amplitude en connaissance de cause, envers et contre tous.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

* Les Etats Unis et la guerre  D'Algérie- Chap VI- p 249 (op- cité)

* Memorandum of Conversation Secretary of States Dulles and Premier De.Gaulle (5-7-58)                          FRUS 1958-1960.

*  Memorandum of private lunch between Secretary of  States Dulles and Premier De Gaulle.

*  Présidence du Conseil - S decé - Rapports du 25 août 1958, du 17 août 1958  et  du 30 septembre 1959.
* Classeur marqué ingérences : USA – MA.30. AOM AIX.
* Pour le compte rendu détaillé de la réunion de l'Américan Comittee on Africa, sur l'Algérie le 1er décembre 1958, voir le rapport du SDECE 1H. 1164. DI -AA- Vincennes.

* A Bonn, le ministre des Affaires Etrangères et celui de l'Intérieur dela RFA '' peu soucieux de violer les droits des exilés politiques ni de s'aliéner l'opinion publique internationale, trouvaient qu'il valait mieux composer avec ces gens là que de les jeter dans les bras de Nacer. (Rapport du S de ce 28 NN 1958, 1- H 1162 D5. AA - Vincennes

* De Gaulle, en tout cas, en a tenu le plus grand compte dans ses relations ultérieures avecla République Fédérale Allemande, notamment, en soutenant ses aspirations à la réunification des deux Allemagne, en s'opposant fermement aux Soviétiques au sujet de la modification du Statut de Berlin, et en faisant, des Allemands de l'Ouest, les alliés privilégiés dela France.

* Dwight D. Eisenhower : The White House years Waging Peace -1956-1961;New York 1965 p. 430

* Au sujet de mutineries, Thierry Godichot note :
  « Des rebellions relativement importantes ont touchés en octobre 1944 un centre  de regroupement de Nord-africain à Lyon ainsi que le premier bataillon de marche Nord-africain  à ............ ( février 1945, et Vernon en 194) ».

* Les Etats Unis et la guerre d'Algérie p. 272 op.cité.

* Directives du Département pour les Conversations de Washington DD9  - 1959 -1- p 433-439

* Compte rendu de Conversation sur l'Afrique  16-21 avril 1959 DD9 – 1959 P 534-535

* Il a fallu quand même la menace des étudiants Tunisiens et Marocains de ne pas se rendre aux Etats Unis et l'intervention des Sénateurs Fullbright, Kennedy et Humphrey pour que le State Department accorde des visas à trois responsables d'Etudiants algériens (JN Haines to Secretary novembre 3 1959 D2 NA (folder market Visas 1957-1959 Lot 61 D30 Box 1))

* Memorandum of Conversation: Herter  and Debré Paris, 1 Mai 1959. FRUS- 1958-1960 7. Part2- p. 198-201.
On a souvent reproché à Debré sa véhémence et ses brutalités verbales. Mais dans le cas précis, il est resté de marbre, clair et net.

*  Les Etats Unis et la guerre d'Algérie. Op. cité ........p.......

* Couve de Merville à Alphand, 18 Janvier 1959, DDF 1959 - Tome I – Janvier - Juin 1959 p 68 Memoranda, March 2, 1959 FRUS - 1958-60,7, Nato p 413-416

* Letter from President De.Gaulle to President Eisenhower- may 25 1959 FRUS 1958-1960 - 7 Part 2 p.229-231

*..Memorandum by President Eisenhower- August 21- 1959 FRUS- 1958-1960 ;Algeria : p 664-668.

* Memorandum of Conversation: General Norstad au President Eisenhower, August 24, 1959 ; FRUS 1958-1969 – 7 Nato p 478.

* Mémorandum of Conversation : President Eisenhower et President De Gaulle, September 2, 1959 FRUS : 1958-1960 – 7 –2 . p 256-261.



Hamid Bousselham présente " LA STRATEGIE DIPLOMATIQUEDE DE GAULLE EN 1958-1959 "  Par Abdelkader Bousselham
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#Posté le lundi 14 novembre 2011 23:00

Modifié le lundi 14 novembre 2011 23:27

Hamid Bousselham présente " L'assassinat politique de Mohamed Khemisti "

 
L'assassinat politique de Mohamed Khemisti
 mardi 2 août 2011, 20:14


  • Hamid Bousselham présente " L'assassinat politique de Mohamed Khemisti "
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#Posté le mardi 02 août 2011 11:25

Abdelkader Bousselham,mon père et son ami Che guevara, Alger,1965

Abdelkader Bousselham,mon père et son ami Che guevara, Alger,1965kader Bousselham et son ami Che guevara, Alger,1965
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